Trump ouvre la bouche, et Wall Street chavire. A chaque annonce du président concernant la guerre en Iran, le cours du pétrole opère des soubresauts étourdissants, qui semblent dépendre de l’humeur du jour. Or, si ces variations devraient rester aussi imprévisibles que les décisions de Donald Trump, il semblerait que plusieurs traders parviennent toujours à investir au bon moment, en anticipant l’impact des déclarations du président, avant même que l’intéressé n’ait terminé sa phrase.
Un hasard? Non, selon la BBC, qui observe depuis près de deux mois un schéma de transactions financières dont le timing flagrant évoque des délits d’initiés. En d’autres termes, le président américain est soupçonné d’aider son entourage à profiter de son pouvoir sur les marchés boursiers, en leur fournissant des informations confidentielles avant leur diffusion.
Des investissements 14 minutes avant une annonce
Le 23 mars, par exemple, alors que Donald Trump venait d’assurer qu’il détruirait les ponts et centrales électriques iraniens, le président avait changé de discours, déclarant sur X qu’il sortait d’une conversation très «productive» avec Téhéran. Résultat: le prix du pétrole avait brusquement chuté de 10%. Or, la BBC avait remarqué plusieurs investissements inhabituellement élevés, à peine 14 minutes avant l’annonce. Grâce à ce timing, les traders concernés avaient empoché près de 580 millions de dollars.
Bien que plusieurs exemples similaires aient été relevés par le média britannique, les chances que Donald Trump soit poursuivi restent minces. «On peut observer des transactions massives sur un instrument financier qui prouvent clairement que quelqu’un savait déjà ce que Donald Trump s’apprêtait à annoncer, affirme Paul Oudin, professeur spécialisé en droit de la régulation financière, toujours auprès de la BBC. Pourtant, il y a de fortes chances que personne ne soit poursuivi». En effet, bien que le délit d’initiés soit largement illégal depuis 1933, aux Etats-Unis, il est presque impossible de prouver qu’un tel phénomène a eu lieu.
Fin mars, au micro de la RTS, l’ancien trader et conseiller en investissement Thomas Veillet assimilait la situation à une «magouille», soulignant que Donald Trump est «le seul à pouvoir faire bouger le pétrole dans un sens ou dans un autre avec des paroles». Pour lui, cela «devient presque un peu trop visible».
Un militaire accusé d’avoir empoché 400’000 dollars
Et les proches du président ne seraient pas les seuls à s’appuyer sur des informations sensibles pour bâtir des fortunes. Le 23 avril, le militaire américain Gannon Ken Van Dyke s’est vu accusé de tirer profit de secrets gouvernementaux concernant l’enlèvement de Nicolas Maduro, le 3 janvier 2026. Ainsi que le rapporte le «Washington Post», il est soupçonné d’avoir utilisé sa position privilégiée pour miser 33’000 dollars, sur le site Polymarket.
Cette plateforme propose effectivement aux internautes d’émettre des prédictions quant au déroulement d’événements géopolitiques futurs. Or, dans ce cas précis, il semblerait que le joueur n’émettait pas de simples hypothèses, puisqu’il était au courant des opérations qui se préparaient: d’après un communiqué du ministère américain de la Justice, il avait participé à planifier l’enlèvement. D’autres utilisateurs de Polymarket ont également gagné 1,2 million de dollars en misant sur l’offensive américaine sur l’Iran, le 28 février, précise l’AFP.
Donald Trump, de son côté, se dit défavorable à la plateforme: «Le monde est devenu une sorte de casino, a-t-il déclaré auprès des médias, lors d’un point presse organisé le 23 avril. Je n’ai jamais beaucoup aimé le concept de ce site.»