En bref
- Plus de 100 députés démocrates au Congrès américain ont voté cette semaine pour supprimer l'aide militaire à Israël, illustrant des divisions croissantes dans le parti avant les élections de mi-mandat cruciales. La mesure n'a pas été adoptée en raison de l'opposition républicaine
- Un sondage Ipsos révèle que près de 75% des démocrates souhaitent réduire ou supprimer l'aide militaire à Israël, marquant un réalignement idéologique, notamment parmi les jeunes et progressistes
- En 2024, seuls 37 députés démocrates avaient soutenu une mesure similaire, montrant une augmentation significative en deux ans. Ce changement agite le débat politique et les primaires du parti
Plus de 100 députés démocrates au Congrès américain ont voté cette semaine pour supprimer l'aide à Israël. Le chiffre, inconcevable encore récemment, illustre les fractures croissantes au sein du parti, à quelques mois d'élections cruciales où cette question épineuse figurera aux avants-postes. Du fait de l'opposition quasi unanime des républicains, la mesure n'a pas été adoptée. Mais elle a permis à de nombreux élus démocrates de faire état de leur rejet de la campagne militaire menée par Israël à Gaza et au Liban.
La numéro deux des démocrates à la Chambre des représentants, Katherine Clark, a ainsi voté en faveur de l'amendement en question, affirmant: «le statu quo n'est pas tenable». «Nous ne devons pas fournir de chèque en blanc pour l'aide militaire aux pays qui ne respectent pas les lois, intérêts, et valeurs des Etats-Unis», a-t-elle déclaré dans un communiqué.
Pourtant, comme 97 autres députés de son camp, le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, a voté contre, ce qui témoigne d'un écart notable entre les deux responsables, censés être alignés pour donner des consignes de vote claires à leurs troupes. Il y a encore deux ans, au moment où la guerre à Gaza battait son plein, seuls 37 députés démocrates avaient voté pour une mesure similaire de coupe dans les aides américaines à Israël.
«Réalignement idéologique»
Un temps considérée comme faisant consensus entre républicains et démocrates, la question du soutien à l'un des alliés les plus proches des Etats-Unis divise à gauche. Déjà lors de la campagne présidentielle de 2024, de nombreux militants et organisations progressistes avaient refusé de soutenir Kamala Harris, accusée d'inaction en tant que vice-présidente devant la crise humanitaire à Gaza.
Selon un sondage mené récemment par l'institut Ipsos avec le Washington Post, près de trois quarts des démocrates interrogés veulent a minima réduire l'aide militaire des Etats-Unis à Israël, quand 40% souhaitent même la supprimer entièrement. Pour l'expert en communication politique Mike Fahey, la question est devenue «un critère déterminant dans les primaires démocrates, particulièrement chez les électeurs jeunes et progressistes».
«Quand plus de 100 députés démocrates sont prêts à voter pour couper l'aide militaire, ce n'est plus un vote de protestation. C'est le signe que le parti connaît un réalignement idéologique et générationnel», déclare à l'AFP ce consultant qui a travaillé sur les campagnes de candidats démocrates. De New York au Colorado, des primaires démocrates se sont soldées ces dernières semaines par la victoire de progressistes qui critiquent Israël de manière proéminente dans leurs campagnes.
«Une frustration profonde»
De plus en plus de candidats démocrates disent également rejeter à présent le soutien de l'Aipac, une organisation qui travaille à faire élire des candidats pro-Israël. Si les dollars versés à la campagne sont grandement utiles, beaucoup de candidats font désormais le calcul qu'un tel soutien controversé n'en vaut pas la chandelle. A un peu plus de trois mois des élections de mi-mandat, certains élus démocrates pro-Israël s'alarment du changement. «Quand vous voyez le genre de types qui ont gagné nos primaires récemment», a déclaré mercredi le sénateur John Fetterman, ajoutant: «ça devient de plus en plus anti-Israël et hostile envers les gens» qui soutiennent cet allié des Etats-Unis.
L'élu de Pennsylvanie, lui-même l'un des plus fervents soutiens d'Israël au Congrès, a déclaré qu'il envisagerait de quitter le camp démocrate si la ligne officielle du parti devenait anti-Israël. Pour Brian Romick, président de l'organisation Democratic Majority for Israel, l'amendement visant à supprimer l'aide à Israël n'aurait jamais dû être soumis au vote.
Mais «le nombre de démocrates qui l'ont soutenu envoie un message clair et fort», a-t-il déclaré dans un communiqué, soulignant leur «frustration profonde» envers le gouvernement de Benjamin Netanyahu, notamment face à la «dévastation à Gaza» et aux violences contre les Palestiniens en Cisjordanie. «Le gouvernement israélien ne devrait pas balayer ces inquiétudes. Franchement, ce vote devrait servir d'électrochoc et montrer qu'un travail considérable est nécessaire pour réparer sa relation avec les démocrates», a affirmé Brian Romick.