Résultats du vote très sérrés
En Israël, pourquoi Netanyahu est loin d'avoir perdu

Le Premier ministre israélien sortant n'a pas obtenu la victoire qui lui aurait permis de poursuivre sa politique guerrière. L'opposition peut en théorie lui ravir le pouvoir. Mais le poids des partis arabes va tout compliquer.
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Benjamin Netanyahu est encore loin d'être battu à l'issue des législatives du 27 octobre.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • Les élections législatives israéliennes du 27 octobre n'ont pas encore permis de dégager une majorité claire à la Knesset. A 9 heures ce mercredi 28 octobre, Benjamin Nétanyahou est en tête avec 56 sièges projetés, mais reste sous le seuil des 61 nécessaires pour gouverner.
  • Le taux de participation a atteint 77,7 %, un niveau record depuis 1999. Les partis arabes, crédités de 15 sièges, pourraient jouer un rôle clé dans la formation d'une éventuelle coalition.
  • Avec 55,4 % des bulletins dépouillés, le bloc d''opposition atteint 49 sièges. Les résultats définitifs sont attendus au plus tard le 4 novembre, et le poids des partis arabes va peser lourd
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Benjamin Netanyahu est un survivant. Tout au long de sa carrière politique, le Premier ministre israélien sortant a déjoué les pronostics, parvenant au sommet du pouvoir à trois reprises (de 1996 à 1999, de 2009 à 2021 et depuis le 29 décembre 2022), mais au prix d'une fracture profonde de l'Etat hébreu.

Cette réalité s'est confirmée dans les urnes lors des élections législatives de ce mardi 27 octobre, les premières depuis l'assaut terroriste du Hamas le 7 octobre 2023. Alors que le dépouillement se poursuit et que les résultats définitifs ne seront connus que le 4 novembre, le scrutin a accouché d'un pays politiquement plus fracturé que jamais, dans lequel Netanyahu peut encore se maintenir à la tête d'un gouvernement dont la configuration pourrait changer, selon la répartition finale des 120 sièges de la Knesset, le Parlement israélien. Attention, les résultats cités peuvent encore changer.

Netanyahu n'est pas désavoué

Le désaveu politique dont rêvaient les opposants à Benjamin Netanyahu aurait été une lourde défaite. Or, ce n'est pas le cas. Son parti conservateur, le Likoud, demeure de loin la première force politique du pays avec, pour l'heure, 26 ou 27 sièges. Point important, le parti Yashar de son principal opposant, l'ancien général Gadi Eisenkot, n'obtiendrait que 20 sièges. Deuxième élément clé: le bloc gouvernemental actuel, composé du Likoud et de ses alliés (extrême droite et partis religieux orthodoxes), serait devant le bloc d'opposition avec 56 sièges contre 49, alors que les premiers sondages indiquaient une tendance inverse. Netanyahu en a tiré la leçon dans son discours, vers trois heures du matin. Il n'a pas proclamé sa victoire, mais il a revendiqué la légitimité de former le prochain gouvernement.

L'opposition rate la majorité

Le bloc d'opposition autour du parti Yashar de Gadi Eisenkot n'a pas, sur la base de résultats encore provisoires, obtenu l'assurance qu'il dirigera le pays et écartera Netanyahu du pouvoir. L'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne a pourtant, dans la nuit, demandé à Benjamin Netanyahu de quitter la vie politique, affirmant que les électeurs avaient choisi le changement. Sa force réside dans le bon score de sa formation, qui se hisse au deuxième rang de la Knesset avec 22 élus. Les deux autres partis d'opposition sont aussi confortés: la liste Bennett-Lapid recueillerait 11 sièges et «Les Démocrates» (héritiers du Parti travailliste historique) obtiendraient provisoirement 9 sièges. Reste une évidence: seul, ce bloc d'opposition n'obtiendra pas les 61 sièges sur 120 à la Knesset.

Les partis arabes en arbitres

Ils sont les vainqueurs indéniables de ces législatives, même si les chaînes de télévision israéliennes ont, durant la nuit, délaissé leurs QG électoraux. Les deux partis arabes en lice obtiennent 15 ou 16 sièges. Le premier, Balad (11 sièges), défend une pleine égalité des droits entre citoyens juifs et arabes d'Israël, ainsi que la reconnaissance des droits collectifs de la minorité arabe, la fin de l'occupation des territoires palestiniens et la création d'un État palestinien. Le second, Raam (4 sièges), dirigé par Mansour Abbas, est une formation à l'origine islamiste, qui promet de renforcer la sécurité dans les villes et les villages arabes et plaide aussi pour une solution à deux États et la fin du conflit israélo-palestinien.

Jusque-là, une seule coalition gouvernementale en Israël, celle dirigée par Naftali Bennett entre juin 2021 et juin 2022, avait intégré les députés arabes du Raam. Dans le passé, il est aussi arrivé que les Arabes soutiennent un gouvernement sans y participer. Les représentants des deux millions d'Arabes israéliens (sur 10,2 millions d'habitants) vont-ils arbitrer le destin politique d'Israël?

L'extrême droite endiguée

Les deux partis sionistes religieux d'extrême droite, dirigés par les ministres sortants Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, totalisent pour l'heure 13 sièges au lieu de 14. Leur influence sur la politique du pays n'augmente donc pas, mais la répartition géographique de leurs élus, avec une forte présence dans les colonies juives des territoires occupés, va continuer d'alimenter le climat de violence. Point important: leur poids politique à la Knesset est équivalent à celui des partis arabes. L'influence de leur agenda xénophobe sur la politique israélienne va donc rester très importante.

L'union nationale, un pari risqué

Benjamin Netanyahu peut revendiquer, du fait de la première place de son parti, le Likoud, le droit de former un gouvernement. Il peut demander au président israélien Isaac Herzog, issu du Parti travailliste et en poste depuis juillet 2021, de consulter les autres formations en vue de constituer un cabinet d'union nationale. Il disposera alors de 28 jours pour obtenir une majorité. Mais qui va se risquer, dans l'actuelle opposition, à gouverner avec «Bibi»?

Un élément extérieur qui promet de peser lourd est l'interférence possible des Etats-Unis. Donald Trump, lui-même confronté le 3 novembre aux élections de mi-mandat, a apporté son soutien entier à Netanyahu. Or, Israël a besoin du soutien militaire et diplomatique américain. Le pari de l'union nationale est dans tous les cas risqué. L'hypothèse de nouvelles élections ne peut pas être écartée.

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