Les Houthis menacent la «porte des lamentations»
La route de secours du Moyen-Orient bientôt fermée aussi?

Le conflit au Moyen-Orient s'étend à une deuxième voie commerciale stratégique: après le détroit d'Ormuz, celui de Bab el-Mandeb est désormais dans le collimateur des Iraniens – par l'intermédiaire de leurs alliés houthis. Avec de graves conséquences pour la Suisse.
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Le détroit de Bab el-Mandeb est le deuxième goulet d'étranglement stratégique de la région.
Photo: IMAGO/piemags
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Nathalie Benn

Le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran franchit un nouveau cap dangereux. Pour les cargos et les pétroliers, naviguer dans la région ne relève plus seulement du risque dans le détroit d’Ormuz: il faut désormais craindre des attaques lors du passage par le détroit de Bab el-Mandeb. La milice houthie, alliée à Téhéran et entrée officiellement en guerre en mars 2026, contrôle cette voie maritime stratégique. En début de semaine, elle a décrété un interdit de transit pour tous les navires saoudiens. Puis, dans la nuit de mercredi à jeudi, la rébellion a revendiqué une attaque ciblée contre deux pétroliers saoudiens qui avaient bravé ce blocus.

Selon le fournisseur de données maritimes Kpler, plusieurs navires ont déjà dérouté leur trajectoire et renoncé à s'engager dans le détroit. Si cette route commerciale venait à être totalement paralysée, les répercussions sur le commerce mondial seraient massives. Blick fait le point.

Où se trouve ce détroit?

Bab el-Mandeb, qui signifie en français «la porte des lamentations», se trouve à l’ouest de la péninsule Arabique. Le passage se situe à environ 2000 kilomètres à vol d’oiseau du détroit d’Ormuz, plus à l’est. Cette voie d’eau relie directement la mer Rouge à l’océan Indien et ne mesure que 27 kilomètres de large dans sa section la plus étroite. Les pays limitrophes sont l’Erythrée, Djibouti et le Yémen, où les rebelles houthis sont particulièrement actifs. Pourquoi cette voie maritime est-elle si cruciale?

Contrairement au détroit d’Ormuz, qui sert essentiellement au transit du pétrole et du gaz, la «Porte des lamentations» voit passer la quasi-totalité des marchandises acheminées par mer d’Asie vers l’Europe via le canal de Suez. Cela représente environ 12 à 15% du commerce mondial. De plus, Bab el-Mandeb sert de route de secours pour les exportations pétrolières qui ne peuvent plus transiter par Ormuz depuis le début des hostilités: près de 20% des livraisons perturbées y sont aujourd'hui réorientées.

La perspective actuelle d’une nouvelle pénurie se fait déjà sentir sur le marché pétrolier: jeudi matin, le baril coûtait 100 dollars, soit 23 dollars de plus qu’il y a un mois. Dans le pire des cas, selon les estimations des experts, le prix du pétrole pourrait encore augmenter de 15 à 20 dollars.

Que cherchent à obtenir les Houthis?

La milice yéménite sait utiliser le détroit comme moyen de pression économique dans le cadre du conflit. Remo Reginold, expert en géopolitique et président du Swiss Institute for Global Affairs, conseille de prendre au sérieux les menaces du groupe rebelle: «Les Houthis sont encore plus difficiles à vaincre que les Iraniens», avait-il déclaré à Blick en mars.

Les Houthis et l’Iran sont des alliés proches. Depuis des années, Téhéran approvisionne en argent et en armes les quelque 350'000 combattants chiites au Yémen. En brandissant la menace d’un blocus total, ils veulent une nouvelle fois soutenir leur allié.

Quelles seraient les conséquences d'un blocage total?

Si les Houthis venaient à fermer complètement Bab el-Mandeb, les navires n'auraient d'autre choix que de faire le grand tour par le cap de Bonne-Espérance, au large de l’Afrique du Sud. Ce serait la seule route alternative pour le trafic commercial entre l’Asie et l’Europe. Cela prolongerait le voyage d’environ dix jours, voire jusqu’à deux semaines. Une déviation qui pèserait lourd sur les finances. Selon la société technologique Windward, spécialiste du suivi maritime en temps réel, un contournement de l'Afrique engendrerait un surcoût d'environ 2 millions de dollars par trajet.

La Suisse doit-elle s'en inquiéter?

Si les Houthis bloquaient cette route commerciale, cela serait très préjudiciable sur le plan économique pour l’Europe, et donc pour la Suisse. Outre divers produits finis comme l'électronique ou la vaisselle, de grandes quantités de soufre destinées à la transformation industrielle transitent également par ce détroit.

Ce produit de base constitue, dans l'ombre, le socle de notre mode de vie moderne: il sert notamment à fabriquer des engrais, des produits chimiques, du caoutchouc, des pneus et de nombreux biens de consommation courante. Une rupture d'approvisionnement toucherait de plein fouet les pays dotés d'une industrie numérique puissante.

De plus, un blocage de la «porte des lamentations» risquerait d’entraîner d’autres pénuries. Certains produits ne seraient alors soudainement plus disponibles immédiatement dans les magasins. Il faudrait également s’attendre à une nouvelle hausse des prix du pétrole. «Pour nous et nos économies, cela signifie de l’incertitude, une hausse des prix et, à terme, des pénuries», résume l’expert Remo Reginold.

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