C'est fait. Le chèque est prêt. Viktor Orbán, qui refusait de donner son feu vert, a dû retirer son veto après sa défaite aux élections législatives hongroises du 12 avril. L'Union européenne va donc pouvoir débloquer, comme promis lors de son sommet de la mi-décembre à Bruxelles, son prêt de 90 milliards d'euros pour l'Ukraine. La décision a été entérinée par les dirigeants des 27 pays membres de l'UE lors de leur sommet informel à Chypre ce jeudi 23 avril. Les premiers décaissements de cette enveloppe auront lieu dès le second semestre 2026. Soit 2000 euros environ par Ukrainien, puisque le pays compte 41 millions d'habitants.
Attention: ces 90 milliards ne sont pas un don. Il s'agit d'un prêt, souscrit par l'Ukraine avec la garantie de 24 pays membres de l'Union européenne sur 27. La Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie ont refusé de participer à ce mécanisme d'emprunt commun qui a permis d'éviter la saisie des actifs russes gelés de la Banque centrale russe, toujours entreposés au sein d'Euroclear, l'organisme de compensation financière basé à Bruxelles.
L'ombre de Poutine
L'ombre de Vladimir Poutine et de la guerre déclenchée par la Russie le 24 février 2022 était évidemment omniprésente lors du sommet des 27 qui a validé ce méga-prêt, destiné notamment à armer l'Ukraine. Le feu vert politique au 20e paquet de sanctions contre Moscou a d'ailleurs aussi été donné. Ces sanctions incluent, pour la première fois, l'activation d'un «outil anti-contournement» qui permettra à l'UE d'intervenir en cas de contournement systématique de ses sanctions par des exportateurs dans des pays tiers, notamment ceux qui réexportent vers la Russie des biens européens soumis à restrictions.
Pourquoi 90 milliards d'euros versés à un pays qui, selon Transparency International, est l'un des plus corrompus du continent européen? D'abord pour couvrir les besoins budgétaires les plus urgents du pays ainsi que ses capacités industrielles de défense pour 2026 et 2027. 60 milliards d'euros seront consacrés à l’achat d’équipements militaires, avec une priorité aux équipements «Made in Europe». 45 milliards d’euros seront débloqués en 2026, dont 28,3 milliards pour l'achat d'armes.
Trump veut des achats
La question maintenant est de savoir si les autorités ukrainiennes respecteront les termes du «deal», alors que Donald Trump presse Kiev d'acheter en priorité du matériel américain avec l'argent européen. Une tentation d'autant plus grande que les équipements nécessaires, en particulier pour la défense antiaérienne, sont le plus souvent «Made in USA».
Même le think tank américain «Atlantic Council» a mis en garde contre ce risque: «Une grande partie de cet argent doit servir à sécuriser des approvisionnements militaires auprès des partenaires européens, ce qui signifie que ce prêt soutiendra également les efforts de réarmement du continent, écrit cet institut. L’Europe connaît actuellement un changement stratégique majeur en matière de défense, dans un contexte géopolitique en mutation rapide, marqué par l’agression croissante de la Russie et par une administration américaine qui laisse entendre qu'elle pourrait réduire son engagement traditionnel en faveur de la sécurité européenne.»
Depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie il y a plus de quatre ans, l’armée ukrainienne a connu une transformation spectaculaire et est désormais considérée comme indispensable à l’avenir de la sécurité européenne. L’Ukraine dispose aujourd’hui de la plus grande force combattante d’Europe et est largement reconnue comme un leader mondial dans le domaine de la guerre par drones. Un savoir-faire mis par Kiev à la disposition des pays du Golfe persique, cible des drones iraniens Shahed, copiés par les Russes.