Un défilé embarrassant
Acculé et terrifié, Vladimir Poutine risque bien de se ridiculiser

Entre des soldats à pied et des systèmes de défense au lieu de chars et lance-missiles, le défilé de la victoire à Moscou samedi pourrait être embarrassant pour Poutine. Mais le maître du Kremlin redoute une attaque ukrainienne, et à raison.
Vladimir Poutine a manifestement peur des attaques de drones ukrainiens.
Photo: AP - Blick
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Samuel Schumacher

Vladimir Poutine a peur. Peur qu'un nouveau type d'armes lui vole la vedette lors de son «défilé de la victoire» samedi sur la place Rouge à Moscou: les drones ukrainiens. 

Craignant une attaque, le Kremlin a limité cet événement traditionnel et grandiose en bannissant les chars ainsi que les cadets, et en n'invitant quasiment aucun invité international. Pour éviter un camouflet devant le monde entier, Poutine souhaitait même imposer un cessez-le-feu de 48 heures à l'Ukraine. Mais Volodymyr Zelensky n'est pas dupe et a mis en place une ruse pour effrayer encore plus son adversaire.

Les défilés militaires du 9 mai sont une tradition sacrée en Russie, où le pays célèbre sa victoire sur l'Allemagne nazie. Habituellement, le Kremlin déploie des moyens considérables pour le défilé principal à Moscou, présentant toute la puissance de la deuxième plus grande armée du monde.

Mais cette année, Poutine a réduit la voilure, prévoyant tout au plus quelques fanfares et des avions de chasse pour illuminer le ciel aux couleurs du drapeau russe. Craignant une attaque ukrainienne, Poutine a fait acheminer à Moscou plus de 280 systèmes de défense aérienne depuis différentes régions du pays. Mais cette stratégie fragilise davantage des régions déjà soumises à une pression immense après des semaines de frappes aériennes ukrainiennes à longue portée.

La Russie est impuissante

Kiev affirme avoir paralysé une grande partie de l'industrie pétrolière russe et un nombre important de systèmes de défense aérienne grâce à des drones et missiles de croisière de fabrication nationale. Le dépôt pétrolier stratégique de Touapsé, ville côtière de la mer Noire, a été touché à quatre reprises par l'Ukraine en peu de temps. La Russie n'a pu qu'assister à la scène, impuissante.

A l'approche de la semaine des défilés, des drones ukrainiens ont fait irruption dans le ciel moscovite. L'un d'eux s'est écrasé sur un immeuble résidentiel à seulement six kilomètres du Kremlin. Un autre a été poursuivi par deux hélicoptères pendant plusieurs minutes avant d'être intercepté. Mardi, un missile de croisière ukrainien Flamingo a touché une usine d'armement située à plusieurs centaines de kilomètres de Moscou.

Une maigre assistance

Ce n'est donc pas surprenant si, selon les services de renseignement, Poutine a déserté ses résidences près de Moscou pour se retrancher dans des bunkers luxueux du sud de la Russie. Ce retrait s'expliquerait aussi par sa crainte d'une tentative de coup d'Etat au sein même de son parti.

Rien d'étonnant donc que dans ces circonstances, peu d'invités internationaux assistent à la cérémonie de la victoire. Par exemple, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a annulé sa participation. Outre Vladimir Poutine, seuls les présidents du Bélarus, du Kirghizistan et du Kazakhstan seront présents samedi. Cette assistance contraste fortement avec celle de l'année 2025, année où 27 invités avaient assisté à l'événement, dont le président chinois Xi Jinping et l'ancien dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro. Le cessez-le-feu pour vendredi et samedi, unilatéralement décrété par Poutine, est la preuve de sa nervosité. Moscou menace Kiev d'une attaque dévastatrice sur le centre-ville si les drones ukrainiens continuent de voler durant ces deux jours. 

Battu à son propre jeu

Mais Zelensky connaît bien les astuces de Poutine. Le président ukrainien a annoncé que le cessez-le-feu commencerait dès la nuit de mardi à mercredi, mettant ainsi Moscou sous pression. Ainsi, si la Russie rompt la trêve décrétée par Kiev, les pilotes des drones ukrainiens feront de même ce samedi.

L'Ukraine a prouvé qu'elle était capable de contourner les défenses aériennes russes et frapper Moscou. Cependant, des experts militaires ukrainiens, comme le politologue et officier Andriy Tkachuk, sont plus sceptiques. Au lieu d'attaquer Moscou, l'Ukraine devrait cibler des objectifs militaires dans les régions laissées à découvert par le retrait de ses défenses aériennes, écrit Andriy Tkachuk sur Telegram.

Dans tous les cas, Poutine a peur, à tel point qu'il envisagerait même de couper temporairement l'accès à Internet mobile dans le centre de Moscou. La méfiance du dirigeant du Kremlin envers ses propres capacités de défense aérienne et son annulation drastique du défilé montrent combien la Russie est en mauvaise posture. 

Alors que ses alliés l'abandonnent en Europe, que sa situation au Moyen-Orient se dégrade, qu'il subit des pertes territoriales en Ukraine et que ses raffineries brûlent, les problèmes s'accumulent pour Poutine. Les images de la piètre parade de samedi risquent d'ajouter une nouvelle humiliation à sa carrière.

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