400 personnes arrivées par bateaux
Menacés par un incendie ravageur, les habitants du Cap-Ferret doivent évacuer

Depuis mercredi, un incendie ravage 8'700 hectares au nord du bassin d'Arcachon. Les autorités ont ordonné l'évacuation complète de la presqu'île du Cap-Ferret, menaçant cette région touristique en plein été.
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La presqu'île du Cap-Ferret doit être totalement évacuée. 400 personnes sont déjà arrivées par bateau à Arcachon.
Photo: ROMAIN PERROCHEAU / AFP
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AFP Agence France-Presse

Un ordre d'évacuation complet de la très touristique presqu'île du Cap-Ferret, par route et par mer, a été lancé vendredi face aux deux incendies massifs qui dévorent la forêt en Gironde et dans les Landes, avec plus de 10'000 hectares parcourus au total. Devant l'avancée des flammes, qui ont franchi vers 01h la «ligne d'appui» dressée par les pompiers pour préserver cette presqu'île boisée, la préfecture de Gironde a activé un plan d'évacuation inédit par son ampleur, afin de mettre à l'abri des dizaines de milliers de résidents et d'estivants.

«Ces évacuations ont été opérées par la RD 106 en direction de Bordeaux et par navettes maritimes pour les personnes ne disposant pas de moyens de locomotion», a précisé la préfecture. Selon la mairie d'Arcachon, plus de 400 personnes sont déjà arrivées par bateau depuis la presqu'île du Cap-Ferret. Un photographe de l'AFP a vu plusieurs centaines de personnes débarquer sur la jetée avec leurs bagages.

Jusqu'à 14'000 personnes en 24 heures

Ce plan d'évacuation, préparé en 2023 par les autorités locales et testé lors d'une répétition générale en 2025, a été conçu pour évacuer «10'000 à 14'000 personnes dans les 24 heures, en priorisant les personnes vulnérables», selon une communication de la préfecture en fin d'année dernière. 

Il a été activé face à la progression de l'incendie d'origine probablement accidentelle, lié semble-t-il à un débroussaillage à Saumos selon plusieurs sources, qui a parcouru 8.700 hectares vendredi matin, ravivant le spectre des méga-feux de l'été 2022 dans le département. Pour faciliter les évacuations, la préfecture maritime de l'Atlantique a décidé vendredi matin l'interdiction temporaire de la navigation des navires sur une large zone à l'ouest du bassin.

«Catastrophe»

Avant cet ordre d'évacuation général, près de 20'000 personnes avaient déjà été évacuées préventivement dans le secteur depuis le début de l'incendie mercredi et plusieurs maisons ont brûlé. «C'est une catastrophe, c'est horrible», a témoigné pour l'AFP Jean Gonçalves, 54 ans, qui habite Lège-Cap-Ferret depuis 30 ans et a quitté sa maison en catastrophe.

En short et claquettes, un tee-shirt noué autour du bas de son visage, il explique que la maison de son voisin, un chalet en bois dont les habitants avaient été évacués, a complètement brûlé. «J'ai vu le feu, c'est la maison juste à côté, je me suis dit, je dégage», a-t-il confié tôt vendredi. Un pompier en intervention à Lège a été blessé par une explosion, probablement d'une bouteille de gaz. Aucun nouveau blessé n'est à déplorer vendredi matin, a précisé la préfecture. Parti de Saumos mercredi, l'incendie a gagné Le Porge avant de s'orienter vers Lège-Cap-Ferret, progressant rapidement dans une forêt de pins dense.

Sécheresse pire qu'en 2022

Selon le Sdis 33, la «sécheresse du massif est pire qu'en 2022», où près de 30'000 hectares avaient brûlé, rendant les conditions de lutte «plus difficiles». Face à une situation «sous très forte tension», le président Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'Union européenne (UE).

«Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque», a-t-il précisé sur X. Car en parallèle, un autre incendie a été déclenché par un véhicule jeudi après-midi près de Biscarrosse (Landes) et s'est rapidement propagé, parcourant plus de 2500 hectares jusqu'aux portes de la ville et conduisant à l'évacuation de 23'000 personnes, selon le SDIS des Landes.

Dans son point de 7h, la préfecture a décrit un feu qui «n'est pas sous contrôle», avec une «situation très évolutive et défavorable». Quelque 600 sapeurs-pompiers sont mobilisés. Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint du Sdis 40, avait décrit jeudi un «feu apocalyptique». Vendredi matin, il a déclaré à l'AFP redouter une «journée encore plus criante car le vent forcit et change de sens«.

Végétation et sols secs depuis des mois

Selon le gouvernement, plus de 12'500 départs de feu sont intervenus depuis janvier et la surface déjà brûlée dépasse celle de 2022, quand des incendies avaient conduit à l'évacuation de quelque 50'000 personnes. Plus de 3000 hectares avaient déjà brûlé à l'époque autour de Saumos. Dans le sud-est, l'incendie qui touche le Var depuis trois jours a connu de nombreuses reprises de feu jeudi mais l'amélioration des conditions météo a permis le retour de certains évacués et devrait faciliter le travail des 800 pompiers engagés, selon la préfecture.

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude publiée jeudi par des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère. Les incendies surviennent après que deux sapeurs-pompiers sont morts, mardi, lors d'un feu près de l'aéroport de Bordeaux, après un précédent décès en Savoie début juillet. Les syndicats de la profession dénoncent un manque de moyens et «l'épuisement» des troupes.

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