Des frappes suspendus à deux scrutins clés
Cette menace de Donald Trump laisse présager le pire au Moyen-Orient

Donald Trump menace l’Iran de nouvelles frappes aériennes. Une reprise de la guerre pourrait cette fois avoir de graves conséquences également pour l’Europe. Mais pour l’instant, les avions restent au sol. Pour des raisons électorales.
Donald Trump menace à nouveau l’Iran: jusqu’où ira-t-il cette fois?
Photo: IMAGO/Newscom World

En bref

  • Trump menace l’Iran de nouvelles frappes, mais les avions restent au sol en raison des élections de mi-mandat américaines
  • La formation du gouvernement israélien retarde les frappes, Netanyahu veut détruire complètement le programme nucléaire iranien
  • En cas d’escalade, des missiles iraniens à longue portée pourraient atteindre des bases américaines en Europe
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Guido Felder

Après des semaines de calme relatif, une forte tempête se prépare à nouveau au Moyen-Orient. Lors d’un meeting électoral, Donald Trump l'a annoncé sans détour: «Peut-être que nous lancerons encore une petite Epic Fury.» «Fureur dévastatrice» désigne le nom de code opérationnel des frappes militaires conjointes des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran.

Les experts militaires mettent effectivement en garde contre une nouvelle escalade dans le détroit d’Ormuz, artère d'une importance stratégique capitale. Si les bombardiers américains et israéliens restent encore au sol, Téhéran le doit surtout à deux échéances politiques décisives.

Certes, le cessez-le-feu du 8 avril n’a jamais été totalement respecté, mais la confrontation directe entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran s’est sensiblement apaisée depuis. Les grandes frappes ont récemment fait défaut, le conflit se limitant pour l’essentiel à des escarmouches et à des incidents autour du trafic maritime dans le goulet d’étranglement d’Ormuz.

Les deux camps font pour le moment profil bas. L’espoir d'une voie diplomatique en coulisses repose sur J. D. Vance. Le vice-président américain s’est adressé dans une lettre à Mohsen Rezai, secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, afin d’explorer les options de négociation. Parallèlement, des médiateurs internationaux pressent Téhéran de réautoriser l’accès des inspecteurs de l’ONU aux installations nucléaires bombardées.

Rien avant les élections de mi-mandat

Les chances d'une véritable désescalades sont minces. Bien au contraire. Si Washington retient encore l’ordre d’attaque, c’est principalement en raison du calendrier électoral américain. Les élections de mi-mandat auront lieu mardi prochain et les républicains craignent de perdre leurs majorités à la Chambre des représentants et au Sénat.

Une nouvelle attaque américaine entraînerait inévitablement de massives représailles iraniennes: essaims de drones, tirs de missiles contre les bases américaines et blocus maritimes renforcés. Un tel choc sur les marchés du pétrole brut et l’explosion des prix de l’essence à la pompe seraient un véritable poison pour le parti de Donald Trump en pleine campagne. Le président américain manœuvre pour l’instant par pur instinct de survie politique.

Israël dans l'attente

La deuxième raison de cette attente se trouve à Jérusalem. Après les élections législatives de mardi, il faudra probablement encore une dizaine de jours avant de savoir qui sera chargé de former le gouvernement. Pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, les voyants sont au vert: son camp a remporté cinq sièges de plus que l’alliance du chef de l’opposition Gadi Eizenkot à la Knesset, qui compte 120 sièges.

Si Benjamin Netanyahu parvient à consolider à nouveau son assise politique, il considérera cela comme un chèque en blanc pour sa ligne dure. Ses objectifs fondamentaux restent inchangés: la destruction complète du programme nucléaire iranien et la chute du régime des mollahs.

Des frappes visant l’Europe

Si le conflit reprend, il risque de faire exploser géographiquement le Moyen-Orient. Farzin Nadimi, expert en sécurité au Washington Institute for Near East Policy, met en garde sur CNN contre une extension de la guerre jusqu’en Europe. Si Téhéran déploie des armes à longue portée, des bases américaines en Grande-Bretagne ou l’aéroport militaire américain de Ramstein, en Rhénanie-Palatinat (Allemagne) – à seulement 200 kilomètres de la frontière suisse –, pourraient également être ciblés.

Dès que le résultat des urnes sera connu aux Etats-Unis et que la question de la coalition sera tranchée en Israël, la véritable fenêtre de crise s’ouvrira. Si Téhéran bloque les exigences américaines en matière d’enrichissement de l’uranium, Donald Trump se retrouvera contraint d’agir: celui qui menace pendant des mois de tout anéantir doit finir par passer à l’action pour préserver sa crédibilité.

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