La décision de Donald Trump d’imposer un droit de douane mondial de 15% ne bouleverse pas fondamentalement les exportateurs suisses, selon certains analystes. D’autres estiment que les entreprises sont toujours dans le flou tandis que Berne s’active.
Le président de la Confédération Guy Parmelin «prend acte de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis ainsi que des déclarations du président américain» et «ne les commente pas». Le Conseil fédéral fait analyser les développements et leurs conséquences et communiquera «en temps voulu» sur d’éventuelles décisions.
Les conséquences concrètes et les évolutions des prochains jours sont «analysées en continu et dans les plus brefs délais», a indiqué samedi le Département fédéral de l'économie (DEFR) à Keystone-ATS. Interrogé sur une éventuelle entrée en vigueur rapide du nouveau taux, le département ne se prononce pas.
Ligne maintenue à Berne
Sur le fond, Berne assure ne pas modifier sa ligne dans les discussions en cours avec Washington. «L’objectif principal des négociations en cours a toujours été, dès le départ, de conclure un accord juridiquement contraignant visant à offrir aux entreprises suisses la plus grande sécurité juridique possible», souligne le DEFR.
«La Suisse tient compte des développements en cours dans le cadre des négociations et vise un résultat qui atteigne cet objectif, indépendamment des évolutions juridiques et politiques aux Etats-Unis», ajoute-t-il. Les autorités ne disent pas si les pourparlers pourraient dépasser l’échéance de fin mars.
Après l’invalidation par la Cour suprême de la base légale des précédents droits de douane, Donald Trump a invoqué une autre disposition, la section 122, pour introduire un tarif global pouvant aller jusqu’à 15% pendant 150 jours, a expliqué Rahul Sahgal, directeur de la Chambre de commerce Suisse - Etats-Unis, à Keystone-ATS. Le président américain a d’abord annoncé 10% avant de monter à 15% samedi en fin de journée.
Une période qui va durer
Pour les entreprises suisses, l’effet concret resterait mesuré. «Je ne pense pas que cela change fondamentalement les choses pour la plupart des sociétés», estime Rahul Sahgal, évoquant des ajustements de «deux ou trois points de pourcentage» selon les secteurs. Les exceptions pour la pharmacie et l’or resteraient en place.
Selon lui, la réaction positive des marchés tient surtout au signal institutionnel envoyé par la justice américaine. «La décision de la Cour suprême montre clairement que l’Etat de droit et la séparation des pouvoirs fonctionnent aux Etats-Unis», juge-t-il, parlant d’"une grande bonne nouvelle».
Les Etats-Unis demeurent par ailleurs un marché clé pour les entreprises helvétiques. Un sondage réalisé avant l’introduction des nouveaux droits de douane faisait déjà état de près de 200 milliards de dollars d’investissements prévus outre-Atlantique. Pour Rahul Sahgal, le commerce transatlantique entre toutefois dans «une nouvelle période» marquée par des taxes douanières appelées à durer.
«On l’a vu avec les droits de 50% sur l’acier et l’aluminium introduits durant le premier mandat de Trump entre 2017 et 2021. À l’époque, nous avions espéré qu’ils disparaîtraient avec l’arrivée de Joe Biden, mais ils ont été maintenus. Je pense donc que nous sommes entrés dans une nouvelle période.»
Flou sur le taux effectif
D’autres experts se montrent plus prudents. Les entreprises suisses «ne savent pas quel taux leur sera imposé», a relevé John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement à la banque Cité Gestion, sur les ondes de la RTS. Les 10% - + 15% samedi en fin de journée -annoncés constituent «une nouvelle base générale», mais il n’est pas clair s’ils remplacent les 15% précédents ou s’ils s’y ajoutent.
«C’est très difficile à lire», a abondé Philippe Cordonnier, responsable romand de Swissmem, également interrogé par la RTS, estimant que la Cour suprême n’a pas donné «toutes les clés» d’interprétation. Pour lui, il est «absolument indispensable» d’aboutir à un accord négocié entre Berne et Washington, offrant une base stable à long terme.
Dans ce contexte, une délégation parlementaire suisse se rendra aux Etats-Unis de lundi à vendredi pour évoquer les droits de douane et la politique commerciale. Ce voyage était prévu depuis longtemps, a précisé Andrea Anastasi, responsable du domaine international. Les Etats-Unis sont le premier marché d’exportation de la Suisse, avec plus d’un milliard de francs de marchandises exportées chaque semaine en 2025, rappelle la délégation.