Trump face aux urnes (3/4)
Au Montana, Trump est encore un héros

Dans cet Etat du nord-ouest américain, Donald Trump demeure très populaire. A la veille des élections de mi-mandat, rencontre avec ceux qui soutiennent encore le locataire de la Maison Blanche et son programme «MAGA».
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Dans le Montana, les supporters de Donald Trump restent fiers de son bilan après deux ans de présidence.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La nouvelle bibliothèque de Missoula, la capitale universitaire du Montana, fait face aux collines boisées dans lesquelles Frank Madison a passé tant de temps à chasser. D'accord pour nous rencontrer en septembre 2026, alors que les sondages n'étaient pas encore si désastreux pour Donald Trump et les candidats de son Parti républicain aux élections de mi-mandat du 3 novembre, ce fermier du comté d'Arlee a proposé la cafétéria du nouvel édifice culturel.

En contrebas, le Federal Building abrite, comme dans toutes les villes américaines, les agences gouvernementales. Missoula a longtemps figuré sur la carte littéraire du monde en raison des cours de «creative writing» de sa faculté des lettres. Le romancier Jim Harrison, décédé en 2016, en était l'une des vedettes. «Je l'aimais beaucoup. Il buvait. Il aimait les gens. Il aimait l'Amérique. Je ne crois pas qu'il aurait détesté Trump», lâche mon interlocuteur, convaincu que son héros politique incarne encore une part du «rêve américain».

Identité américaine

Ce rêve, beaucoup à Missoula le moquent et s'en inquiètent. Michel Valentin, franco-américain, est professeur à l'université. Ses chroniques sont publiées régulièrement par le «Missoulian», le quotidien local. Ses mots sont du vitriol : «Trump est un menteur professionnel. Point. Cela fait bientôt deux ans qu'il ment. Mais ici, dans le Montana, les électeurs républicains voient autre chose en lui: son éloge d'une certaine identité nationale, sa manière de s'en prendre aux élites des grandes métropoles, sa détestation du «wokisme» et des minorités qui imposent leur loi».

Le Montana est depuis les années 80 une terre républicaine. Lorsqu'il est descendu de son avion le 14 octobre dernier à Kalispell, dans le nord-ouest de l'Etat, pour son meeting de soutien à Kurt Alme, le candidat républicain au Sénat, Trump a été longuement applaudi. Frank y était. Il nous montre les photos sur son portable, en sirotant son café dans un mug flanqué de la devise de l'Etat, «Or et argent». Une référence à son passé minier: «Trump nous a déçus, bien sûr. Mais franchement, il défend le pays», poursuit-il.

La bataille pour les élections de mi-mandat est, dans chaque Etat, différente selon l'économie locale, l'enracinement de chaque parti, mais aussi les personnalités en lice. Impossible de se faire une idée juste selon les sondages nationaux, qui, ces derniers jours, plafonnent la popularité de Donald Trump à 36%, contre 64% d'opinions défavorables. Katryn tient un commerce au bord du lac Flathead, à une heure de route de Missoula. Son quotidien consiste à servir beaucoup de clients fortunés, acheteurs de ranchs dans ce vaste territoire si typique de l'Ouest américain.

Les sommets de la Bourse

Elle entend tous les jours parler de la Bourse qui atteint des sommets. Le Montana est un Etat rural qui aimante les milliardaires depuis que le défunt magnat des médias et fondateur de CNN, Ted Turner, y avait acquis en 1989 une immense propriété de 45'000 hectares près de Bozeman, le Flying D Ranch. Depuis, d'autres milliardaires comme Rupert Murdoch, le propriétaire de Fox News, mais aussi les deux frères Wilks, géants pétroliers du sud du Texas, ont suivi.

Le Montana offre au visiteur les deux extrémités du mouvement MAGA (Make America Great Again): le fermier blanc attaché à ses valeurs traditionnelles et l'entrepreneur richissime obsédé par le cours de ses actions. «Trump a fait gagner beaucoup d'argent à pas mal de monde, poursuit notre commerçante. Nous, on paie l'essence de plus en plus chère à la pompe. Eux, ils s'enrichissent.»

Pourquoi, alors, ne pas voter démocrate? Pourquoi rester passif face aux conflits d'intérêts documentés qui entachent la présidence Trump? Michel Valentin, très critique de l'actuel président, a une théorie. Il nous la livre en marchant dans les rues de Missoula. Les couleurs de l'automne sont splendides. L'aéroport international, souvent désert mais flambant neuf, pointe à l'horizon comme le symbole d'une Amérique qui va bien. «Trump reste le rebelle. Celui qui dit 'F...you' à tout le monde, et ça plaît. Ce n'est pas du patriotisme béat. C'est un soutien identitaire. Pas mal de gens, ici, pensent que tous les politiciens sont corrompus. Alors, un de plus...»

Fierté et pétrole

Notre professeur n'est pas fier de ses propres mots. Il vit dans le Montana qu'il adore traverser avec son «trailer», le camping-car qu'il arrime à son pick-up. Vu des montagnes du Montana, frontalières du Canada, ce qui se passe à Washington est un peu un cirque. Jeudi 29 octobre, Donald Trump a participé à un nouveau meeting en visioconférence pour soutenir les candidats Kurt Alme (Sénat) et Aaron Flint (premier district, Chambre des représentants).

Frank Madison s'est connecté: «Le président n'a pas parlé du diesel qui coûte de plus en plus cher aux ranchers ou aux transporteurs. Il a parlé des réserves de pétrole que les Etats-Unis contrôlent aujourd'hui grâce à lui dans le monde. Il a listé les promesses d'investissements dans ce pays faites par les dirigeants étrangers. Avec Trump, on a l'impression d'être puissants».

Pas de carte du monde

Ceux qui donnent Donald Trump perdant des midterms devraient débarquer, comme je l'ai fait, dans le hall principal de l'aéroport de Missoula. Aucune carte du monde. Presque aucune mention des grandes métropoles américaines, sauf sur le tableau d'affichage des vols pour Chicago, Los Angeles ou New York. Tout, dans cette ville-carrefour traversée par la rivière Clark Fork, dont le site fut traversé en 1805 par la fameuse expédition vers l'Ouest de Lewis et Clark, dit une forme d'insularité face au monde extérieur.

Les trains de marchandises, longs parfois de deux à trois kilomètres de wagons, donnent à voir une Amérique industrieuse, qui n'a en apparence pas besoin de l'extérieur. Autre caractéristique, la présence d'une minorité d'origine russe, qui plaide évidemment pour la réconciliation avec Moscou soutenue par la Maison Blanche, quitte à lâcher l'Ukraine.

Une employée russophone d'une agence d'intérim, juste à côté de la bibliothèque, reconnaît que les promesses de Trump restent dans les têtes: «Il fonce, il tient bon, il se fiche pas mal de ce qu'on pense de lui. Il est un peu comme nous. C'est pour ça que je voterai pour lui le 3 novembre». À Missoula, le miracle MAGA ne s'est pas encore évaporé.

Episodes précédents: Cette Amérique qui veut sortir de l'ouragan MAGA (1/4) - A Los Angeles, les activistes contre l'IA manipulée par Trump (2/4)

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