Lutte contre la corruption
L'Indonésie contrôlera ses ventes d'huile de palme et charbon

Le président indonésien Prabowo Subianto a annoncé le 19 mai un contrôle accru sur les exportations de charbon et d'huile de palme. Cette mesure vise à lutter contre la corruption et à optimiser les recettes fiscales de l'Etat.
Le président indonésien Prabowo Subianto au Parlement à Jakarta, le 20 mai 2026.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Le président indonésien Prabowo Subianto a annoncé, mercredi, un renforcement des contrôles sur les exportations de matières premières dont l'huile de palme et le charbon, dans un contexte de difficultés économiques provoquées par la guerre au Moyen-Orient.

Les ventes de toutes les ressources naturelles, à commencer par l'huile de palme, le charbon et les alliages de fer devront à l'avenir transiter par des entreprises d'Etat désignées par le gouvernement, a annoncé le président devant le Parlement.

«Cela signifie que le produit de chaque vente à l'exportation sera reversé par les entreprises d'Etat désignées par le gouvernement aux opérateurs économiques gérant ces activités», a déclaré Prabowo Subianto. Après cette annonce, la Bourse de Jakarta était en retrait, l'indice composite IDX cédant 1,46% peu avant la mi-journée.

La Banque centrale indonésienne a annoncé peu après un relèvement de 0,5 point de son taux directeur à 5,25%, invoquant «une volatilité mondiale accrue causée par la guerre au Moyen-Orient». La nouvelle réglementation «a le potentiel de modifier fondamentalement la structure du commerce national de l'huile de palme et d'ouvrir la voie aux monopoles commerciaux», a déploré l'Association des organisations de producteurs d'huile de palme d'Indonésie (POPSI).

Croissance à 8% en 2029

L'Indonésie figure parmi les premiers exportateurs mondiaux d'huile de palme et de charbon mais Prabowo Subianto affirme que l'Etat est privé de recettes en raison notamment de la corruption. Selon le président, cette nouvelle réglementation permettra d'optimiser les recettes fiscales de l'Etat. «La promulgation de cette réglementation constitue une étape stratégique pour renforcer la gouvernance des exportations de nos matières premières», a-t-il encore souligné. 

Son objectif principal est de «renforcer la supervision et le suivi et d'éradiquer les pratiques de sous-facturation (...) ainsi que la fuite des capitaux issus des recettes d'exportation», a-t-il expliqué. Il a également assuré que la première économie d'Asie du Sud-Est est en bonne voie pour atteindre une croissance économique de 5,8 à 6,5% l'an prochain.

«L'Etat a le droit de savoir»

Il a rappelé que le pays vise une croissance de 8% en 2029, pour la fin de son mandat. Il a également soutenu que le gouvernement n'aurait pas besoin de dépasser le ratio déficit budgétaire/PIB de 3,0%, fixé par la loi. Le gouvernement, a-t-il également indiqué, va s'efforcer de maintenir le rendement des obligations à 10 ans dans une fourchette comprise entre 6,5 et 7,3%, et le taux de change de la roupie face au dollar américain entre 16'800 et 17'500 roupies pour un dollar, alors que la devise est tombée à un taux historiquement bas.

Mardi, la roupie est tombée à un nouveau record à 17'700 roupies pour un dollar. Les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, bien que lointaines, ont un «impact et une influence très importants sur nos vies», a admis l'ancien général. Cette réglementation sur les exportations, a-t-il estimé, constitue une tentative de mieux gérer «ce qui nous appartient». «Nous devons croire que toutes les ressources naturelles de l'Indonésie appartiennent au peuple indonésien», a-t-il martelé.

«Par conséquent, l'Etat a le droit de savoir en détail lesquelles de nos ressources naturelles sont vendues hors d'Indonésie. Nous ne voulons plus être dupés. Nous voulons savoir exactement quelle part de nos richesses est vendue», a-t-il insisté.

Les investisseurs sont «inquiets»

Le ministre de l'Investissement, Rosan Roeslani, a insisté sur le fait que les contrats d'exportation seraient honorés, «mais, fondamentalement, nous examinerons si la tarification de ces contrats est réellement correcte et conforme à l'indice pertinent». Pour Dedi Dinarto, analyste basé à Singapour au sein du cabinet de conseil FGS Global, la réaction de la Bourse à la nouvelle réglementation suggére que les investisseurs sont «inquiets».

«La liquidation des actions liées aux matières premières montre que les investisseurs intègrent déjà dans les cours leurs inquiétudes concernant la pression sur les marges, la réduction de la flexibilité des échanges et l'imprévisibilité des politiques à venir», a-t-il indiqué à l'AFP.


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