Ces deux dates riment avec cauchemar à la Maison Blanche. La première est le 20 février, la date de l’invalidation, par la Cour suprême des Etats-Unis, de la majeure partie des tarifs douaniers annoncés par Donald Trump le 2 avril 2025, le fameux «Liberation Day» (jour de la libération). La seconde est le 24 février. Ce jour-là, le 47e président prononcera, devant le Congrès, à Washington, son discours annuel sur l’état de l’Union. Une intervention qui tombera pile le jour du quatrième anniversaire de l’assaut de l’armée russe contre l’Ukraine, début d’une guerre qui totalise plus d’1,5 million de Russes et d’Ukrainiens victimes.
Pourquoi ces deux dates sont-elles si cauchemardesques, au moment où l’hypothèse de frappes aériennes des Etats-Unis contre l’Iran demeure plus que jamais sur la table, faute d’un accord avec Téhéran sur le nucléaire et le programme de missiles balistiques de la République islamique? Parce qu’elles sont en train de transformer la Maison Blanche en champ de bataille politique entre les partisans d’une accélération des manœuvres guerrières et tarifaires de Trump et les avocats d’un apaisement. Tout ceci, en vue de la seule échéance qui compte vraiment pour le chef de l’Etat: les élections législatives de mi-mandat du 3 novembre 2026.
Affrontement public
Deux camps s’opposent. Et Donald Trump a de plus en plus de mal à éviter leur affrontement public.
Le premier, celui des ultras, favorables à une nouvelle surenchère tarifaire, à des frappes contre l’Iran et à un abandon pur et simple de l’Ukraine face à la Russie, est emmené par le vice-président JD Vance, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick (cité dans l’affaire Epstein en raison de ses séjours passés sur l’île de l’homme d’affaires et prédateur sexuel retrouvé pendu dans sa cellule à New York en août 2019) et le secrétaire général adjoint de la Maison Blanche, Stephen Miller.
Ceux-là soutiennent la décision de Trump d’annoncer, dans la foulée du jugement défavorable de la Cour suprême, un nouveau tarif douanier mondial à 15%. Ils estiment aussi qu’une guerre contre l’Iran, assurée d’aboutir selon eux à la chute de la République islamique, serait bénéfique dans l’opinion américaine. Ils jugent enfin que la paix en Ukraine n’est pas une priorité, même si Trump avait promis, durant sa campagne, de faire cesser les hostilités en 24 heures après son élection. Pour eux, la reconstruction de Gaza, après la mise en place du «Board of Peace» (Conseil de la paix) le 18 février à Washington, rapportera bien plus que la poursuite des négociations entre Kiev et Moscou.
Susie Wiles et Scott Bessent
L’autre camp, défendu par le secrétaire d’État Marco Rubio, la cheffe de cabinet de Trump à la Maison Blanche, Susie Wiles, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent, plaide pour un apaisement afin de rassurer les Américains. Selon le dernier sondage de l’institut Gallup, 36% de la population des États-Unis approuvent encore la politique de Trump, tandis que 59% la désapprouvent. Pour ce camp «modéré», le cap de 2026 doit être domestique et économique. Il faut aussi, estiment-ils, consacrer le plus d’énergie possible à l’«endiguement» des remous engendrés par la mise en ligne massive des documents sur l’affaire Epstein par le département de la Justice. Celui-ci, dirigé par Pam Bondi, une fidèle du président, est en première ligne. Il est accusé d’avoir caviardé de nombreux documents problématiques ou de les avoir retirés de la circulation.
Marco Rubio est aussi revenu de la Conférence sur la sécurité de Munich, où il s’est exprimé le 14 février, convaincu de la nécessité de calmer les alliés européens des États-Unis. Rubio a compris qu’un axe Paris-Berlin-Londres, de plus en plus distant des États-Unis, est mauvais pour Washington dans sa concurrence mondiale avec la Chine.
Le chef de la diplomatie est aussi sensible aux arguments des pays arabes qui ne veulent pas d’un conflit avec l’Iran. Problème: comment temporiser avec Téhéran alors qu’une armada aéronavale américaine est déployée dans le Golfe? L’option défendue par ce camp est celle de frappes «par séquence»: une salve, puis une reprise des négociations, etc. En misant sur de nouvelles protestations de masse, comme on le voit déjà à Téhéran, surtout lorsque le ramadan sera terminé, le 20 mars prochain.
Maison Blanche déchirée
La Maison Blanche est déchirée. Trump le sait. Selon les médias américains, le président est surtout sensible à l’argument de la paix en Ukraine, qui lui permettrait d’imposer ses vues aux Européens, qu’il aurait «libérés» de ce fardeau du conflit sur le Vieux Continent. Un succès dans les négociations entre Kiev et Moscou placerait aussi les Etats-Unis, quatre ans après le début de la guerre, en bonne position pour convaincre les Européens d’éviter une guerre commerciale, notamment sur les services numériques.
Qui va l’emporter? Les premiers éléments de réponse seront dans le discours sur «l’état de l’Union» de ce 24 février 2026.