Trump, allié de l'impossible
L'Europe peut-elle encore compter sur les Etats-Unis au sein de l'OTAN?

La politique de Donald Trump envers l'OTAN et ses alliés inquiète l'Europe. Entre menaces et indifférence, le président américain a semé le doute sur l'engagement américain pour la sécurité collective.
En janvier, les Européens ont été saisis d'effroi par la menace de Donald Trump d'annexer le Groenland.
Photo: AFP
Post carré.png
AFP Agence France-Presse

Les attaques répétées de Donald Trump contre l'Alliance atlantique sape les fondements et la crédibilité de l'OTAN, préviennent des experts. Cela pousse les Européens à rechercher des coalitions ad hoc pour affronter les crises, face à la fiabilité douteuse de leur allié historique.

Créée en 1949 par des démocraties libérales s'alliant face à une menace commune, l'Union soviétique, l'Otan a un «caractère exceptionnel dans l'histoire des alliances», pointe Olivier Schmitt, professeur au Collège royal de défense danois.

Trump veut des vassaux

«C'est la seule alliance qui jusque-là avait un acteur majeur qui se comportait comme un hégémon bienveillant, qui n'imposait pas par la force aux autres ce qu'il faisait», au contraire du Pacte de Varsovie par lequel les Soviétiques régnaient sur leurs satellites d'Europe centrale et de l'Est, explique-t-il à l'AFP.

Une pratique dont s'éloigne le président américain, entré en guerre contre l'Iran sans consulter ni même informer ses alliés avant de les qualifier de «lâches» pour avoir balayé sa demande de l'aider à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

«Il a simplement exigé qu'ils fassent ce qu'il disait. Trump ne veut pas d'alliés, il veut des vassaux», déplore l'expert en géopolitique néoconservateur Robert Kagan, promoteur de l'invasion de l'Irak en 2003. «Par conséquent, les amis et alliés seront de moins en moins disposés à coopérer avec les Etats-Unis», écrit-il dans un tribune dans The Atlantic.

Indifférence américaine

La défiance s'installe. En janvier, les Européens ont été saisis d'effroi par la menace de Donald Trump d'annexer le Groenland, territoire sous souveraineté du Danemark, membre fondateur de l'OTAN.

«Il n'y aura pas de retour à la situation d'avant» l'élection de Donald Trump, selon le président allemand Frank-Walter Steinmeier, pour qui «la rupture est trop profonde, et la confiance perdue dans la politique de grande puissance des Etats-Unis est trop importante».

«La remise en cause générale par les Américains de l'ordre né de l'après-Seconde Guerre mondiale semble de bien plus long terme» que la seule présidence Trump, abonde Célia Belin, chercheuse à l'ECFR, car celui-ci «ne leur apporte plus assez de bénéfices». Si le parapluie nucléaire américain n'a pas été formellement remis en question par Washington, l'engagement des Etats-Unis au sein de l'OTAN pour la sécurité de ses membres est mis en doute.

«L'indifférence américaine à la lutte des Européens contre l'agression russe constitue peut-être la désintégration finale des relations d'alliance établies après la Seconde Guerre mondiale», juge Robert Kagan.

Trump envoie un signal catastrophique

Pour Kristina Kausch, chercheuse au German Marshall Fund, il serait «exagéré de dire qu'il ne s'agit déjà plus d'une alliance». «Mais on voit clairement que l'idée fondamentale selon laquelle les Etats-Unis et l'Europe ont un intérêt commun en matière de défense (...) commence désormais à s'effriter», affirme-t-elle à l'AFP.

L'approche transactionnelle du président américain heurte de front la promesse de soutien mutuel sur laquelle repose l'OTAN. «Si on crée chaque jour le doute sur son engagement» au sein de l'Alliance atlantique, «on en vide la substance», a fait valoir jeudi le président français Emmanuel Macron.

Et à cet égard, pour Olivier Schmitt, «le signal envoyé par Trump est catastrophique pour la crédibilité de l'OTAN», c'est-à-dire sa capacité à dissuader un adversaire, qui doit être convaincu qu'il aura face à lui 32 pays déterminés à se soutenir les uns les autres.

76'000 millitaires déployés en Europe

Le système d'alliances bâti par Washington après 1945 est pourtant «la véritable source de la puissance, de l'influence et de la sécurité de l'Amérique», avance Robert Kagan. Washington déploie plus de 76'000 militaires en Europe et utilise leurs bases en Europe comme des points d'appui pour ses opérations dans le monde.

«Il ne faut pas oublier que l'Europe constitue le flanc oriental des Etats-Unis (...) Nous sommes un élément fondamental de la sécurité américaine, tout comme les Etats-Unis sont un élément fondamental de la nôtre», rappelait fin mars le directeur politique du ministère de la Défense britannique Paul Wyatt au Forum de Paris pour la défense et la stratégie.

Engagés dans une augmentation drastique de leurs dépenses de défense face au spectre d'un conflit avec la Russie et pour garder à bord des Etats-Unis qui entendent se concentrer sur le menace chinoise, les membres de l'OTAN cherchent la parade.

S'adapter à une nouvelle réalité

«Il faut trouver de nouvelles formes de gouvernance entre pays qui sont sur des positions relativement partagées à partir du moment où le grand principe d'organisation du système international qui reposait sur les Etats-Unis comme garant de l'ordre démocratique libéral est en train de s'effondrer».

Pour Mick Ryan, ancien général désormais chercheur au Lowy Institute australien, «la question est désormais de savoir si les alliés de l'Amérique – en Europe, au Moyen-Orient et en Asie – ont la volonté politique, l'imagination stratégique et le temps nécessaires pour s'adapter à cette nouvelle réalité».

Articles les plus lus