La décision de Donald Trump d’exempter la Russie de nouvelles sanctions majeures est un «encouragement» pour Vladimir Poutine, a dénoncé samedi Volodymyr Zelensky, Moscou saluant de son côté un «moment historique».
Donald Trump a porté un coup à un texte à la grande portée symbolique: le Graham Act, promulgué mi-septembre, qui constituait la première action majeure du Congrès contre Moscou depuis le retour du milliardaire américain au pouvoir.
«J’exempte l’application de telles sanctions, restrictions et droits de douane prévus dans le Graham Act», stipule un décret publié vendredi soir par la Maison Blanche, invoquant «l’intérêt national des Etats-Unis». Moscou s’est rapidement félicité de cette mesure. «La suspension de la loi Graham (...) est un moment important et véritablement historique», a déclaré Kirill Dmitriev, conseiller du Kremlin pour la coopération économique à l’international.
Vaste attaque russe
A Kiev, Volodymyr Zelensky a, lui, jugé qu’une «mise en veille des sanctions américaines, un allègement de la pression sur l’agresseur, des récompenses financières pour Poutine – tout cela ne fait que l’encourager à continuer d’attaquer».
Volodymyr Zelensky a déclaré que cette décision intervenait le jour même où la Russie a frappé 15 infrastructures électriques d’importance à travers l’Ukraine, lors de l’une des «plus vastes» attaques contre le réseau énergétique du pays.
Il a accusé Moscou de chercher à «provoquer une panne électrique générale en Ukraine» avant l’hiver et de priver des «millions» de personnes de courant et de chauffage.
Une «première étape»
Lors d’une conférence de presse en ligne, Volodymyr Zelensky a aussi estimé samedi que la levée de sanctions américaines existantes contre Moscou allait «se poursuivre». «Je pense que c’est seulement le début et cette mesure concernant la loi Lindsey (Graham) n’est pas la fin de l’histoire», a dit Volodymyr Zelensky.
La semaine dernière, Donald Trump avait annoncé un accord avec Vladimir Poutine consistant à lever des sanctions pour permettre aux Etats-Unis d’importer de grandes quantités de diesel russe. Selon Volodymyr Zelensky, cet accord n’était qu’une «première étape».
Déjà bousculé par les récentes annonces du dirigeant républicain favorables à Moscou, le président ukrainien avait dit cette semaine se sentir «trahi» et s’est tourné vers ses alliés européens, leur réclamant 70 milliards de dollars supplémentaires pour faire face à l’invasion russe.
«Un outil extrêmement puissant»
Le Graham Act vise en particulier le secteur de l’énergie russe, ainsi que Vladimir Poutine et d’autres hauts responsables russes. Il donne aussi à Donald Trump le pouvoir d’imposer des droits de douane pouvant atteindre jusqu’à 100% sur les cinq principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes, parmi lesquels la Chine et l’Inde.
La loi porte le nom de son principal promoteur, le sénateur républicain Lindsey Graham, mort en juillet, farouche défenseur de l’Ukraine et pourfendeur de la Russie et de l’Iran. Elle était soutenue avec force par Volodymyr Zelensky, qui avait salué lors de sa promulgation «un outil extrêmement puissant capable de mettre un terme à cette guerre». Mais les relations déjà difficiles entre les présidents américain et ukrainien sont depuis entrées dans une nouvelle crise.
Cette semaine, Kiev a déploré ne pas avoir été averti par ses alliés d’attaques russes imminentes et a fait part de l’apparition de restrictions importantes dans l’utilisation cruciale par l’armée ukrainienne des services satellitaires de l’entreprise américaine d’Elon Musk, SpaceX.
Soutien européen
L’Ukraine dépend du renseignement militaire occidental, et notamment américain, pour anticiper et contrer les attaques russes, d’autant plus crucial pour son armée qu’elle fait face à des pénuries de missiles intercepteurs.
Réunis vendredi à Bruxelles, les dirigeants de l’Union européenne ont assuré Volodymyr Zelensky de leur soutien, sans ignorer qu’ils devraient remettre la main au portefeuille l’an prochain, un sujet sensible politiquement dans plusieurs pays européens. «La guerre coûtera 155 milliards d’euros l’année prochaine. Et nous avons besoin d’au moins 70 milliards d’euros de plus de votre part», a affirmé Volodymyr Zelensky.
Après quatre ans et demi d’invasion à grande échelle, l’Ukraine fait face à une intensification des bombardements russes, qui ont fait encore au moins un mort dans la nuit de vendredi à samedi à Kherson (sud). En réponse, son armée a multiplié les frappes de longue portée, les autorités russes faisant encore état de dizaines de drones abattus alors qu’ils se dirigeaient vers Moscou.
Donald Trump, confronté au mécontentement des Américains sur les prix de l’énergie à l’approche des élections de mi-mandat, ne cache cependant pas sa colère contre les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, qui ont repris après plusieurs jours de pause.
Evitant toute critique directe, Volodymyr Zelensky a souligné à Bruxelles que son équipe était «en pourparlers» avec les négociateurs américains, évoquant une possible rencontre dans les prochains jours.