Avec environ 85’000 habitants, Ceuta compte presque autant d’habitants que la ville de Lucerne, mais sur un territoire bien plus restreint. Cette enclave espagnole située sur la côte nord-africaine a enregistré l’arrivée de plus de 60’000 personnes migrantes en l’espace de 24 heures. Les autorités ont déclenché l’état d’urgence. Depuis, l'Espagne a annoncé que 48'000 d'entre eux étaient déjà retournés au Maroc.
Il s’agit principalement de jeunes hommes, mais aussi de familles et de mineurs non accompagnés qui tentent de rejoindre le territoire espagnol à la nage. Munis de simples bouées ou vêtus de combinaisons en néoprène, ils contournent les barrières frontalières qui s’avancent dans la mer près de Tarajal et de Benzú. Une traversée extrêmement dangereuse, qui a déjà coûté la vie à au moins 34 personnes.
Conséquences d'un arrêt de justice
Ces arrivées ont été favorisées par une décision de la Cour suprême espagnole rendue le 29 juin. Les juges ont estimé que les refoulements immédiats controversés, appelés «pushbacks» et effectués sans examen d’une éventuelle demande d’asile, étaient juridiquement liés au franchissement des barrières frontalières terrestres.
Les personnes qui contournent ces installations en passant par la mer ne peuvent donc plus être renvoyées directement au Maroc sans procédure. Leur situation doit désormais être examinée dans un cadre légal. L’ampleur des arrivées s’explique notamment par la diffusion rapide de cette information sur Internet. Des réseaux de passeurs et plusieurs comptes sur les réseaux sociaux ont largement relayé la décision de justice.
Le gouvernement marocain accusé
Le dispositif frontalier a cédé jeudi lorsque, à la faveur du brouillard côtier, plusieurs centaines de personnes ont pris la mer simultanément. Des dizaines de milliers d’autres ont suivi au cours des heures suivantes, mettant les autorités espagnoles sous une pression extrême.
Certaines voix accusent le gouvernement marocain d’avoir favorisé ces départs. C’est notamment le cas de Carl Bildt, ancien Premier ministre suédois, qui soupçonne une manœuvre destinée à faire pression sur l’Espagne et l’Union européenne.
«La crise migratoire à Ceuta semble avoir été provoquée intentionnellement par le Maroc», écrit-il sur X. Le Maroc réclame depuis longtemps davantage de soutien financier et matériel de la part de Bruxelles pour assurer le contrôle des routes migratoires en provenance d'Afrique subsaharienne et de ses frontières.
Des barrières marines envisagées
Le gouvernement espagnol a rapidement réagi. Des unités militaires ont été mobilisées pour renforcer la surveillance des plages, tandis que Madrid étudie la possibilité d’installer des barrières directement dans l’eau. Cette mesure permettrait de modifier les conditions juridiques établies par la décision de la Cour suprême.
La pression politique augmente également sur le gouvernement espagnol. Rome et Helsinki menacent notamment de rétablir des contrôles à certaines frontières intérieures de l’espace Schengen. Dans le même temps, l’Espagne négocie avec le Maroc afin de réduire les départs et d’obtenir la réadmission d’une partie des personnes arrivées à Ceuta.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, a assuré les habitants de l’enclave du soutien du gouvernement. «Toute l’Espagne est à leurs côtés», a-t-il déclaré. Il a également dénoncé une «atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne», estimant que ces agissements méritaient «notre plus vive désapprobation et condamnation».
D'où viennent-ils?
Une partie des personnes arrivées à Ceuta vient de pays d’Afrique subsaharienne, notamment du Sénégal, du Mali et de Guinée. Certaines fuient des conflits armés, des persécutions politiques, les conséquences de la sécheresse ou une grande précarité économique.
De jeunes Marocains tentent également de rejoindre Ceuta en raison de la hausse du coût de la vie et du manque de perspectives dans leur pays. Beaucoup espèrent trouver en Europe davantage de sécurité, de liberté et de meilleures conditions de vie.
Alors que ces arrivées mettent les infrastructures de Ceuta sous forte pression, 48'000 d'entre elles sont déjà reparties au Maroc vendredi en fin de journée. Pour la plupart de ces personnes, l’enclave espagnole ne constitue toutefois qu’une étape avant de tenter de rejoindre le continent européen.