Une théorie folle gagne du terrain
Donald Trump, un agent du KGB au service de Poutine?

Après une semaine de déclarations et de décisions anti-ukrainiennes de la Maison Blanche, le monde se demande: quelles sont vraiment les motivations de Donald Trump? Il existe au moins une explication plausible.
C'est ce qu'affirment au moins trois anciens agents du KGB.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire

En bref

  • La théorie de l'agent du KGB concernant Donald Trump gagne du terrain
  • Le président américain aurait été recruté par les services secrets soviétiques en 1987
  • Son comportement prorusse peut toutefois aussi s'expliquer autrement
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Samuel Schumacher

Il fait chaud en ce 4 juillet 1987 lorsqu'un entrepreneur américain de 41 ans descend de l'avion à l'aéroport de Moscou, accompagné de son épouse. Cet entrepreneur s'appelle Donald Trump, sa première femme Ivana, et le motif officiel de ce déplacement derrière le Rideau de fer paraît à première vue tout à fait anodin.

L'agence soviétique du tourisme Intourist avait fait savoir au magnat américain qu'elle serait intéressée par la construction d'un hôtel de luxe à Moscou et qu'elle cherchait des investisseurs. Donald Trump, l'homme d'affaires hôtelier, a immédiatement mordu à l'hameçon.

Mais ce court séjour en URSS ne s'est pas résumé à des réceptions de courtoisie et à des négociations sur des projets immobiliers (qui n'ont d'ailleurs jamais vu le jour). En marge de ces rendez-vous, Donald Trump aurait été directement recruté comme agent par les services secrets soviétiques du KGB au cours de cet été-là.

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En 1987, Donald Trump s’est rendu en Union soviétique avec sa femme Ivana et a visité Moscou et Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg, sur la photo).
Photo: TASS/Getty

«Krasnov», le Rouge, serait son nom de code. C'est du moins ce qu'affirme nul autre que l'ancien agent du KGB Alnur Moussaïev, qui était alors chargé du recrutement d'espions étrangers avec ses hommes de la 6ᵉ direction du KGB. L'une de ses cibles privilégiées? Donald Trump.

Un président américain transformé en agent russe? Après les récentes décisions très favorables au Kremlin prises par la Maison Blanche – totalement incompréhensibles pour de nombreux observateurs occidentaux (accord sur le diesel, invitation de Vladimir Poutine au G20, attaques répétées contre Volodymyr Zelensky) –, cette folle théorie gagne du terrain.

Les détracteurs de Donald Trump assurent désormais que «MAGA» ne signifie plus «Make America Great Again», mais «Moscow Agent Governing America». Trump serait donc un espion sous contrôle russe. Comment expliquer autrement toute cette complaisance envers Poutine?

Détails sur la théorie «Krasnov»

Blick s'est penché en détail sur la théorie «Krasnov». Plusieurs éléments semblent militer en sa faveur:

  • Les déclarations de ses recruteurs: l'affirmation spectaculaire de Moussaïev concernant Krasnov, publiée pour la première fois dans un message Facebook en février 2025, a été corroborée par au moins deux autres anciens agents du KGB. Aucun d'entre eux n'a toutefois fourni de preuves matérielles directes. Leurs récits retraçant le recrutement du magnat new-yorkais de l'immobilier apparaissent néanmoins quasi identiques.
  • L'achat curieux de téléviseurs: plusieurs années avant son voyage à Moscou, l'entrepreneur américain aurait été ciblé par les services secrets soviétiques. En 1980, par exemple, il cherchait à équiper de 200 téléviseurs son hôtel «Grand Hyatt New York», qu'il venait d'acquérir. Il les a achetés très précisément dans le magasin d'électronique Joy-Lud, situé sur la 5e Avenue. Le patron du commerce, qui représentait selon l'ancien agent du KGB Iouri Chvets une officine camouflée des services russes, s'appelait Semion Kislin, un immigrant venu d'Union soviétique. Sa mission aurait consisté à repérer des personnalités influentes pour les rabattre vers le KGB en tant que «recruteur».
  • La cassette du «Pipi-Tape»: la piste la plus sulfureuse concerne la visite de Donald Trump à Moscou en 2013. Qu'il ait été recruté comme agent dans les années 1980 ou non, la Russie détiendrait au plus tard depuis l'affaire du «Pipi-Tape» des éléments hautement compromettants sur Trump et pourrait ainsi le faire chanter à tout moment. Christopher Steele, un ancien agent des services secrets britanniques (MI6), affirme dans un dossier rédigé en 2016 pour la candidate démocrate Hillary Clinton que Donald Trump aurait fait venir deux prostituées dans sa suite du Ritz Carlton pour uriner sur le lit. Le FSB, successeur du KGB, aurait filmé la scène en secret. Selon Christopher Steele, quatre témoins directement liés à l'événement auraient confirmé l'incident, tant du côté américain que du côté russe.

A l'inverse, plusieurs arguments viennent démonter la thèse «Krasnov»:

  • La fascination pour les autocrates: la proximité affichée avec Poutine et la politique américaine prorusse qui en découle pourraient s'expliquer plus simplement par une admiration générale pour les figures autoritaires. Tout aussi incompréhensible que sa bienveillance envers Poutine, l'affection que Donald Trump témoigne régulièrement au dictateur nord-coréen Kim Jong Un ou au dirigeant chinois Xi Jinping s'avère révélatrice. A l'instar de ces chefs d'Etat, Trump aimerait s'affranchir de la séparation des pouvoirs et des limitations de mandat. Volodymyr Zelensky déclarait d'ailleurs cette semaine au «Financial Times»: «Trump aime les dirigeants qui restent au pouvoir 20, 30 ou 40 ans. Il y voit une marque de force.» Trancher sans scrupules, imposer sa volonté, faire taire l'opposition: c'est ainsi qu'il régentait son empire immobilier – une liberté d'action qui lui manque sans doute en tant que président bridé par la démocratie.
  • L'obsession de signer l'accord du siècle: Donald Trump veut à tout prix conclure un grand accord de paix de son vivant – et ainsi garder une chance de décrocher le prix Nobel de la paix (un honneur que son ennemi juré Barack Obama a reçu avant lui). Ayant éloigné toute perspective de paix rapide au Moyen-Orient après sa frappe contre l'Iran, la priorité s'est déplacée vers le conflit russo-ukrainien. Or, la guerre se terminera beaucoup plus vite si les Etats-Unis lâchent les Ukrainiens plutôt que s'ils mettent la pression sur la Russie. Donald Trump abat donc cette carte par pur pragmatisme cynique.
  • Une rancœur tenace envers l'Ukraine: il ne faut pas occulter le lourd passif entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Dès 2019, les deux hommes s'étaient écharpés lorsque Trump avait exigé du président ukrainien, à peine élu, qu'il lui fournisse des informations compromettantes sur le fils de Joe Biden, Hunter. Ce dernier siégeait alors au conseil de surveillance du groupe énergétique ukrainien Burisma. Volodymyr Zelensky avait refusé de se prêter à ce chantage corrompu – payant la note au prix fort puisque Trump avait suspendu dans la foulée 400 millions de dollars d'aide militaire cruciale pour l'Ukraine. Depuis ce clash, la relation entre ces deux personnalités très opposées ne s'est jamais rétablie.

Un simple «idiot utile»?

Donald Trump est-il réellement l'«agent Krasnov»? Ou incarne-t-il simplement ce que Moscou qualifie depuis l'époque de Lénine d'«idiot utile»: un acteur politique qui, sans comprendre les rouages de la propagande russe, sert les intérêts du Kremlin sans recevoir la moindre gratification ni y être contraint?

Volodymyr Zelensky s'est toujours gardé de qualifier publiquement son puissant homologue d'«idiot utile». Cette semaine, il a toutefois qualifié l'accord conclu par Trump avec la Russie de «décision faible», laissant entendre lors du sommet de l'UE à Bruxelles que Trump n'était pas un «vrai dirigeant», contrairement aux leaders européens.

Une pique qui ne fera que renforcer Donald Trump dans son cap prorusse – peu importe ce qui s'est réellement passé au cours de cet été 1987 ou dans cette chambre du Ritz Carlton de Moscou en 2013.

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