Une affaire rocambolesque
Un gangster évadé de Suisse retrouvé coulé dans le béton en Serbie

En Serbie, un célèbre chef de gang a été tué après une réunion organisée par le chef de la police de Belgrade. La découverte de son corps quelques jours plus tard a provoqué un vaste scandale dans le pays. Ce caïd s'était déjà évadée d'une prison suisse en 2000.
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La mort du chef de gang Aleksandar Nesovic ébranle toute la Serbie.
Photo: Capture d'écran blic.rs
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Marco Lüssi

Cette affaire criminelle a fait la une des médias serbes pendant des semaines. Le 12 mai, les chefs de gangs rivaux Sasa Vukovic et Aleksandar Nesovic se sont retrouvés au restaurant «27», à Belgrade. La rencontre, organisée par Veselin Milic, chef de la police de la capitale serbe également présent sur place, visait à réconcilier les deux hommes.

Mais la réunion a vite dégénéré: Sasa Vukovic aurait tiré à deux reprises sur Aleksandar Nesovic, venu sans escorte, le blessant à l'abdomen. Selon les enquêteurs, l'arme aurait été apportée peu avant au restaurant par son épouse.

Le lendemain, la compagne d'Aleksandar Nesovic a signalé sa disparition, tandis que des rumeurs d'un meurtre étouffé ont commencé à circuler. Les autorités ont ensuite procédé à plusieurs arrestations: le chef de la police, plusieurs de ses gardes du corps, Sasa Vukovic, son épouse, le propriétaire du restaurant ainsi qu'un serveur soupçonné d'avoir nettoyé des traces de sang ont été placés en détention. Ils sont toujours incarcérés à l'heure actuelle et le chef de la police a été démis de ses fonctions. 

Coulé dans le béton

Au départ, le corps d’Aleksandar Nesovic est resté introuvable. Ce n'est que le 21 mai, soit neuf jours après l'agression, que sa dépouille a été découverte: elle se trouvait dans un fût d'huile moteur rempli de béton, après avoir été incendiée. Les enquêteurs ont d'abord identifié la victime grâce à un caleçon de la même marque que celui porté par Aleksandar Nesovic, retrouvé dans le fût. Un test ADN a ensuite confirmé son identité.

L'analyse des données de son bracelet connecté a aussi révélé qu'Aleksandar Nesovic, grièvement blessé par balles, était encore vivant plusieurs heures après l'attaque. Selon les conclusions des enquêteurs, il aurait probablement pu être sauvé s'il avait reçu des soins médicaux à temps.

L'affaire dépasse largement le cadre d'un simple fait divers criminel et prend une dimension politique explosive. Il est reproché au chef de la police de Belgrade, Veselin Milic, non seulement d'avoir organisé une rencontre entre criminels, mais aussi d'avoir tenté d'étouffer un meurtre auquel il aurait assisté. Il aurait même demandé à ses gardes du corps de l'aider à faire disparaître le corps.

Le scandale choque jusque dans un pays habitué aux liens étroits entre crime organisé et pouvoir politique. Avant de prendre la tête de la police, Veselin Milic était conseiller du président serbe Aleksandar Vučić. Quant au principal suspect, le chef de gang Sasa Vukovic, il avait lui aussi travaillé dans la police.

Détourner l'attention

Le professeur de psychologie serbe Oliver Toskovic a estimé dans le magazine antigouvernemental «Vreme» que la décision de la police d'inviter les médias à filmer l'exhumation du fût contenant le corps d'Aleksandar Nesovic était révélatrice. Selon lui, «il s'agit d'une tentative de détourner l'attention du public sur la brutalité du crime plutôt que sur la responsabilité des institutions».

«
La véritable information, c'est que le chef de la police était présent et a étouffé l'affaire pendant des jours
Oliver Toskovic, professeur de psychologie
»

Toujours selon Oliver Toskovic, le pouvoir mise sur des titres sensationnalistes pour mettre en avant l'horreur du meurtre tout en minimisant ses propres défaillances. Il résume ainsi l'affaire: «La véritable information, c'est que le chef de la police était présent et a étouffé l'affaire pendant des jours, que la corruption était à l'œuvre au plus haut niveau – et non la monstruosité de ce crime en lui-même.»

Les funérailles d'Aleksandar Nesovic ont eu lieu ce vendredi 29 mai à Belgrade. Ce n'est toutefois pas la première fois que son nom apparaît dans les médias: Aleksandar Nesovic avait déjà fait parler de lui en 2000, non pas en Serbie… mais en Suisse.

Evasion hors normes

En mars 2000, Aleksandar Nesovic, alors âgé de 26 ans, est arrêté à Zurich, soupçonné de trafic de stupéfiants. Mais après environ six mois de détention, son emprisonnement prend une tournure spectaculaire.

Le 5 octobre 2000, alors qu'il se plaint d'un mal de dents, un homme masqué et armé surgit devant les deux policiers chargés de l'escorter et leur ordonne de se coucher au sol. «Les deux policiers ont dû obéir à l'homme armé», déclarait alors un porte-parole de la police cantonale zurichoise à Blick.

Aleksandar Nesovic parvient à s'enfuir avec son complice à bord d'une Mercedes dans laquelle les attendaient deux autres hommes. Le véhicule avait été volé la veille à Zurich. Interrogé à l'époque par le «Tages-Anzeiger» sur l'importance de Nesovic dans le trafic de drogue, le procureur chargé du dossier avait répondu: «On ne libère personne pour cinq grammes.»

Après cette évasion, Aleksandar Nesovic n'a jamais été repris par la justice suisse. Contacté à ce sujet, le Ministère public zurichois a indiqué: «D'après les informations dont nous disposons, il est probable qu'il n'ait pas pu être repris.» Des années 1990 jusqu'à sa mort, Nesovic était lié au gang criminel de Dejan Stojanović, réputé particulièrement violent. Selon les médias serbes, toute personne souhaitant intégrer ce groupe devait avoir commis un meurtre ou au moins une tentative de meurtre.

Une influenceuse en deuil

Il est impossible de savoir combien de temps Aleksandar Nesovic a vécu en Suisse avant son arrestation en 2000. Une chose est toutefois certaine: le gangster entretenait encore un lien avec le pays par l'intermédiaire de sa filleule, une influenceuse mode zurichoise, suivie par 85'000 personnes sur Instagram.

Celle-ci lui a rendu hommage dans une publication où elle décrit Nesovic comme «un père» pour elle. «Tu es parti d'une manière que personne ne mérite», a-t-elle écrit dans ce message, qui a récolté près de 5000 «J'aime». Contactée par Blick, l'influenceuse n'a pas répondu et a par la suite supprimé sa publication.

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