Face à la crise du logement
Les maisons des baby-boomers sont dans le collimateur de la Confédération

De nombreux baby-boomers vivent seuls ou à deux dans des maisons construites à l'origine pour des familles. En pleine crise du logement, les autorités ont ces habitations dans le collimateur.
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De nombreuses maisons individuelles sont aujourd'hui sous-occupées par des baby-boomers.
Photo: Sven Thomann
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Sven Altermatt

Parvenir à emménager dans une maison: cela a longtemps été considéré comme la grande promesse faite à la classe moyenne. Mais pour beaucoup, ce rêve est devenu difficilement abordable. D'autant que la pénurie de logements sévit et que la Suisse doit densifier son territoire.

Une génération en particulier attire l'attention: celle des baby-boomers. Issus – comme leur nom l'indique – du baby-boom de l'après-guerre, ils possèdent une grande partie des maisons individuelles. Nombre d'entre eux vivent seuls ou à deux dans des maisons construites à l'origine pour des familles. Pour ces personnes nées entre 1946 et 1964, une question se pose de plus en plus souvent: que va-t-il advenir de leur maison?

Dans une interview accordée à Blick, l’Office fédéral du logement (OFL) évoque «environ 300'000 maisons individuelles situées sur de vastes parcelles, souvent sous-occupées et habitées par une population de plus en plus âgée.» Plusieurs de ces habitations seraient par ailleurs «peu adaptées à une vie en autonomie des personnes âgées» – en raison de leur taille, des coûts d’entretien élevés, du manque d’accessibilité et de proximité avec des commerces, ou encore de la mauvaise desserte par les transports publics.

La Confédération voit néamoins poindre une lueur d'espoir. A ce titre, les petites maisons sont dans le collimateur des autorités. Dans les années à venir, «un vaste renouvellement générationnel va s'amorcer, souvent accompagné de besoins importants en terme de rénovation». L'OFL en est convaincu: «Cette situation offre l'opportunité d'une densification de qualité et socialement acceptable.»

Une provocation pour les propriétaires?

Les autorités veulent désormais savoir précisément ce qu'il est possible de tirer des quartiers peuplés de maisons individuelles. Une étude d'envergure nationale, cofinancée par l'OFL, doit examiner ce potentiel de développement. Elle s'inscrit dans le cadre d'un projet plus vaste lancé par le cabinet de conseil Wüest Partner. Les cantons de Berne et de Bâle-Campagne y participent également, ainsi que les communes de Burgdorf (BE), Thoune (BE) et Binningen (BL).

L'objectif est de créer une «base suprarégionale alimenté par des données pour la transformation durable des quartiers peuplé de maisons individuelles». L'étude portera sur l'état, l'utilisation et le potentiel des logements existants, en mettant l'accent sur l'évolution démographique et le logement des personnes âgées. Voilà pour la partie technique.

Mais pour de nombreux propriétaires, cela risque d'être perçu comme une provocation. Car au fond, la question est la suivante: qu'adviendra-t-il de ces maisons lorsqu'elles auront besoin d'être rénovées, que leurs propriétaires prendront de l'âge et que, parallèlement, l'espace viendra à manquer?

De plus en plus de personnes âgées déménagent

L'OFL met en lumière un problème en particulier: les maisons individuelles se caractérisent par «une faible utilisation de la surface et de l'espace habitable». De nombreux quartiers ont été construits il y a des décennies dans des conditions «qui ont changé depuis».

Du point de vue de la Confédération, une étude plus approfondie est donc nécessaire. Dans la situation actuelle, il s'impose «d'examiner le potentiel de développement de ces quartiers à l'échelle national, notamment dans le contexte de la pénurie de logements et du vieillissement de la population». L'OFL souligne qu'il existe souvent d'importantes réserves de construction, en particulier dans les zones résidentielles de maisons individuelles situées en centre-ville. L'étude doit désormais quantifier le potentiel de densification. Les résultats sont attendus pour fin 2026.

Un nouveau rapport sur le logement publié par la compagnie d'assurance Helvetia laisse déjà entrevoir une lueur d'espoir: de plus en plus de personnes âgées déménagent - et pourraient ainsi soulager, du moins en partie, un marché immobilier sous pression. Selon ce rapport, la génération des 55 ans et plus serait ainsi plus encline à déménager qu'on ne le pensait. Au cours des dix dernières années, leur part dans l'ensemble des déménagements en Suisse est passée de 9 à 12%.

Les interventions musclées devraient avoir du mal à passer

Que peuvent donc faire les responsables politiques pour amorcer une telle transition dans le domaine du logement? Si l'étude doit encore fournir des «pistes d'action concrètes», une chose est sûre: les interventions musclées – telles qu'une limitation de la propriété ou une imposition au mètre carré – n'ont sans doute aucune chance d'aboutir. Restent les approches volontaires, destinées à inciter les propriétaires à changer de bord.

A Berne, on ne semble pas encore trop vouloir s'avancer. L'Office fédéral du logement rappelle que l'aménagement du territoire relève avant tout de la compétence des Cantons et des communes. Ils sont les mieux placés pour «développer des mesures ou des incitations afin de parvenir au développement qu'ils souhaitent pour les zones concernées». Ce qui est certain, en revanche, c'est que si la Suisse souhaite créer davantage de logements, elle devra aussi s'intéresser aux quartiers peuplés de petites maisons individuelles.

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