Gracié par le président américain Donald Trump, l'ancien président du Honduras Juan Orlando Hernández est rentré dimanche dans son pays, où il devra désormais répondre de ses actes devant la justice pour détournement de fonds publics. Condamné aux Etats-Unis en 2024 à 45 ans de prison pour trafic de drogue, il avait été gracié en novembre 2025 par Donald Trump et libéré en décembre de la même année.
A son arrivée, l'ancien président, qui a gouverné le Honduras de 2014 à 2022, a remercié le président américain. «Le président le mieux informé du monde a déclaré: 'J'ai examiné le dossier, mon équipe et moi-même l'avons examiné en détail, et une terrible injustice a été commise ici, c'est une chasse aux sorcières, c'est l'utilisation de la justice comme arme politique'», a-t-il affirmé devant des centaines de ses partisans venus l'accueillir.
Assurant vouloir consacrer du temps à sa famille, Juan Orlando Hernández a laissé ouverte la possibilité d'un retour sur la scène politique si «un radicalisme» tentait à nouveau de diriger ce pays d'Amérique centrale, faisant ainsi référence à l'ancien gouvernement de gauche.
«Nous serons toujours reconnaissants envers Trump»
Il est arrivé plus tôt à bord d'un vol privé à l'aéroport de Palmerola, à 60 km au nord-ouest de Tegucigalpa, où sa famille l'a accueilli sur le tarmac, puis s'est rendu à l'arrière d'une camionnette jusqu'à une propriété où il a remercié ses partisans pour leur accueil, la majorité issus de son parti, le Parti national (PN). Sa grâce avait coïncidé avec l'irruption du président américain dans l'élection présidentielle au Honduras.
Donald Trump avait apporté son soutien à l'entrepreneur conservateur Nasry Asfura, membre également du PN, qui a remporté le scrutin. Le président américain avait menacé de réduire l'aide au Honduras, pays le plus pauvre et le plus violent d'Amérique centrale, si son favori ne l'emportait pas. «Nous serons toujours très reconnaissants envers le président Trump pour cette décision courageuse», a déclaré à l'AFP Ana García, l'épouse de l'ancien président de droite.
Accusé d'avoir détourné deux millions de dollars de fonds publics pour financer sa campagne présidentielle en 2013, M. Hernández, 57 ans, doit comparaître devant un tribunal le 3 août. Il se déclare «innocent». En échange de son engagement à se présenter de son plein gré, un juge a suspendu son mandat d'arrêt, ce dont sa famille et ses partisans ont profité pour organiser un cortège de bienvenue et des cérémonies religieuses.
«Nous sommes très heureux et très émus» de l'accueillir, a déclaré à l'AFP Eva Amador, 56 ans, l'une des sympathisantes de l'ancien président, tout en brandissant une banderole sur laquelle figurait un message de remerciement à l'intention de Donald Trump. Son retour est «un test pour l'indépendance» judiciaire, a déclaré à l'AFP Ana María Méndez, directrice pour l'Amérique centrale du Bureau de Washington pour les affaires latino-américaines (WOLA).
«Drogue dans le nez des gringos»
Deux ans après son extradition, M. Hernández avait été jugé en 2024 coupable d'avoir participé et protégé un réseau qui a expédié plus de 500 tonnes de cocaïne aux États-Unis entre 2004 et 2022. En retour, il aurait reçu des millions de dollars des cartels, dont celui de Sinaloa dirigé par le célèbre narcotrafiquant mexicain Joaquin «Chapo» Guzman, condamné à la prison à vie aux Etats-Unis.
Selon les procureurs américains, pendant sa présidence, le Honduras était devenu un «narco-Etat», une «super autoroute» par laquelle passait une grande partie du trafic de drogue de la Colombie vers les États-Unis. Lors du procès, un témoin avait affirmé avoir entendu l'ancien président se vanter qu'il allait «mettre la drogue dans le nez des gringos» et qu'ils ne s'en rendraient «même pas compte».
Donald Trump avait justifié sa grâce par une «horrible chasse aux sorcières orchestrée» par son prédécesseur à la Maison Blanche, Joe Biden. Celui que ses compatriotes surnomment «JOH», en référence à ses initiales, était devenu en 2014, à l'âge de 45 ans, le président le plus jeune du Honduras. Sa réélection en 2018, entachée de soupçons de fraude, avait été contestée par d'importantes manifestations populaires durement réprimées.