La tension monte
Ceuta redoute une nouvelle vague migratoire ce samedi et se barricade

Ceuta se prépare à une nouvelle vague de migrants ce samedi 15 août. Sur les réseaux sociaux, plus de 400'000 personnes s'organisent pour tenter de franchir la frontière espagnole, malgré des mesures de sécurité renforcées.
Des centaines de migrants attendent toujours dans les rues et sur les plages de cette enclave.
Photo: Samuel Schumacher

En bref

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  • Ce samedi 15 août, une nouvelle vague massive de migrants pourrait tenter de rejoindre Ceuta, l'enclave espagnole au Maroc. Les autorités locales et espagnoles renforcent leurs dispositifs de sécurité en prévision de cet afflux.
  • Plus de 422'000 membres s’organisent sur des groupes Facebook, WhatsApp et Telegram pour planifier la traversée. Des discussions portent sur des stratégies comme le camouflage ou l’utilisation de crampons pour franchir les barrières maritimes.
  • Lors de la vague précédente, il y a deux semaines, jusqu’à 60'000 migrants ont franchi la frontière, mais 145 personnes se sont noyées. De nouvelles mesures ont été prises pour limiter les entrées illégales.
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Samuel Schumacher

Ceuta redoute un nouvel afflux migratoire. Tout porte à croire que des milliers de personnes tenteront à nouveau d'entrer dans l'enclave espagnole ce samedi. Plus de 400'000 personnes organisent leur départ samedi via les réseaux sociaux. «Frères, le 15 août à l’aube, nous passerons», annonce une publication. Les forces de sécurité à Ceuta se préparent à une nouvelle vague d’arrivées et planifient une opération d’envergure pour le week-end.

Lors du premier afflux massif il y a deux semaines, les autorités espagnoles ont été complètement débordées, tandis que les autorités marocaines sont restées indifférentes. Jusqu'à 60'000 migrants ont franchi la frontière sans difficulté, attirés par de fausses promesses de passeurs et une décision de justice compliquant le renvoi par les autorités espagnoles des réfugiés arrivés par la mer.

Samedi, des dizaines de milliers de personnes pourraient retenter leur chance. Au Maroc, les jeunes hommes qui fuient illégalement vers Ceuta sont appelés «haraga». Ils croient souvent pouvoir facilement rejoindre l'Europe continentale depuis ce point. Or, Ceuta est soumise à des règles spécifiques de l'espace Schengen; un voyage vers l'Espagne continentale n'est pas automatique.

«Les gens ici sont désespérés»

Les fact-checkers de la plateforme espagnole Maldita ont examiné les groupes Facebook, discussions WhatsApp et chaînes Telegram annonçant le 15 août comme nouvelle date pour atteindre Ceuta. Sur tous ces canaux, les fact-checkers ont dénombré plus de 422'000 membres qui discutent de questions logistiques très concrètes avec ferveur.

Faut-il porter des combinaisons de plongée en néoprène? Des palmes? Quelle quantité d’eau et de nourriture sont nécesseraires pour la traversée? Quel est le moment idéal? Les migrants semblent avoir tiré les leçons des récits d’horreur de la première vague fin juillet. Pour rappel, au moins 145 personnes se sont noyées en tentant de rejoindre Ceuta par la mer.

Les nouvelles arrivées prévues au 15 août ne peuvent être confirmées officiellement, car aucune organisation ne semble en être à l'origine et coordonner l'ensemble des opérations, même si la plateforme marocaine Le360 évoque des réseaux algériens qui coordonneraient les départs. Nous ignorons presque tout des commanditaires potentiels de cette seconde vague d'arrivants.

«Les gens ici sont désespérés. Ils redoutent une nouvelle vague migratoire», nous confie Ana López García, une photographe indépendante à Ceuta. Les autorités locales l’auraient également compris et auraient annoncé des mesures sévères en conséquence. «Des rumeurs circulent selon lesquelles les forces de sécurité vont sévir ce week-end et conduire à la frontière tous les migrants restés dans l’enclave», ajoute Ana López García.

Des crochets d’escalade

Si de nombreux signes laissent présager une nouvelle vague migratoire sur Ceuta, l’entrée sur le territoire risque d'être cette fois plus difficile qu’il y a deux semaines. En effet, le Maroc a considérablement renforcé la présence policière dans la ville frontalière de Fnideq. Alors, dans l’un des groupes sur les réseaux sociaux, certains conseillent de se camoufler, par exemple en rangeant leurs affaires de natation non pas dans des sacs à dos, mais dans des mallettes.

Autre exemple: il y a déjà dix jours, l'Espagne a renforcé sa frontière avec le Maroc à l’aide d’une nouvelle barrière maritime composée de bouées et de filets. Mais d’après les discussions sur les réseaux sociaux, les migrants semblent avoir anticipé cet obstacle. Beaucoup s’équipent de crochets d’escalade spéciaux pour franchir la chaîne de bouées.

Le gouvernement espagnol ne peut pas se permettre un nouvel afflux migratoire massif. Il y a deux semaines, cette situation a créé une véritable crise diplomatique parmi les Européens, notamment lorsque l’Italie a suspendu l’accord Schengen avec l’Espagne pendant un mois. Parallèlement, l'opposition espagnole a saisi l’occasion pour monter l’opinion publique contre le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez, jugé incompétent, avant les prochaines élections de mai 2027.

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