«Tuer 30 à 40 Palestiniens par nuit»
Le tollé monte contre l'Israélien Ben-Gvir, Trump se mure dans le silence

Les propos inhumains tenus par le ministre israélien de la Police, Itamar Ben-Gvir, suscitent l'indignation travers le monde. Même l'Allemagne envisage des sanctions. Mais Donald Trump reste silencieux. Comment l'expliquer?
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Itamar Ben-Gvir veut tuer systématiquement des Palestiniens chaque jour.
Photo: imago/UPI Photo

En bref

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  • Le ministre israélien de la Police, Itamar Ben-Gvir, provoque une indignation mondiale après avoir soutenu l’exécution de «30 à 40 Palestiniens» par nuit dans un podcast. Ces propos ont suscité des critiques internationales, y compris de la part des Etats-Unis et de l’Allemagne
  • Ben-Gvir, figure d’extrême droite, a déjà été condamné pour incitation à la haine raciale et est interdit d’entrée dans plusieurs pays comme la France et le Canada. La pression monte pour des sanctions européennes
  • Israël élira un nouveau Parlement le 27 octobre 2026. Selon les projections, le bloc de droite de Netanyahou pourrait perdre sa majorité, ce qui pourrait écarter des figures extrémistes comme Ben-Gvir du gouvernement
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Guido Felder

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu suscite une nouvelle fois la polémique. Le ministre israélien de la Police, Itamar Ben-Gvir, a suscité une indignation mondiale après un appel au meurtre de masse dans la bande de Gaza. Dans un podcast, il a dit soutenir l’exécution de «30 à 40 Palestiniens» par nuit.

Des propos extrêmement violents qui ont même poussé les alliés les plus proches d’Israël à prendre leurs distances, y compris les Etats-Unis. Au milieu de ce vent contestataire, une personne en particulier garde le silence: Donald Trump. Et ce, alors que des critiques émergent jusque dans le cercle des soutiens traditionnels d’Israël. A l'image de J. Jacky Rosen, sénatrice au sein du Parti démocrate américain. «Les propos de Ben-Gvir sont horribles et ne peuvent en aucun cas être justifiés», a déclaré cette élue traditionnellement favorable à Israël. 

L'Allemagne, habituellement réticente à critiquer Israël au vu de son passé historique, a même adopté une autre position. «Ce sont là des propos que nous, en tant que gouvernement fédéral, ne pouvons en aucun cas accepter», a déclaré le vice-chancelier du SPD, Lars Klingbeil – qui remplace le chancelier Friedrich Merz en vacances. Il appelle l'Europe à un examen «très sérieux» de la possibilité d'imposer des sanctions à Ben-Gvir.

Portes fermées aux extrémistes israéliens

Itamar Ben-Gvir est considéré comme un extrémiste de droite. Il avait même été condamné par la justice israélienne en 2007 pour incitation à la haine raciale et soutien à une organisation terroriste. Raison pour laquelle plusieurs pays comme le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, les Pays-Bas et la France lui ont interdit l’entrée sur leur territoire.

Outre Ben-Gvir, un autre membre d’extrême droite siège au gouvernement israélien: Bezalel Smotrich, du parti fondamentaliste religieux «Mafdal – HaTzionut HaDatit». Il prône une idéologie radicale et milite pour que les quelque 2,2 millions de Palestiniens soient «concentrés» sur une étroite bande de terre au sud de la bande de Gaza, tandis que le reste du territoire devrait être entièrement détruit.

Ces déclarations scandaleuses pourraient conduire l'Allemagne à remettre en question ses relations avec Israël. «Pour l'Allemagne, cela signifie que notre politique à l'égard d'Israël doit devenir plus nuancée et plus exigeante qu'elle ne l'a été jusqu'à présent», a déclaré Norbert Röttgen. Ce responsable des affaires étrangères de la CDU réclame depuis longtemps des sanctions contre l'Etat hébreux. 

Le mutisme de Trump

Alors que des voix s’élèvent partout dans le monde contre Itamar Ben-Gvir, à la Maison Blanche, c'est silence radio. Sous la présidence de Joe Biden, le Département d’Etat américain avait condamné les propos extrémistes d'Itamar Ben-Gvir et de Bezalel Smotrich, les qualifiant d’«incendiaires» et d'«irresponsables». Mais sous Donald Trump, qui a déclaré la guerre à l’Iran au nom d’Israël, c'est une toute autre histoire. 

Ce mutisme ne surprend pas Philipp Adorf, spécialiste des Etats-Unis à l’Université de Bonn: «L’idée de traiter ses adversaires avec la plus grande fermeté et de considérer les objections juridiques ou humanitaires comme des obstacles gênants n’est en aucun cas étrangère à sa propre conception de la politique.» Mais selon l'expert, cela ne signifie pas pour autant que le président américain adhère nécessairement aux appels à la violence d’Itamar Ben-Gvir sur les Palestiniens. 

Il est important de souligner qu'une partie de l’électorat républicain se montre bien plus indulgente à l’égard de la ligne dure défendue par Israël que ne l’est l’opinion publique européenne. «Une attaque personnelle contre Ben-Gvir n’apporterait donc pas grand-chose sur le plan de la politique intérieure», estime Philipp Adorf.

Netanyahou est impuissant

La présence de figures d’extrême droite au sein du gouvernement israélien s’explique notamment par la nécessité, pour Benjamin Netanyahu, de nouer des alliances avec de petits partis dont dépend le maintien de sa majorité. «Netanyahu est à la merci de l’arbitraire de ses ministres. S’il cherchait à les freiner, ils quitteraient le gouvernement et le feraient tomber», estime le géopoliticien Klemens H. Fischer.

Israël élira un nouveau Parlement le 27 octobre prochain. Selon les projections actuelles, le bloc de droite de Benjamin Netanyahu pourrait perdre sa majorité. Klemens H. Fischer estime toutefois que l’issue dépendra largement de la composition du prochain gouvernement: «Si le centre parvient à obtenir la majorité, Ben-Gvir sera écarté. En revanche, si Netanyahu réussit à former à nouveau une coalition, des figures extrémistes comme Ben-Gvir continueront de faire partie du gouvernement.»

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