Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a déposé le 2 avril dernier une demande de mandat d'arrêt contre Bezalel Smotrich, ministre israélien d'extrême droite. Une information exclusive révélée ce 19 mai par Middle East Eye.
«On m'a informé que le procureur pénal de la cour antisémite de La Haye avait déposé une demande de mandat d'arrêt international contre moi», a affirmé Bezalel Smotrich (extrême droite) lors d'une conférence de presse diffusée sur son compte X.
«En tant qu'Etat souverain et indépendant, nous n'acceptons pas les diktats hypocrites d'organismes biaisés qui prennent, encore et encore, position contre l'Etat d'Israël», a-t-il ajouté, sans préciser les accusations motivant cette demande d'arrestation.
Le procureur de la CPI a déclaré que son bureau était «dans l'impossibilité de commenter les spéculations médiatiques ou les questions liées à une quelconque demande présumée de mandat d'arrêt».
Des crimes de guerre contre l'humanité
La CPI, qui siège à La Haye, a émis en novembre 2024 des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Ils sont soupçonnés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza, où Israël a livré une guerre dévastatrice après l'attaque meurtrière du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 sur son territoire.
Bezalel Smotrich a accusé l'Autorité palestinienne d'avoir encouragé cette nouvelle procédure, qualifiant les poursuites engagées contre lui, Netanyahu et Yoav Gallant de «déclaration de guerre». Il a indiqué que sa première mesure de représailles viserait la communauté bédouine palestinienne de Khan al-Ahmar, située à l'est de Jérusalem, en Cisjordanie occupée, annonçant qu'un ordre d'évacuation du village serait signé «immédiatement» après sa déclaration.
«Se venger de la Haye»
Plus de 750 personnes à Khan al-Ahmar, un ensemble de baraques et de tentes situé à une dizaine de kilomètres de la Vieille Ville de Jérusalem, entouré de colonies israéliennes. «Le ministre de l'Expulsion et de l'Annexion cherche à se venger de La Haye et de la communauté internationale aux dépens de l'une des communautés les plus vulnérables», a réagi l'ONG anticolonisation israélienne La Paix Maintenant.
«Sous ce gouvernement, nous constatons que, pour la première fois, ils ont approuvé le plan très sensible et important E1 et qu'ils se dirigent vers l'annexion de toute cette région», a déclaré son directeur Lior Amihai à l'AFP.
Khan al-Ahmar se trouve près de terrains qu'Israël prévoit d'utiliser pour son controversé projet de développement E1, destiné à faciliter l'expansion des colonies dans la zone proche de Jérusalem. Bezalel Smotrich, qui vit lui-même dans une colonie, est un fervent partisan de l'annexion de toute la Cisjordanie occupée.
Le ministre des Finances serait accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité en Cisjordanie occupée. Cela comprendrait notamment «les déplacements forcés», «la persécution» et «l'apartheid» contre les populations palestiniennes. Cela fait des années qu'ONG et experts judiciaires demandaient à la justice de prendre des mesures contre Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, lui aussi ministre d'extrême droite de la Sécurité.