Pas prêt à faire la paix
Le plan perfide de Vladimir Poutine pour paralyser les pays européens

Vladimir Poutine a de nouveau durci le ton face à l’Europe en évoquant la possibilité de voir la mer Baltique connaître un scénario comparable à celui du détroit d’Ormuz. Une menace qui ravive les inquiétudes autour des routes maritimes, des infrastructures sous-marines et de la sécurité du flanc nord-est de l’OTAN.
L'Iran attaque des pétroliers avec des vedettes rapides dans le détroit d'Ormuz. Le Kremlin veut s'en inspirer.
Photo: IMAGO/Anadolu Agency
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Guido Felder

«Nous sommes prêts.» Vladimir Poutine menace une nouvelle fois l’Europe. Cette fois, le président russe vise la mer Baltique. A l’issue du sommet Russie-Afrique jeudi, il a averti qu’une situation comparable à celle du détroit d’Ormuz pourrait un jour s’y produire, avec de lourdes conséquences pour le trafic maritime européen.

De nombreux pays européens dépendent fortement des routes commerciales qui traversent la mer Baltique. La pose de mines ou des actes de sabotage pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement et faire grimper les prix. Et les actions menées actuellement par la Russie ne font qu’accroître les tensions.

Les armées européennes sont en état d’alerte. L’OTAN a considérablement renforcé sa présence sur son flanc oriental et la Suède a fortifié l’île stratégique de Gotland. En Europe, certains redoutent qu’en cas d’escalade, la Russie ne cherche à s’en servir comme point d’appui.

«Nous relèverons tous les défis»

Les menaces font depuis longtemps partie de la rhétorique du Kremlin, qui a même brandi à plusieurs reprises le risque d’une guerre nucléaire. Jeudi à Moscou, Vladimir Poutine est toutefois allé plus loin: «Si certains d’entre vous veulent la guerre, préparez-vous.»

La suite de ses propos a davantage encore retenu l’attention: «Est-ce que quelqu’un souhaite que la mer Baltique se retrouve dans la même situation que le golfe Persique ou le détroit d’Ormuz? Nous ne le souhaitons pas, mais nous relèverons tous les défis.»

Derrière cet avertissement se dessine une nouvelle escalade dans la rhétorique russe. D’un côté, Vladimir Poutine met en garde les Européens contre une éventuelle fermeture de la mer Baltique aux navires russes. De l’autre, il laisse entendre que cette voie maritime essentielle à l’Europe pourrait à son tour devenir une zone dangereuse.

Pour cela, la Russie n’aurait pas nécessairement besoin d’affronter directement les forces navales de l’OTAN. Le détroit d’Ormuz montre que, malgré un rapport de force asymétrique, le trafic maritime peut être fortement perturbé.

Faire grimper les coûts

Dans le golfe Persique, la seule menace d’attaques suffit à inquiéter les assureurs maritimes comme Lloyd’s. Si Moscou venait à poser des mines, à s’en prendre à des cargos civils ou à provoquer des incidents, les primes d’assurance en mer Baltique pourraient s’envoler. Les compagnies maritimes pourraient alors éviter certaines routes, tandis que les coûts de transport grimperaient fortement sans qu’aucun affrontement direct avec une frégate de l’OTAN ne soit nécessaire.

La Russie perturbe déjà les systèmes civils de navigation par d’importantes opérations de brouillage GPS depuis Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Dans les passages parfois étroits des archipels de la Baltique, ces perturbations augmentent le risque de collision ou d’échouement, notamment pour les pétroliers. Les incidents impliquant des câbles électriques et de données, notamment avec des navires de la «flotte fantôme» russe et leurs ancres, ont également montré la vulnérabilité des infrastructures essentielles de la région.

Un pari risqué pour Moscou

Avec entre 2000 et 3000 navires présents simultanément, la mer Baltique compte parmi les zones maritimes les plus fréquentées au monde. Sa paralysie aurait de lourdes conséquences. La Finlande, qui réalise environ 95% de son commerce extérieur par voie maritime, serait particulièrement exposée à un blocage logistique. Les pays baltes, la Suède, la Pologne et l’Allemagne subiraient eux aussi de fortes répercussions économiques.

Mais cette stratégie constituerait également un pari risqué pour Moscou. Rendre la mer Baltique impraticable pénaliserait directement la Russie, qui exporte notamment du pétrole brut depuis des ports comme Primorsk, près de Saint-Pétersbourg. L’enclave russe de Kaliningrad, fortement militarisée, dépend elle aussi de ses liaisons maritimes, en plus du corridor ferroviaire qui traverse la Lituanie.

Une zone d’instabilité

La menace brandie par Vladimir Poutine pose surtout une question particulièrement sensible pour l’OTAN: jusqu’où peut aller une attaque hybride avant de déclencher la clause de défense collective de l’Alliance? La découverte d’une mine d’origine inconnue, la rupture d’un câble sous-marin ou la dérive d’un pétrolier sans pavillon suffiraient-elles à entraîner l’activation de l’article 5, qui prévoit une assistance mutuelle entre les Etats membres?

Le Kremlin sait que ce type d’incidents, difficiles à attribuer avec certitude, place l’Alliance face à un dilemme. En comparant la mer Baltique au détroit d’Ormuz, Vladimir Poutine menace ainsi moins d’en prendre le contrôle militairement que d’y créer une zone d’instabilité susceptible de perturber une grande partie de l’Europe.

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