La guerre, recette électorale
L'Iran peut (encore) faire gagner Trump aux midterms

Le pronostic le plus fréquent est que la guerre en Iran est une mauvaise nouvelle pour Donald Trump avant les élections de mi-mandat (midterms) le 3 novembre. Mais vu des Etats-Unis, ce n'est pas si sûr.
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L'Amérique fracassée: cette image de propagande iranienne sert aussi les intérêts de Trump.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

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  • Donald Trump utilise la guerre en Iran comme levier électoral pour les midterms du 3 novembre 2026. Alors que le soutien public à cette action militaire chute à 31%, les Républicains tentent de mobiliser leur base dans les États conservateurs.
  • Les exportations américaines de pétrole atteignent des sommets, dépassant 4 millions de barils par jour en août et septembre 2026.
  • L'administration Trump cible les musulmans américains dans sa stratégie politique, notamment via des attaques contre le candidat démocrate Abdul El-Sayed.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La guerre en Iran, argument électoral pour Donald Trump dans la campagne pour les élections de mi-mandat (midterms) du 3 novembre? Vu d'Europe, c'est le scénario impensable pour beaucoup. Logique. Ce conflit au Moyen-Orient, selon les sondages, est de plus en plus impopulaire aux Etats-Unis, où le soutien de l’opinion publique américaine est tombé à son plus bas niveau depuis les premières frappes aériennes du 28 février 2026.

La preuve? 31% seulement des compatriotes de Donald Trump soutiennent l’action militaire des Etats-Unis contre l’Iran, contre 37% dans un sondage Reuters/Ipsos réalisé en mars et 34% au début du mois. Même le camp trumpiste semble fléchir: 69% des électeurs républicains interrogés soutiennent la guerre, contre 77% en mars. Soit une baisse de dix points...

La réalité sur le terrain, aux Etats-Unis, est toutefois différente. Surtout dans les Etats «rouges» contrôlés par les Républicains de Trump, où tout va se jouer pour reconduire, ou non, leur actuelle majorité à la Chambre des représentants (218 contre 213) et au Sénat (53 contre 47).

Le danger pour les Etats-Unis

Premier argument de poids de Trump pour défendre sa guerre? La République islamique d'Iran demeure un danger pour son pays et pour son principal allié au Moyen-Orient, à savoir Israël. C'est ce que répètent en boucle les ténors républicains à chaque fois que l'Iran frappe des bases américaines, comme cela s'est passé cette semaine en Jordanie, en Irak, au Bahreïn et au Koweït.

Pour diffuser ce message, le Département de la Guerre américain vient d'ailleurs de recruter des «influenceurs», dont la mission est confidentielle, mais dont le rôle est évident: accroître le soutien public aux initiatives menées par l’administration en Iran. En clair: la machine propagandiste est en marche.

Le «Washington Post» vient de révéler deux noms: Rob Maness, colonel à la retraite de l’US Air Force qui compte plus de 135'000 abonnés sur X, et Kurt Schlichter, colonel à la retraite de l’US Army suivi par 620'000 personnes sur X. Ils ont été recrutés, selon le quotidien, pour travailler auprès d’Anthony Tata, en charge du personnel et de la préparation opérationnelle.

Deuxième argument: les exportations de pétrole et de gaz américains. Là encore, ce fait est contre-intuitif. Le blocage du détroit d'Ormuz engendre une hausse des prix du baril et déstabilise le marché mondial des hydrocarbures. Il entraîne aussi une hausse des prix à la pompe pour les automobilistes américains, qui doivent maintenant payer 3,5 dollars environ le gallon (3,7 litres).

Exportations record de pétrole

Mais qui en profite? Les Etats-Unis. «Les exportations américaines de pétrole brut et les réserves stratégiques font l’objet d’une forte demande, alors que les importateurs asiatiques et mondiaux se détournent des approvisionnements du Moyen-Orient et de leurs points de passage vulnérables», estime sobrement le «Brent Report», une publication spécialisée.

Et de préciser: «Le regain des tensions géopolitiques et des conflits régionaux a entraîné un rebond des volumes exportés, les chiffres d’août et de septembre devant dépasser les 4 millions de barils par jour. Parallèlement, les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) ont également progressé en août, les acheteurs européens s’empressant de sécuriser leurs stocks pour l’hiver.»

Troisième argument, cette fois sur le plan de la politique intérieure: l'islam. Donald Trump et les Républicains sont en train de tout faire pour transformer les midterms en scrutin pour ou contre les musulmans américains. Le ton a été donné par le président et son vice-président lors de plusieurs meetings du mouvement MAGA (Make America Great Again – Rendre à l'Amérique sa grandeur) dans l'Etat clé du Michigan, où se trouve une forte communauté arabo-américaine.

La cible? Le candidat démocrate au Sénat Abdul El-Sayed, médecin épidémiologiste d'origine égyptienne. J.D. Vance n'a pas hésité à le qualifier de «malfaisant», tout en apportant son soutien à Mike Rogers, le candidat républicain.

La question de l'islam

Le duel est devenu personnel lorsque Vance a lancé: «Ne prononcez plus jamais le nom de ma femme», après que le candidat démocrate a semblé suggérer que le grand-père aujourd’hui décédé de Vance n’aurait pas accepté Usha Vance, la «Second Lady» des Etats-Unis, qui est hindoue.

El-Sayed a répliqué en accusant l’administration Trump de mener des politiques «malfaisantes» et de «déclencher des guerres à l’étranger alors que règne la paix». «Je me rends compte qu’il y a quelque chose de très, très malfaisant chez Abdul El-Sayed, quelque chose qui est aujourd’hui en progression aux Etats-Unis», a déclaré Vance, ajoutant qu’El-Sayed cherchait à «détruire» le pays. «Mon message à Abdul El-Sayed est le suivant, a-t-il asséné. Continuez de fréquenter des sympathisants du terrorisme et de dire que l’Amérique méritait le 11-Septembre, et vous verrez les conséquences...»

Cette réalité électorale est celle que l'actualité du conflit en Iran ne dit pas. D'autant qu'un dernier élément s'ajoute: l'excellente santé consécutive de l'industrie de l'armement, dont le poids dans l'économie américaine est estimé autour de 5% du produit intérieur brut. «L’emploi dans l’industrie privée de l’armement est remonté à environ 1,1 million de salariés, soutenu par des milliards de dollars de financements supplémentaires destinés à reconstituer les stocks d’armes et de munitions et à financer des programmes de défense antimissile», note le think tank «Transition Security Project». Or les régions électorales trumpistes que sont le Sud et le Midwest des Etats-Unis en profitent en priorité, car elles abritent l'essentiel des usines.

Pas si insensé que ça...

Une guerre dangereuse pour Trump, voire insensée? Oui, si l'on regarde par exemple la fracture dans l'opinion publique, y compris du côté républicain, engendrée par le soutien inconditionnel à Israël. Oui, si l'on focalise sur l'échec militaire actuel.

Mais non, si l'on prend en compte d'autres facteurs, y compris celui qui changerait tout: une chute du régime iranien sous la pression des nouvelles sanctions économiques, avant les élections de mi-mandat. Ce conflit, alors, aurait électoralement massivement profité à Trump.

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