Journée folle au Bürgenstock
Ce que les Suisses devraient dire à Trump et à l'Iran

La Suisse va continuer d'afficher sa plus grande neutralité dans les négociations en cours au Bürgenstock. Et pourtant. Après quelques heures, ce «sommet de Lucerne» a commencé à déraper. Quelques rappels pourraient être utiles.
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La délégation iranienne au Bürgenstock a, dès le premier jour, menacé de quitter les négociations.
Photo: Urs Flueeler/Pool Keystone via AP

En bref

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. Les négociations entre les Etats-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar se sont ouvertes au Bürgenstock le 21 juin.

. Les diplomates suisses restent discrets, leur rôle étant de garantir la neutralité et de faciliter le dialogue entre les parties.

. Donald Trump a menacé l'Iran de frappes sur son réseau Truth Social le 21 juin, malgré un protocole d'accord signé le 17 juin interdisant toutes menaces.

. L'absence de l'ONU et de l'Europe dans les discussions suscite des inquiétudes.

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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils ne diront rien. Ils resteront murés dans le silence. Arrivés au Bürgenstock dès vendredi 19 juin, les diplomates suisses familiers du dossier iranien et du golfe Persique ont reçu pour consigne d'éviter les journalistes et de ne pas s'immiscer dans les discussions en cours entre les Etats-Unis, l'Iran, le Pakistan et le Qatar.

La Confédération, qui représente depuis 1980 les intérêts américains en Iran, estime que cette mission de bons offices se poursuit et qu'elle exige une neutralité absolue. Et pourtant, après une journée de pourparlers sans poignée de main ni photographie de la première rencontre entre les délégations américaine et iranienne, quelques rappels aux négociateurs des deux pays feraient du bien.

Respecter le texte signé

Premier rappel, qu'il conviendrait d'adresser aux Américains: un protocole d'accord a été signé par les deux parties, et la moindre des choses serait de le respecter. Or Donald Trump s'y refuse. 

Comment expliquer autrement son message publié sur son réseau Truth Social, ce dimanche, menaçant l'Iran d'une possible reprise des frappes, alors que l'article 1 du «Memorandum of Understanding» (MOU) stipule: «La République islamique d’Iran et les Etats-Unis, ainsi que leurs alliés dans la guerre actuelle, déclarent dès la signature du présent protocole d’accord la fin immédiate et permanente de la guerre sur tous les fronts (...) et s’engagent à ne lancer désormais aucune action hostile l’un contre l’autre, et à s’abstenir de la menace ou de l’emploi de la force l’un contre l’autre. » La dernière phrase est pourtant claire. Trump doit s'y conformer.

Second rappel, destiné aux Iraniens: la mise à disposition du Bürgenstock (propriété du fonds souverain du Qatar) et des forces de sécurité helvétiques destinées à protéger les délégations constitue un effort qui doit être respecté. Or, en menaçant dimanche de quitter l'hôtel pour protester contre les menaces de Trump, la délégation iranienne conduite par le président du Parlement, Mohammad Ghalibaf, a pris en otage les pourparlers. 

Pour mémoire, l'article 3 du MOU signé par Trump pour les Etats-Unis et par le président Massoud Pezechkian pour l'Iran stipule un engagement mutuel «à négocier et à parvenir à un accord final dans un délai maximal de 60 jours, prorogeable d’un commun accord». On ne démarre donc pas une négociation en quittant la table.

Pakistanais et Qataris

Troisième intervention que les diplomates suisses devraient faire: le Pakistan et le Qatar, dont les Premiers ministres sont présents au Bürgenstock, ne sont pas dans la même situation que la Confédération. Leur rôle n'est pas d'être un messager neutre entre les belligérants, conformément à ce qu'exige une mission de bons offices. Les deux pays ont pour objectif de faciliter la conclusion d'un accord. Ils sont là pour permettre le retour de la paix dans le golfe Persique.

Leur rôle est notamment de rappeler que l'Iran s'est engagé, dans l'article 5 du protocole d'accord, à «prendre immédiatement des mesures pour assurer que la circulation des navires marchands du golfe Persique vers la mer d’Oman et inversement soit rétablie dans les 30 jours au volume d’avant-guerre, en tenant compte de la nécessité de la levée des obstacles techniques et de la neutralisation des mines». Ils ont aussi, avec les Etats-Unis, la responsabilité «d'élaborer un plan global convenu par les deux parties pour la réhabilitation et le développement économique de la République islamique d’Iran, tout en assurant un financement d’au moins 300 milliards de dollars». Leur responsabilité est engagée.

Trump et le Hezbollah

Quatrième constat helvétique: les accusations lancées par Donald Trump contre le Hezbollah chiite libanais, allié de Téhéran, exigent une détermination similaire du président américain envers Israël. Le fait que le gouvernement israélien, furieux contre ce protocole d'accord, affirme vouloir maintenir son armée au sud du Liban est contraire à ce qui est prévu et signé. 

Le pays du Cèdre est bien mentionné dans l'article 1 du document. Or, occuper le territoire d'un autre pays est un acte de guerre. Dans un examen poussé du texte, le site français «Le Grand Continent» notait à juste titre que «contrairement aux négociations précédentes, Washington n’aborde plus, du moins pour le moment, ni la question du programme balistique iranien, ni celle de son soutien aux groupes armés dans la région. Le simple fait que ces deux sujets aient été retirés de la liste des thèmes de discussion est un gain pour Téhéran».

Dernier point, enfin, que la Suisse devrait davantage signaler à ses partenaires et voisins: l'absence totale de l'Europe dans ces pourparlers du Bürgenstock est très dangereuse, d'autant qu'Emmanuel Macron a insisté pour que le protocole d'accord soit signé par Trump le 17 juin à Versailles. En 2015, les Européens avaient été au cœur des négociations du JCPOA, l'accord nucléaire conclu avec l'Iran puis rejeté en 2018 par Trump. 

Ce lundi 22 juin, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, doit rencontrer, au Bürgenstock, la délégation du Qatar. Pire qu'un strapontin.

L'intérêt de la Suisse, au second jour des négociations, est enfin de tout faire pour impliquer l'ONU. D'abord parce que le nucléaire est du ressort de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Ensuite parce que l'article 14 du protocole prévoit que «l’accord final sera approuvé au moyen d’une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies».

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