JD Vance va repartir
Au Bürgenstock, les secrets de la négociation sont révélés

Le palace suisse ne va sans doute pas accueillir les négociateurs iraniens et américains pendant les 60 jours de pourparlers prévus (et peut-être plus). Voici ce qui devrait se passer.
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Le Burgenstock demeure, ce lundi 22 juin, sous très haute surveillance.
Photo: AFP

En bref

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  • Les négociations entre les délégations iranienne et américaine se poursuivent au Bürgenstock, avec une feuille de route fixée sur 60 jours pour discuter d'un accord définitif.
  • Un mécanisme de suivi pourrait mener à des rencontres en dehors de la Suisse.
  • Un premier déblocage de fonds iraniens gelés au Qatar, estimés à une dizaine de milliards de dollars, est attendu. Les discussions incluent également la sécurité dans le détroit d'Ormuz et un possible nouveau rôle européen au Liban.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils ne vont pas rester pendant soixante jours dans leurs suites alpines du Bürgenstock, avec vue sur le lac des Quatre-Cantons. Après une très longue séance de négociations inaugurale, qui s’est poursuivie selon plusieurs participants jusqu’à cinq heures du matin ce lundi 22 juin, les membres des délégations iranienne et américaine devraient s’entendre sur un mécanisme de suivi susceptible d’entraîner des rencontres dans d’autres lieux. Le «Lucerne Summit» deviendrait alors davantage un point d’orgue, avec un retour possible et ponctuel des négociateurs en chef en Suisse centrale.

« Le plus probable est que les diplomates des quatre pays concernés – les deux belligérants, les Etats-Unis et l’Iran, ainsi que les deux facilitateurs que sont le Pakistan et le Qatar – vont aussi envisager d’autres lieux de rencontre», juge un familier des négociations, redescendu ce lundi matin du Bürgenstock. «Il y aura probablement des réunions ailleurs qu’en Suisse, avec des points d’étape qui, eux, pourraient se dérouler au-dessus de Lucerne.»

Le vice-président JD Vance devrait en dire davantage s’il prend la parole devant les médias. Ceux-ci n’ont, jusque-là, pas été autorisés à s’aventurer au-delà de la salle de presse de l’hôtel luxueux, possédé depuis 2017 par le fonds souverain du Qatar.

Une prise de parole du chef négociateur iranien, le président du Parlement Mohammad Ghalibaf, semble pour l’heure exclue. Ce dernier a failli quitter le Bürgenstock dimanche après les menaces de Donald Trump concernant de nouvelles frappes, formulées via son réseau Truth Social.

Technique diplomatique

Du point de vue de la technique diplomatique, Iraniens et Américains se sont entendus sur des mécanismes visant à faire cesser les affrontements au Liban et à sécuriser le détroit d’Ormuz. Comment? Les médiateurs pakistanais et qataris ne sont pas entrés dans les détails, mais il s’agirait de «comités de suivi» dont la mission serait de rester en contact permanent avec toutes les parties concernées.

Dans le cas du Liban, de loin le sujet le plus sensible et le plus explosif sur le plan militaire, cela signifie que le comité chargé de l’application du cessez-le-feu serait l’interlocuteur d’Israël et du Hezbollah, mais aussi de la Finul, la Force intérimaire des Nations unies au Liban, dont le mandat arrive à échéance le 31 décembre. Selon des informations diplomatiques, la visite au Bürgenstock du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, ce lundi 22 juin, serait destinée à préparer une possible force européenne appelée à remplacer la Finul. 

La France plaide pour cette option depuis plusieurs semaines. L’Italie, elle, dispose déjà de troupes au sein de la force actuellement déployée dans le sud du Liban, prise en étau entre la milice chiite pro-iranienne et les forces de Tsahal qui occupent l’extrême sud du pays.

Communiqué conjoint

Le communiqué conjoint signé par les Premiers ministres du Qatar et du Pakistan indique que les deux parties se sont «mises d’accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d’un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques» pour le reste de la semaine.

Cela signifierait que le Bürgenstock demeure l’épicentre des discussions jusqu’à la fin du mois de juin, avant une possible délocalisation des travaux. Un point crucial dans les prochains jours pourrait être l’annonce du déblocage d’une première tranche des fonds iraniens gelés au Qatar. Il est question d’une dizaine de milliards de dollars.

«Les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, le blocus est levé, certains avoirs gelés sont débloqués, et un plan majeur de reconstruction et de développement de l’Iran a été lancé», s’est félicité le ministre iranien des Affaires étrangères.

Ormuz et le pétrole mondial

La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures, n’est donc plus d’actualité. Les Etats-Unis et l’Iran vont mettre en place une «ligne de communication» destinée à prévenir les incidents et les malentendus, «avec l’objectif d’assurer un passage sûr pour les navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz».

Cela ne préjuge toutefois pas de l’avenir d’un éventuel péage réclamé par l’Iran au titre des frais techniques et de l’assistance aux navires. Sa mise en œuvre, au terme des soixante jours de pourparlers, n’est pas exclue à ce stade.

Plusieurs sources ont affirmé que la délégation iranienne avait refusé de poser pour une photographie avec la délégation américaine, qui comprend, outre JD Vance, l’émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner. «Nous les avons vus sur les images retransmises en salle de presse, autour d’une table en 'U'. Chacun de son côté, sans introduction, sans formule de politesse, ni surtout rencontre physique», précise un journaliste d’Al Jazeera présent sur place.

Ces images n’ont pas été diffusées à l’extérieur du Bürgenstock. A ce stade, aucune poignée de main n’est prévue entre Iraniens et Américains pour sceller cette première étape du futur «deal».

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