Vers un changement de pouvoir en Israël?
Ce redoutable général militaire menace désormais le règne de Benjamin Netanyahu

Dans trois mois, Israël élira un nouveau Parlement. Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu a de quoi s’inquiéter. Porté par une ascension fulgurante, Gadi Eisenkot le devance déjà dans plusieurs sondages. La perspective d’un changement de cap se précise.
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L'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot devance le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans les sondages.
Photo: AP Photo/Ariel Schalit
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Guido Felder

Pour Benjamin Netanyahu, le scrutin du 27 octobre est capital. Son pouvoir, son héritage politique et sa liberté personnelle sont en jeu. Les prochaines élections à la Knesset ne seront donc pas un simple rendez-vous électoral, mais un moment historique pour Israël. Après près de trois ans de guerre, le pays se trouve face à un tournant décisif.

La survie politique du Premier ministre ne tient plus qu’à un fil. Les dernières projections indiquent que le Likoud, son parti conservateur de droite, pourrait subir une lourde défaite. Son rival le plus dangereux se nomme Gadi Eisenkot et son arrivée au pouvoir pourrait rebattre les cartes au Moyen-Orient.

L’ancien chef d’état-major a connu une ascension fulgurante avec son nouveau parti centriste, Yashar, un mot hébreu qui signifie «droit» ou «tout droit». Plusieurs sondages le placent désormais devant le Premier ministre sortant. Les autres prétendants de poids, notamment Naftali Bennett, et Yair Lapid, ainsi que les formations de gauche, restent pour l’heure loin derrière.

Vers un duel sévère

A l’approche du scrutin, la campagne semble donc se résumer à un duel entre Benjamin Netanyahu et l’ancien chef de l’armée. Pour de nombreux citoyens mécontents, Gadi Eisenkot incarne l’antithèse parfaite de Netanyahu. Le Premier ministre sortant est réputé pour ses talents de tacticien et d’orateur, mais aussi accusé d’être extrêmement manipulateur. Son adversaire séduit, lui, par son calme, son pragmatisme, son authenticité et son honnêteté.

Gadi Eisenkot a perdu son fils Gal, mort à 25 ans, ainsi que deux de ses neveux au front pendant la guerre à Gaza. Les fils de Benjamin Netanyahu, eux, n’ont pas participé aux combats. Gayil Talshir, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, résume dans le «Times of Israel» ce qui les oppose: «Gadi Eisenkot incarne tout ce que Benjamin Netanyahu n’est pas.»

Gadi Eisenkot vient d’une famille ouvrière modeste d’origine marocaine. Son nom de famille, autrefois Azencot, a été remplacé par Eisenkot, aux consonances plus allemandes, après l’immigration de sa famille en Israël.

La chute de Netanyahu

Le vote s’annonce comme un règlement de comptes sans merci pour Benjamin Netanyahu. La liste des reproches est longue. De nombreux Israéliens l’accusent notamment d’empêcher la création d’une enquête indépendante sur les graves défaillances des services de sécurité lors de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

Selon ses détracteurs, le Premier ministre doit à tout prix conserver le soutien de ses partenaires d’extrême droite. Une perte du pouvoir pourrait en effet l’exposer à une peine de prison dans le cadre de son procès pour corruption, toujours en cours.

Ces luttes politiques ont aussi fragilisé la principale alliance stratégique d’Israël, celle qui l’unit aux Etats-Unis. L’ampleur des tensions entre les deux pays est apparue mercredi lors d’un vote à la Chambre des représentants. Au total, 103 élus démocrates se sont opposés au maintien de l’aide militaire américaine à Israël et dix autres se sont abstenus.

Les voix républicaines ont finalement permis de débloquer 3,3 milliards de dollars pour le prochain exercice budgétaire. Une nouvelle direction israélienne devrait donc s’atteler au plus vite à réparer cette relation ébranlée avec Washington.

Des pratiques dures

Après ces années de guerre éprouvantes, de nombreux Israéliens réclament une stratégie de sécurité claire et tournée vers l’avenir, plutôt qu’un conflit qui s’éternise sans véritable cap. Gadi Eisenkot n’est toutefois pas un saint. Il est considéré comme le père de la «doctrine Dahiya», une stratégie militaire fondée sur une riposte massive et disproportionnée destinée à dissuader l’ennemi. Selon cette doctrine, lorsqu’Israël est attaqué, l’armée frappe très durement l’ensemble des infrastructures de son adversaire afin de réduire immédiatement ses capacités et le dissuader de lancer de nouvelles offensives.

Partisan d’une ligne militaire dure, Gadi Eisenkot devrait également faire preuve d’une grande fermeté face à Téhéran et à ses alliés au Liban et au Yémen. Il promet cependant une conduite plus rationnelle des affaires de l’Etat. Contrairement à Benjamin Netanyahu, il entend évaluer la situation géopolitique à partir des faits et des possibilités concrètes, plutôt qu’à travers le prisme d’intérêts idéologiques ou personnels.

Gadi Eisenkot donnerait aussi une nouvelle orientation au conflit avec l’Iran. Il ne mettrait pas nécessairement fin aux hostilités, mais chercherait à les soustraire aux calculs politiques. Plutôt que de lancer des représailles spectaculaires destinées à l’opinion publique israélienne, il privilégierait des frappes aériennes ciblées et des cyberattaques, le tout en étroite coordination avec la Maison-Blanche. Sous sa direction, Israël renoncerait ainsi aux initiatives unilatérales susceptibles de mettre en péril la sécurité du pays.

A la croisée des chemins

Gadi Eisenkot défend également une approche pragmatique dans la bande de Gaza. Alors que les ministres les plus radicaux du gouvernement de Benjamin Netanyahu évoquent ouvertement une recolonisation complète du territoire, l’ancien chef d’état-major souhaite en confier l’administration civile à une coalition internationale. Il estime qu’Israël ne dispose pas des ressources humaines et économiques nécessaires pour maintenir durablement des millions de Palestiniens sous contrôle militaire.

Israël se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, le système Netanyahu repose sur la polarisation et les manœuvres tactiques au service d’intérêts personnels. De l’autre, Gadi Eisenkot promet de rendre au pays sa force grâce à une gouvernance «intègre et juste». S’il l’emporte, ce sera la fin d'une époque. S’il échoue, Israël pourrait rester plongé dans la crise pour une durée indéterminée.

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