Attaque sur «l'île interdite»
Les troupes terrestres de Donald Trump sont-elles sur le point d'être déployées?

Les récentes attaques américaines sur l'île de Kharg resserrent l'étau sur Téhéran. Washington va déployer de nouveaux Marines dans la région, une intervention terrestre serait à l'étude.
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Des soldats américains au Proche-Orient: Washington déploie des Marines supplémentaires dans la région. (photo d'archives)
Photo: Getty Images
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Chiara Schlenz

Les bombes ont frappé une petite île du golfe Persique. Mais leurs conséquences pourraient dépasser largement ce simple rocher corallien. Vendredi, des avions de combat américains ont attaqué des installations militaires sur l’île pétrolière iranienne de Kharg. Piste d’atterrissage, dépôts de missiles, infrastructures navales: tout a été détruit, a affirmé le président américain Donald Trump.

Mais cette attaque sur cette «île interdite» n’est pas qu’une frappe aérienne de plus dans la guerre qui oppose les Etats-Unis, Israël et l’Iran. Elle intervient à un moment où Washington renforce nettement sa présence militaire et où une question longtemps taboue ressurgit: l'armée américaine pourrait-elle intervenir au sol en Iran?

L'épineuse question des troupes au sol

Parallèlement aux attaques sur Kharg, les Etats-Unis renforcent massivement leur présence militaire au Proche-Orient. Comme le rapporte le portail Axios, des navires de guerre, des avions de combat et quelque 2500 Marines supplémentaires seront déployés dans la région. Selon un haut fonctionnaire américain, ces forces pourraient également être utilisées pour d'éventuelles interventions au sol, rapporte entre autres le «New York Times».

Les frappes aériennes sont une chose. Les troupes terrestres en sont une autre. Tant que Washington n'opère que depuis les airs, la guerre reste limitée et contrôlable. Les bombardiers arrivent, frappent, puis disparaissent. Mais avec des «boots on the ground», l'armée devrait sécuriser des zones, occuper des installations et se défendre contre des contre-attaques.

Jusqu’ici, Donald Trump n’a pas exclu l’option des déploiements au sol. «Tout est sur la table», a-t-il déclaré aux médias. Mais si des soldats américains posent le pied sur le sol iranien, la dynamique du conflit va changer radicalement.

L'Iran n'est pas un deuxième Irak

Les experts militaires estiment certes qu'une invasion à grande échelle comme celle de l'Irak au début des années 2000 est peu probable. L'Iran est presque quatre fois plus grand et est traversé par des montagnes. Un terrain extrêmement périlleux pour un assaillant. Des opérations spéciales limitées contre des cibles bien définies seraient plus probables.

De telles missions pourraient par exemple avoir pour objectif de contrôler les installations nucléaires iraniennes ou de saisir de l'uranium enrichi, expliquent des analystes à Al Jazeera. Pour cela, il faudrait que les soldats américains pénètrent réellement dans le pays – soutenus par des parachutistes ou des forces spéciales. Sur le papier, cela ressemble à une opération rapide. Sur un terrain miné, ce type d’intervention peut rapidement dégénérer.

Car même des missions ciblées nécessitent des troupes de protection, un soutien aérien et une logistique importante. Si l'armée iranienne résiste ou si des milices régionales interviennent, Washington pourrait être contraint d’envoyer toujours plus de soldats. Un scénario déjà vu dans d’autres conflits. Et c'est précisément là que l'île de Kharg entre à nouveau en jeu.

Israël lorgne sur le Liban

Ce lieu revêt une importance stratégique énorme. Selon CNN, environ 90% des exportations de pétrole iranien passent par là. Les pétroliers y sont chargés 24 heures sur 24, des millions de barils de pétrole brut quittent le port chaque jour. Pour l'économie iranienne, l'île de Kharg est une artère vitale. Une attaque contre les terminaux pétroliers, éventuellement par le biais d'une opération spéciale des Etats-Unis, pourrait déclencher une nouvelle escalade du conflit. L'Iran a déjà annoncé que, dans ce cas, il viserait des installations énergétiques dans tout le Proche-Orient.

Et tandis que Washington réfléchit à d'éventuelles opérations terrestres, un autre front menace au nord de la région. Comme l'écrit Axios, Israël prévoit apparemment une extension massive de son offensive terrestre au Liban. L'objectif serait de s'emparer de toute la zone située au sud du fleuve Litani et de démanteler l'infrastructure militaire du Hezbollah. Un responsable israélien a déclaré au portail: «Nous faisons ce que nous avons fait à Gaza.»

Si cette offensive devait débuter, il s'agirait de la plus grande invasion terrestre israélienne au Liban depuis la guerre de 2006. Se dessine ainsi un scénario qui pourrait déstabiliser la région sur plusieurs fronts à la fois. Les bombes sur l'île de Kharg montrent une chose: la guerre se dirige pas à pas vers une nouvelle escalade.

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