«Ils veulent le voir perdre»
Pour garder le pouvoir Netanyahu prend le risque de braver la Turquie

Face à des élections incertaines, Benjamin Netanyahu cible la Turquie, accusant Ankara de renforcer sa présence militaire en Syrie. Cette escalade inquiète ses alliés et accentue les tensions régionales.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le lundi 17 août 2026.
Photo: IMAGO/UPI Photo

En bref

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  • Benjamin Netanyahu intensifie ses critiques envers la Turquie dans le cadre de sa campagne pour sa réélection. Israël a bombardé un aéroport en Syrie, accusant Ankara de vouloir y établir une présence militaire, ce que la Turquie dément
  • Le ministre de la Défense israélien a qualifié les actions turques de «dangereuses aventures» en Syrie. Cette escalade pourrait détériorer les relations avec les Etats-Unis, alors qu'Ankara est membre de l'Otan
  • Israël et la Turquie, malgré leurs tensions politiques, entretiennent des échanges commerciaux solides. En 2025, leur commerce bilatéral s’élevait à 8 milliards de francs, bien que des menaces de rupture aient été évoquées
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AFP Agence France-Presse

Après plus de deux ans à faire feu de tout bois contre les adversaires d'Israël à travers le Moyen-Orient, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, confronté à une campagne électorale difficile pour sa réélection, jette désormais son dévolu sur un autre ennemi présumé: la Turquie. Mardi, des avions de combat ont bombardé un aéroport militaire hors-service dans le nord-ouest de la Syrie, juste après la visite d'une délégation officielle turque.

Netanyahu a affirmé que la Turquie cherchait à y établir une présence militaire, malgré la mise en garde d'Israël, ce que la Turquie a démenti. Jeudi, son ministre de la Défense, Israël Katz, a accusé Recep Tayyip Erdogan de s'engager dans de «dangereuses aventures en Syrie», ajoutant qu'«Israël ne permettra à aucune entité de menacer sa sécurité». Dans le cadre de sa campagne pour sa réélection, Netanyahu a fait afficher les photos de plusieurs dirigeants, dont le président turc Recep Tayyip Erdogan, avec la mention: «Ils veulent voir perdre Netanyahu». Recep Tayyip Erdogan a vertement critiqué l'offensive menée par Israël à Gaza, après l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et les relations se sont encore détériorées après les interceptions brutales par Israël d'une flottille venue de Turquie qui cherchait à acheminer de l'aide à Gaza.

Mais contrairement à d'autres pays de la région attaqués par Netanyahu, la Turquie dispose de puissants alliés. Elle est membre de l'Otan et jouit de bonnes relations avec les Etats-Unis, dont l'ambassadeur à Ankara a condamné les frappes israéliennes. La Turquie a toutefois été le premier pays majoritairement musulman à reconnaître l'Etat d'Israël et entretient de solides relations commerciales avec lui, même si Ankara a dit, pendant la guerre à Gaza, vouloir y mettre fin.

Yair Golan, chef des Démocrates, l'opposition de centre-gauche, a qualifié l'attaque en Syrie de «provocante et dangereuse». Cela «nous rapproche d'une confrontation avec la Turquie et aggrave la fracture avec nos alliés, au premier rang desquels les Etats-Unis», a-t-il estimé. «Une fois encore, la force militaire est employée pour répondre à des considérations politiques».

«Carte anti-Turcs»

Mais le rejet de Recep Tayyip Erdogan, qui a autorisé les dirigeants du Hamas à vivre dans son pays, dépasse les cercles de Netanyahu. Plus tôt cette année, Naftali Bennett, figure de l'opposition de centre-droit et ancien Premier ministre, avait accusé Netanyahu d'ignorer «la nouvelle menace turque» en «se concentrant exclusivement sur l'Iran». Pour Gallia Lindenstrauss, chercheuse à l'Institut d'études sur la sécurité nationale de Tel-Aviv, Israël «craint également, puisque la Turquie accueille le Hamas, qu'elle puisse permettre à des groupes militants d'opérer en Syrie, ce qui pourrait constituer à l'avenir une menace pour Israël». Elle souligne toutefois qu'Israël, qui a créé une «zone de sécurité» au sud de la Syrie, a la plupart du temps composé avec les intérêts turcs dans le nord.

«Netanyahu joue la carte anti-Turcs. Je pense qu'il la voit comme quelque chose qui peut rassembler sa base autour de lui», ajoute la chercheuse. Netanyahu est critiqué pour n'avoir pas rempli les objectifs des guerres qu'il a déclenchées, comme mettre fin à la République islamique d'Iran ou détruire le Hamas, indique Gönül Tol, chercheuse au Middle East Institute, à Washington. 

Aux Etats-Unis, où Recep Tayyip Erdogan compte pourtant nombre de détracteurs, une quelconque action directe de plus d'Israël contre la Turquie risque de donner à Netanyahu l'image d'un «dirigeant imprudent, prêt à tout pour s'accrocher au pouvoir», estime Gönül Tol. La chercheuse souligne que le démenti de la Turquie est une façon d'apaiser les tensions. «Erdogan (...) aurait très bien pu suivre le mouvement et déclarer: 'Nous allons attaquer, nous allons riposter', mais il ne l'a pas fait».

«Théâtre du conflit des autres»

Historiquement, les intérêts de la Turquie en Syrie ont toujours consisté à endiguer le séparatisme kurde, dont la région est à cheval sur les deux pays. Aujourd'hui, sa priorité est davantage de relancer l'économie syrienne pour que les réfugiés présents sur son sol puissent s'y réinstaller, mais aussi de se forger un allié régional solide, au moment où la Grèce, Chypre et Israël s'opposent à la Turquie en Méditerranée orientale, indique Gönül Tol.

Ankara a soutenu le président syrien Ahmad el-Chareh, ancien jihadiste sunnite et chef de la coalition qui a chassé le président Bachar al-Assad, mettant fin à 13 ans de guerre civile. Pour la Syrie, le défi est de cesser d'être le théâtre du conflit des autres, observe Maher Tamran, écrivain et chercheur à Damas. «Elle doit profiter de la rivalité israélo-turque pour reprendre possession de sa souveraineté».



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