Le Kremlin a annoncé lundi, à la surprise générale, un cessez-le-feu unilatéral pour les 8 et 9 mai, jours où la Russie célèbre le «Jour de la victoire» sur l'Allemagne nazie. Un acte de clémence? Difficile à croire. Les observateurs soupçonnent Vladimir Poutine de vouloir éviter que les défilés militaires, déjà considérablement réduits, ne deviennent des cibles pour les drones ukrainiens. Pour un régime qui aime afficher sa prétendue supériorité militaire, ce geste de Moscou paraît étrangement défensif, voire nerveux. Et un coup d'œil sur le front suffit à le comprendre.
Depuis l'été 2023, la Russie a enregistré des gains territoriaux quasi continus. Mais cette tendance ne s'est pas seulement ralentie, elle s'est inversée. Pour la première fois en trois ans environ, la Russie a subi des pertes territoriales nettes sur le front ukrainien le mois dernier. Une analyse basée sur les données de l'Institute for the Study of War (ISW), basé aux Etats-Unis, montre que l'armée russe a perdu le contrôle d'environ 120 kilomètres carrés de territoire ukrainien en avril.
L'Ukraine a ainsi réussi à reconquérir environ 0,02% de son territoire. Ces avancées se sont déroulées sur plusieurs fronts, notamment dans les trois régions orientales de Zaporijia, Kharkiv et Donetsk, où près de 40 kilomètres carrés ont été libérés dans chacune d'elles. Si la Russie a pu progresser dans la zone de Kramatorsk, ville stratégique de la région de Donetsk, la tendance générale est claire.
L'avancée russe s'effondre
Les pertes territoriales d'avril marquent le point le plus bas d'une tendance déjà amorcée les mois précédents. L'avancée russe a considérablement ralenti. Alors que la Russie avait conquis 319 kilomètres carrés en janvier, ce chiffre est tombé à seulement 123 kilomètres carrés en février et à 23 kilomètres carrés en mars.
Les raisons de ce revirement sont multiples. Selon l’ISW, les contre-attaques ukrainiennes et les importants problèmes de communication rencontrés par l’armée russe ont «exacerbé les difficultés existantes au sein des forces armées russes». Par exemple, en février 2026, la société américaine SpaceX a empêché l’armée russe d’utiliser ses satellites Starlink, compliquant davantage la coordination des troupes. De plus, la boue provoquée par la fonte des neiges et les pluies a également ralenti la progression des unités au sol.
Une guerre avec d'énormes pertes
Selon les données de l'ISW, la Russie occupe actuellement un peu plus de 19% du territoire ukrainien. Une grande partie de ce territoire a été conquise soit en 2014 (Crimée, certaines parties de Donetsk et de Louhansk), soit durant les premières semaines de l'invasion à grande échelle de 2022. Depuis novembre 2022, suite aux importantes contre-offensives ukrainiennes, la Russie n'a pu accroître sa part du territoire ukrainien que de 1,5%.
Ces gains marginaux ont été obtenus au prix de pertes exorbitantes. L'analyse de l'ISW illustre ce déséquilibre: en trois ans et demi, la Russie a conquis 9318 kilomètres carrés – soit environ un quart de la superficie de la Suisse – mais a perdu plus d'un million de soldats. L'avancée prétendument irrésistible de Poutine progresse, comme le constatent les observateurs, à un rythme d'escargot.
Confiance en soi du côté ukrainien
Les affirmations du Kremlin selon lesquelles les forces russes seraient sur le point de réaliser une percée ne sont pas étayées par les données. Au contraire, les récents échanges entre l'ISW et les commandants ukrainiens témoignent d'une confiance grandissante du côté de Kiev. Si des inquiétudes subsistaient quant à d'éventuelles incursions russes en 2023, il existe désormais la conviction que l'envahisseur peut être contenu – tant que l'aide occidentale continue d'affluer.
L'armée ukrainienne a constamment amélioré et perfectionné ses tactiques défensives. Un «mur de drones» a permis de compenser la supériorité numérique de la Russie sur le front. Parallèlement, l'Ukraine a lancé une remarquable campagne de frappes à longue portée, employant à la fois des drones et des missiles de croisière de conception et de fabrication nationales récemment mis au point. Ces armes permettent de perturber les offensives russes avant même qu'elles n'atteignent la ligne de front.
D'après l'analyse de l'ISW, les rapports russes faisant état de succès sur le front ukrainien ne sont que du bluff. Pour Poutine, le mythe de la supériorité russe est actuellement vital à sa survie. Au sein de l'appareil gouvernemental, les rumeurs d'attaques et de tentatives de coup d'Etat vont bon train. Reconnaître que les progrès sont au point mort, même sur le front de cette opération prétendument spéciale, serait fatal pour le dirigeant du Kremlin.