Arrêtons de jouer sur les mots et de croire au Père Noël transatlantique. Donald Trump veut une crise en Europe. Le président des États-Unis, plus dominateur que jamais, veut infliger une leçon à ses alliés européens qui refusent de le suivre dans «sa» guerre contre l’Iran. Le fait qu’il ne les a pas prévenus, ni consultés, n’est pour lui pas un sujet. Idem pour le rôle décisif joué, dans le déclenchement de ce conflit aux répercussions mondiales, par Israël. Trump ne supporte pas que les pays européens, qu’il considère comme des vassaux, osent lui dire non. Et il entend bien leur faire payer cet affront au prix fort.
L’idée selon laquelle la guerre aérienne (pour l’heure) menée contre la République islamique d’Iran est une parenthèse est dès lors une illusion. Plus que jamais cynique et mercantile, Trump veut que les États-Unis tirent un profit maximal du chaos qu’il a déclenché dans le golfe Persique. Or sa conviction est double, comme vient de le prouver son discours à ses concitoyens ce 2 avril.
Pas des alliés, des clients
- Conviction n°1: les pays arabes alliés de l’Amérique, aussi désemparés et plongés dans la crise soient-ils, n’ont pas d’autre choix que d’obéir à Washington.
Conviction n°2: les autres alliés importants des États-Unis, de l’Europe au Japon, à l’Australie ou à la Corée du Sud, doivent être traités comme des clients.
Le pétrole et le gaz? Qu’ils achètent ceux des États-Unis ou qu’ils se débrouillent pour rétablir les voies d’approvisionnement dans le détroit d’Ormuz. C’est le marché, in fine, qui dictera sa loi. Trump, qui a déjà dépensé des centaines de milliards de dollars dans ce conflit, veut en tirer profit. Nous sommes là, la Suisse incluse, pour payer les pots cassés. Point.
Plus besoin, dans ces conditions, de s’interroger sur l’avenir de l’OTAN, cette alliance atlantique dont la Suisse neutre n’est pas membre, mais sur laquelle nous comptons encore pour notre sécurité face à la Russie, mais sur laquelle nous comptons encore pour notre sécurité face à la Russie. L’OTAN a, pour Trump, une seule mission: être un carnet de commandes pour l’industrie de guerre américaine. C’est pour cela que les États-Unis ne la quitteront pas. Le doute leur profite. Ceux qui ne supportent plus les diktats de Washington n’ont qu’à, selon lui, en tirer les conséquences. Trump joue avec nos nerfs et nos opinions publiques. Il se fiche d’être détesté. Il n’a cure de ne pas remplir ses obligations d’allié n°1. Son slogan «Put America First» (mettre l’Amérique en premier) est mis en œuvre au pied de la lettre: les Européens doivent payer, payer, payer. En termes de soutien militaire ou de commandes. Tout le reste est négociable.
Alliance défensive
L’OTAN, ne l’oublions jamais, est une alliance créée en 1949 pour défendre l’Europe et le monde libre. Son incursion en Afghanistan, dans les années 2000 aux côtés des États-Unis, était une réponse solidaire, en vertu du fameux article 5 de défense mutuelle, aux attentats du 11 septembre 2001 à New York. En aucun cas, et d’aucune manière, la guerre contre l’Iran ne répond aux critères de son traité. Mais qu’importe! Donald Trump, lui, voit cette alliance comme une corde d’étranglement. Il la resserre, à souhait, sur le cou de ses 31 pays alliés, tout en provoquant, parallèlement, une crise énergétique mondiale. L’image est au fond celle du pendu européen sur le tabouret du pétrole et du gaz. Plus celui-ci vacille, plus la corde américaine devient raide.
L’Amérique de 2026 veut nous pendre. Et ce n’est pas un hasard si ce cliché nous ramène au Far West. La guerre en Iran, mal préparée, mal décidée, mal justifiée, est l’illustration de la loi que le «shérif» Trump entend faire régner sur le monde et qu’il appliquera encore plus rudement s’il détient, demain, les leviers du pétrole iranien. La menace existentielle nucléaire, réelle, que faisait peser la République islamique sur Israël est devenue l’instrument d’un racket mondial. Or Trump, en racketteur en chef, est persuadé d’avoir encore les meilleures cartes en main.