L'Europe peut trembler. Mercredi, le Parlement russe a adopté une nouvelle loi qui pourrait être extrêmement dangereuse. Grâce à elle, Vladimir Poutine obtient l'autorisation d'attaquer d'autres pays si le but est de protéger des citoyens russes qui auraient été arrêtés et «maltraités» par des Etats étrangers. Cette loi vise notamment l'Union européenne (UE), dont le Kremlin critique régulièrement le système judiciaire.
C'est précisément avec ce même argument, la «protection de la population russophone», que Moscou avait tenté d'envahir l'Ukraine il y a quatre ans. A Bruxelles, l'inquiétude est grande; à Kiev, on qualifie cette nouvelle loi d’«anarchie agressive». C’est en ces termes que Heorhii Tykhyi, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, s’est exprimé auprès de «Politico». Selon lui, en s’appuyant sur cette base juridique, Vladimir Poutine admettrait de fait «que l’agression est devenue la norme de la politique d’Etat russe». A quel point cette nouvelle menace est-elle dangereuse?
Pendant le mandat de Trump?
Toujours selon «Politico», certains députés européens estiment que Vladimir Poutine pourrait mettre à l'épreuve la défense de l'OTAN dans les deux prochaines années. Cela car Donald Trump sera toujours au pouvoir, et que Washington ne devrait pas intervenir militairement.
Les pays baltes possédant une frontière terrestre avec la Russie sont cités comme cibles potentielles de Moscou. Des millions de Russes vivent en Estonie, en Lettonie et en Lituanie. Nombre d'entre eux se sentent opprimés car le russe est de plus en plus marginalisé en tant que langue officielle. Poutine pourrait ainsi tester la détermination de l'OTAN à défendre efficacement cette région.
En avril dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait mis en garde contre une nouvelle offensive contre l'Ukraine ou les pays baltes. A ses yeux, l'interdiction des applications de messagerie populaires est un prélude à une nouvelle mobilisation. En bloquant ces applications, le Kremlin prive les potentiels combattants d'un outil de résistance.
«Pour l'instant très improbable»
Se dirige-t-on vers un élargissement du conflit? Les avis divergent. Ulrich Schmid, spécialiste de la Russie à l'Université de Saint-Gall, voit en ce texte l'une des nombreuses démonstrations de force du Kremlin. «Une application militaire de cette loi semble pour l'instant très improbable.» En effet, l'armée russe est entièrement mobilisée en Ukraine, où elle subit actuellement de lourdes pertes en hommes et en matériel.
Ulrich Schmid perçoit cette loi comme «un élément d'une guerre symbolique autour de la validité du droit international». Elle constituerait une réponse directe aux efforts déployés par divers Etats européens pour mettre en place leur propre tribunal chargé de juger l'attaque russe. «Par cette construction juridique, la Russie fait savoir: nous nous moquons du droit commun, nous établissons le nôtre», poursuit l'expert.
Cyberattaques, sabotage et propagande
Polina Sommer, fondatrice de la plateforme citoyenne Art of Peace regroupant des représentants de Russie, d’Ukraine et de Suisse, n’exclut toutefois pas de nouvelles agressions de la part du Kremlin. Surtout si les coûts d'un nouveau conflit restaient supportables et s’il n’engendreraient pas de conséquences véritablement graves.
Mais une offensive militaire directe contre un pays de l’OTAN n'est pas la seule menace. «La Russie est certes à bout de souffle sur les plans militaire et économique, mais des attaques contre d’autres Etats ou organisations ont déjà eu lieu par le biais de la propagande, des cyberattaques et du sabotage», rappelle Polina Sommer. Cet important levier de l'appareil russe constitue une forme de guerre moderne largement sous-estimée.
En fait, la question de savoir si cette nouvelle loi débouchera sur une guerre ouverte contre l'Europe dépend moins des textes de loi que de la manière par laquelle l'OTAN saura se montrer dissuasif. Et du camp que choisira Donald Trump.