Depuis lundi 16h, heure suisse, le blocus imposé par Donald Trump sur le détroit d'Ormuz est en vigueur. L'objectif de cette mesure de contrainte est clair: il s'agit avant tout exercer une pression maximale sur l'Iran. Une annonce du président a, à elle seule, suffi à faire faire demi-tour aux pétroliers et à provoquer une nouvelle hausse des cours mondiaux du pétrole.
A ce carrefour de l'économie mondiale, un duel se profile: d'un côté, les Etats-Unis, militairement supérieurs et déterminés à paralyser économiquement leur adversaire ; de l'autre, l'Iran, affaibli, imprévisible et prêt à intensifier le conflit. La question centrale est la suivante: qui s'effondrera le premier?
Les Etats-Unis passent à l'action
Depuis lundi 16h, les navires de guerre américains contrôlent en théorie l'ensemble du trafic dans le détroit d'Ormuz. Les navires entrant ou sortant des ports iraniens du golfe d'Oman et du golfe Persique sont censés être immobilisés, quel que soit leur pavillon. Les Etats-Unis entendent ainsi démontrer leur puissance à l’un des points les plus sensibles de l’économie mondiale.
Le premier coup a été porté par les Américains. Or, il ne touche pas seulement Téhéran, mais le monde entier. Ce n'est pas seulement Téhéran qui est touché, mais le monde entier. Lundi, le prix du pétrole a de nouveau dépassé les 100 dollars. Les primes d'assurance pour les pétroliers s'envolent. Et ce, avant même que le blocus n'entre en vigueur.
L'Iran riposte
Téhéran considère le blocus américain comme une escalade – et comme une attaque. Les Gardiens de la révolution ont de leur côté prévenu que le blocus serait considéré comme une violation du cessez-le-feu. L'armée iranienne a pour sa part menacé de riposter avec véhémence: «La sécurité dans le golfe Persique, est soit pour tous, soit pour personne.»
Sur le plan économique et militaire, le rapport de force est clair. L'Iran ne peut pas gagner. Mais il n'en a pas besoin. Pour l'instant, il suffit de semer l'incertitude et de provoquer le chaos.
Qui souffre le plus?
Sur le plan économique, l'Iran devrait rapidement pâtir de ce blocus. Et pour cause. Environ deux millions de barils de pétrole ne pourront plus être exportés quotidiennement. La principale source de revenus du régime sera coupée. Cela signifie moins d'argent pour l'armement et l'appareil de répression. En outre, une pénurie d'approvisionnement se profile. Jusqu'à présent, l'Iran importait des denrées alimentaires et des biens de consommation via le détroit d'Ormuz, qu'il contrôlait.
Les Etats-Unis produisent certes leur propre pétrole, mais le prix de l'or noir se détermine au niveau mondial. S'il augmente, les Américains en ressentent immédiatement les effets à la pompe. Pour Trump, la hausse des prix de l'essence représente plus qu'un simple problème économique: c'est un risque politique, les Américains ayant tendance à se retourner contre le parti au pouvoir lorsque les prix montent.
L'arène s'élargit
Le blocus est comme une bombe atomique pour l'économie mondiale: il plonge les pays du monde entier dans une crise économique majeur. Un cinquième du transport mondial de pétrole et de gaz liquéfié transite par le détroit d'Ormuz. Nous utilisons ce combustible pour faire le plein de nos voitures, chauffer nos maisons, produire de l'électricité et fabriquer des médicaments.
Les pays du Golfe recourent par ailleurs à cette voie maritime pour importer denrées alimentaires de base: blé, riz, sucre et soja, qu’ils ne peuvent cultiver eux-mêmes. De plus, les agriculteurs du monde entier dépendent des engrais transportés sur cette route.
Le blocus frappera en outre durement la Chine, à qui une grande partie des exportations de pétrole iranien est destinée. Si cet approvisionnement est interrompu, sa sécurité énergétique serait compromise. Jusqu'à présent, Pékin a misé sur la diplomatie. Ce lundi, le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé à la retenue et exigé la liberté de navigation.
En Europe aussi, les conséquences vont vite se faire ressentir. Le prix de l'essence, du diesel et du chauffage reste élevé. De plus, la pression sur l'économie s'accentue: les entreprises sont confrontées à une hausse des coûts et la croissance stagne.
Qui va céder le premier?
A court terme, c'est l'Iran qui devrait être le plus durement touché par le blocus. Son économie est déjà gravement fragilisée. Sans revenus pétroliers, la pression économique ne cessera de s'accentuer. Cependant, le conflit affecte tout autant les Etats-Unis. Le prix élevé du pétrole renchérit l'énergie et alimente l'inflation.
Les deux pays souffrent, mais qui craquera le premier? L’Iran est habitué aux crises. Sanctions, pressions économiques et isolement font partie de son quotidien depuis des années. Le pays est une autocratie: le Guide suprême, Mojtaba Khamenei, contrôle en théorie les forces armées, le pouvoir judiciaire, les Gardiens de la révolution et les médias d’Etat. Il est donc moins dépendant de l’approbation de son peuple que Donald Trump, chef d’Etat démocratiquement élu. Aux Etats-Unis, l’insécurité économique s’accompagne de pressions politiques. Et cela pourrait s’avérer dangereux pour le président.
Au final, il ne s'agit pas de savoir qui est le plus fort, mais qui peut endurer le plus de souffrance. Les dirigeants de Téhéran ont déjà prouvé qu'ils pouvaient survivre aux bombardements, aux sanctions et aux crises économiques. Les mollahs vont tenir bon et observer patiemment les difficultés économiques mondiales. Le peuple américain, en revanche, ne tolérera pas indéfiniment cette pression sur son portefeuille.