Une succession de revirements: depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a bousculé l’économie mondiale en multipliant les droits de douane punitifs. Mais voilà qu’aujourd’hui, la Cour suprême des Etats-Unis les déclare illégaux: le président américain n’aurait pas dû agir de son propre chef. A plusieurs reprises, la Suisse a été prise au dépourvu par cette politique tarifaire. Blick retrace ce feuilleton en six actes.
2 avril 2025: «Liberation Day» depuis la roseraie de la Maison Blanche
Les images ont fait le tour du monde. Lors de son «Liberation Day» autoproclamé, le président américain a annoncé, depuis les jardins de la Maison Blanche, l’imposition de droits de douane punitifs à la quasi-totalité des pays. La Suisse a été durement touchée: 31%. A Berne, la déception et la confusion étaient palpables: comment Trump était-t-il arrivé à un tel chiffre?
Karin Keller-Sutter, alors présidente de la Confédération, a vivement critiqué un calcul jugé illogique et approximatif. Le gouvernement suisse a toutefois renoncé à prendre des contre-mesures, privilégiant la voie diplomatique. Karine Keller-Sutter pensait entretenir un bon contact avec le locataire de la Maison-Blanche. Il n’en a rien été: l’entretien téléphonique de 34 minutes avec Trump, le 31 juillet, s’est soldé par un échec cuisant.
1er août 2025: Augmentation de 39%
Le jour de la fête nationale suisse, une mauvaise nouvelle venue de l’étranger a brutalement réveillé le pays. La veille au soir, les signaux laissaient déjà entendre que les espoirs d’un accord avec Donald Trump s’étaient envolés. Mais la décision du président américain a fait l’effet d’un coup de tonnerre: un droit de douane porté à 39%. Le ministre de l’Economie, Guy Parmelin, et la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, affichaient une mine déconfite et ont dû s’expliquer publiquement sur ce revers en matière de politique étrangère.
Le monde économique est monté au créneau, parfois avec virulence. Ainsi, Nick Hayek, directeur général de Swatch Group, a plaidé dans le Blick pour l’instauration d’une taxe de 39% sur les exportations d’or suisse vers les Etats-Unis. Finalement, un autre dirigeant du secteur horloger – avec plusieurs chefs d’entreprise suisses de premier plan – serait parvenu à convaincre le président américain de revenir sur sa décision.
14 novembre 2025: Nous avons un accord
Début novembre, six chefs d’entreprise suisses de renom se sont rendus à la Maison Blanche pour rencontrer Trump. Ils ont offert au président américain une horloge de table Rolex et un lingot d’or, réussissant ainsi un véritable coup de maître. Quelques jours plus tard, le Conseil fédéral suisse annonçait l’accord tant attendu par l’économie suisse: des droits de douane de 15% au lieu de 39%, soit le même taux que celui appliqué à l’Union Européenne. Les associations économiques et les entreprises locales ont exprimé un «soulagement teinté de réserve». Après tout, les Etats-Unis étaient parvenus à obtenir des concessions de la part de la Suisse.
Le tarif douanier de 39% a été définitivement abandonné il y a deux semaines. Le nouveau président de la Confédération, Guy Parmelin, a annoncé le 10 décembre que le nouveau tarif douanier de 15% serait applicable, rétroactivement au 14 novembre. Néanmoins, l’accord reste fragile, car il repose uniquement sur une déclaration d’intention non contraignante sur le plan juridique. Aucun contrat n’a encore été signé. Un accord est attendu d’ici le 31 mars. Cependant, compte tenu de l’imprévisibilité du président, un nouveau revirement dans ce dossier tarifaire complexe est toujours possible.
21 janvier 2026: Trump au Forum économique de Davos
Cette année, impossible d’ignorer la présence du président américain au Forum économique mondial de Davos. Mais même sur la scène du WEF, Donald Trump ne mâche pas ses mots. «Elle était très agressive!», lance-t-il à propos de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, en référence à leur entretien téléphonique. Le déficit commercial de 41 milliards de dollars revient, une fois encore, au cœur des discussions.
Après l’intervention du président américain, le département des finances de Karin Keller-Sutter avait réagi brièvement. «Nous supposons que la population suisse comprendra le contexte», a déclaré un porte-parole. En août 2025 déjà, Trump avait publiquement critiqué la présidente de la Confédération de l’époque.
11 février 2026: Trump continue à vociférer
Peu après, Trump a reconnu, dans une interview accordée à la chaîne américaine Fox Business, avoir relevé les droits de douane sur les produits suisses parce qu’il était irrité par la manière dont la présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter s’était adressée à lui. C’est ainsi que les droits de douane initialement fixés à 30% ont été portés à 39%.
Le président américain a également affirmé que la richesse de la Suisse était uniquement due à la bienveillance de pays comme les Etats-Unis. Il a ensuite évoqué un déficit commercial de 42 milliards de dollars. Au cours de l’interview, il a qualifié à plusieurs reprises Karin Keller-Sutter de «Première ministre».
Trump a aussi abordé l’accord que la Suisse et les États-Unis n’avaient jusqu’alors conclu que verbalement: «J’ai alors été assailli par des Suisses et je me suis dit: 'Tiens, on va faire quelque chose d’un peu plus acceptable'», a-t-il expliqué. C’est ainsi qu’il a décidé de ramener les droits de douane à 15% à la fin de l’année dernière.
20 février 2026: La Cour suprême déclare les droits de douane illégaux
La Cour suprême des Etats-Unis a déclaré illégaux les droits de douane imposés par l’administration américaine, par six voix contre trois. Il s’agit sans doute du plus grand revers subi par Donald Trump durant son second mandat. «Compte tenu de l’ampleur, de l’historique et du contexte constitutionnel de cette autorité revendiquée, il doit démontrer avoir reçu une autorisation claire du Congrès pour l’exercer», a écrit la Cour. Trump n’aurait pas dû agir de son propre chef: l’approbation du Congrès était nécessaire.
La décision concerne plus précisément tous les droits de douane instaurés par Trump en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA). Cela inclut les mesures punitives annoncées début avril ainsi que le droit de douane de 39% imposé à la Suisse le 1er août. L’affaire avait été déclenchée par une action en justice intentée devant la Cour suprême par plusieurs entreprises américaines d’importation de taille moyenne, à laquelle se sont joints douze Etats fédéraux.