Au bout du fil, Tim Guldimann se montre inhabituellement brusque. «Je n'ai rien à dire!» L'ancien ambassadeur suisse tient tout de même à souligner qu'il a rappelé Blick par simple courtoisie. Pour faire savoir qu’il n’y a rien à dire. Puis l’homme raccroche, lui qui avait autrefois été élu au Conseil national en tant que «conseiller international» pour le PS avant de démissionner au bout de deux ans. Qu’est-ce qui peut bien déstabiliser cet homme si éloquent?
La réponse tient en un nom: Poutine. Le journal allemand «Die Zeit» et le magazine de l’ARD «Kontraste» ont révélé cette semaine l’existence d’une diplomatie parallèle germano-russe, organisée par un réseau d’anciens responsables politiques de haut rang. Selon ces informations, l’ancien ministre de la Chancellerie de la CDU, Ronald Pofalla, et l’ancien ministre-président SPD du Brandebourg, Matthias Platzeck, se rencontrent régulièrement depuis 2024 à Bakou, la capitale azerbaïdjanaise, avec des représentants de haut rang du Kremlin.
A Bruxelles, la «Bakou Connection» suscite la méfiance
D’après ces enquêtes, la dernière rencontre a eu lieu lundi dernier dans une salle de réunion isolée, au deuxième étage de l’hôtel Four Seasons. L'endroit était si bien protégé «qu'il était impossible de rester seul plus de deux minutes dans le couloir menant à la salle».
Du côté russe, des représentants du cercle restreint du président Vladimir Poutine y ont participé, parmi lesquels le président du conseil d'administration de Gazprom, Viktor Zoubkov, l’historien Alexeï Gromyko ainsi que Valeri Fadeïev, conseiller du Kremlin visé par des sanctions de l’UE. A Bruxelles, la «Bakou Connection» suscite la méfiance. Le nom du groupe, qui s’inspire du forum de dialogue germano-russe «Dialogue de Saint-Pétersbourg» dissous depuis longtemps, est également source d’interrogations.
Deux personnalités suisses en font partie: l’ancien ambassadeur Tim Guldimann et Thomas Greminger, ancien secrétaire général de l’OSCE et directeur du Geneva Centre for Security Policy (GCSP). Tous deux disposent d’excellents contacts internationaux – et tous deux gardent le silence sur leur rôle.
Le DFAE prend ses distances
Une chose est sûre: ni le gouvernement fédéral allemand ni le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n’ont quoi que ce soit à voir avec ces discussions, ont-ils assuré à la demande de Blick. Celles-ci s’apparentent à une initiative diplomatique organisée à titre privé. Matthias Platzeck Platzeck s’est contenté de déclarer aux journalistes que les participants finançaient eux-mêmes leurs déplacements.
Mais quelle stratégie les participants poursuivent-ils? Pour l’instant, on ne fait que colporter que la délégation russe aurait clairement fait savoir qu’une fin de la guerre en Ukraine n’était envisageable pour Moscou qu’aux conditions de la Russie. Le fait que d’anciens hauts fonctionnaires suisses cherchent le dialogue de leur propre initiative n’est ni interdit ni choquant en soi. La question est plutôt de savoir à quoi peuvent servir de telles discussions. Une paix aux conditions russes serait en tout cas en contradiction avec la ligne de politique étrangère de l’Europe et de la Suisse.
Selon le journal «Die Zeit», les services secrets allemands et d’autres services occidentaux considèrent ces rencontres au bord de la mer Caspienne comme une éventuelle opération d’influence russe. Le DFAE ne se prononce pas sur la manière dont il évalue ces activités. Tim Guldimann et Thomas Greminger font eux aussi ce que les diplomates savent souvent faire de mieux: garder le silence.