Ceuta n’a rien d’un eldorado ni d’une terre promise. Adam, un Marocain de 19 ans, y est depuis six jours. Il a rejoint l’enclave espagnole à la nage avec ses deux sœurs et ne veut pas y rester. Comme lui, des milliers de migrants ont tenté, la semaine dernière, de franchir la frontière entre le Maroc et ce territoire espagnol situé sur la côte nord du continent africain. «Au lieu de nous offrir un abri, on nous battait», raconte-t-il à Blick.
Adam connaît bien la Suisse. Lorsqu'il avait 14 ans, il y a séjourné comme sans-papiers, notamment à Thoune, Berne et Bâle. «C’était comme des vacances d’été», lâche le jeune homme. Mais il ne veut pas y retourner. Comme les autres migrants que nous avons rencontrés à Ceuta, il a une autre destination en tête.
«C’est incroyablement difficile de rentrer dans votre pays», explique Adam. En 2021, il a survécu pendant un mois dans les rues suisses, avant de passer, selon son récit, huit mois en détention administrative. «Maintenant, je veux aller en Italie. La vie y est beaucoup plus paisible qu’en Suisse.»
Regard vide
Adam fait partie des centaines de migrants marocains reconduits ce week-end à la frontière par les gardes-frontières espagnols. Sur les routes qui mènent hors de Ceuta, des soldats observent en silence ces migrants qui, après plusieurs jours passés dans les rues, retournent au Maroc.
Beaucoup semblent épuisés, le regard dans le vide. D’autres franchissent la frontière avec des vêtements neufs et des sacs en plastique remplis de marchandises. D’où viennent ces habits? Personne ne veut répondre.
Dans le centre-ville de Ceuta, le calme est revenu. Dans un parc, un panneau menace les propriétaires de chiens de lourdes amendes s’ils ne ramassent pas les déjections de leur animal: de 750 à 1500 euros selon l’endroit. Un rappel de problèmes bien éloignés de ceux qui se jouent à quelques rues de là.
«Ils nous ont tout pris»
Car sur les plages et dans les rues du nord de l’enclave, de nombreux migrants, pour la plupart originaires d’Afrique subsaharienne, attendent toujours. «Nous ne retournerons pas au Maroc, sous aucun prétexte», assure Rahmatallah, 23 ans, originaire du Soudan. «Les Marocains sont des voleurs, la police aussi. Ils nous ont tout pris.»
Son objectif reste l’Europe, mais pas la Suisse. «On n’y entrera jamais, jamais», dit-il. Avec ses amis soudanais, il préfère tenter sa chance en Espagne. «Là-bas, on trouvera facilement du travail et on obtiendra nos papiers rapidement.» Assis à côté de lui sur le sol poussiéreux, Masil, 22 ans, ajoute: «Et en Espagne, on pourra même faire venir nos familles.»
Manque de nourriture
Les deux hommes sont sur les routes depuis trois ans. Ils ont fui le Soudan, traversé l’Egypte, la Libye, l’Algérie puis le Maroc, avant d’arriver à Ceuta. Revenir en arrière leur paraît impossible. Ils continuent donc d’avancer, portés par des espoirs fragiles.
Devant eux se profile encore la traversée périlleuse de la Méditerranée, la «harka», comme les migrants appellent ce voyage en mer, souvent mortel. Mais Rahmatallah ne veut pas encore y penser. Pour l’instant, il cherche juste à manger. Son dernier repas remonte à jeudi, avant qu’il ne se jette à la mer depuis le Maroc.