Les scènes dramatiques observées à Ceuta risquent d'occuper l'esprit des responsables politiques longtemps. Les dizaines de milliers de personnes escaladant les barrières ou tentant de les contourner à la nage ont montré la vulnérabilité des frontières extérieures de l'Union européenne.
La crise à Ceuta a également attiré l'attention de la Suisse. Bien que l'enclave espagnole ne fasse pas partie de l'espace Schengen, la police cantonale zurichoise a procédé cette semaine à des contrôles aléatoires sur des vols en provenance d'Espagne. «Aucune anomalie n’a été constatée», indique la police.
Inquiétudes à Berne
Les expulsions vers le Maroc suscitent une vive inquiétude à Berne. Actuellement, 353 Marocains sont tenus de quitter la Suisse. Plus d'un cinquième d'entre eux vit dans le canton de Berne. Sur ces 83 migrants, 41 ont été identifiés. Mais selon le conseiller d’Etat PLR Philippe Müller, il n’est pas si simple de les expulser: «23 personnes ont disparu. 14 autres sont en détention préventive ou purgent une peine de prison.»
Philippe Müller en est convaincu: «Nous devons prolonger la détention en vue du renvoi à au moins un an et demi. Aujourd’hui, elle n’est possible que pendant quelques mois et uniquement si l’expulsion est prévisible. Si un Marocain sait qu’en cas d’infraction pénale, il ira immédiatement en prison et sera expulsé, la Suisse ne sera plus une destination attractive.»
Des blocages volontaires?
Dans ce contexte, le conseiller d’Etat critique l’attitude des autorités marocaines. En mars, il a adressé une lettre incendiaire au conseiller fédéral Beat Jans, dont Blick a obtenu une copie. Philippe Müller reproche à l’administration nord-africaine de «traîner des pieds». Alors que l’identification des ressortissants marocains dans le cadre de procédures pénales ne prend que quelques semaines, l’ambassade mettrait «parfois plus d’un an» pour les expulsions.
L'élu PLR cite un cas particulièrement grave: un Marocain a été interpellé à plusieurs reprises par la police bernoise entre l’âge de 9 et 13 ans, parfois dans des situations «mettant sa vie en danger». A maintes reprises, selon le conseiller d’Etat, l’adolescent s’est retrouvé en prison. «L’ambassade du Maroc n’a pas répondu à la demande de prise de contact en vue d’une visite de la représentation diplomatique.» Philippe Müller estime que le Maroc enfreint ainsi la Convention relative aux droits de l’enfant.
Une épine dans le pied du Maroc
Au sein de l’administration fédérale, le fait que le Maroc ne voit guère d'intérêt à rapatrier les mineurs délinquants – et qu'il instrumentalise la question migratoire – est un secret de polichinelle. La position de la Suisse sur la question du Sahara occidental est une épine dans le pied du Maroc. Berne n’a jamais reconnu l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, ce qui déplaît fortement aux autorités de Rabat.
Beat Jans a immédiatement répondu à Philippe Müller. Et la Suisse a protesté auprès des autorités marocaines. Après des mois d’inaction de la part de Rabat, les choses se sont soudainement débloquées: le nombre d’enquêtes a grimpé en flèche. Le 24 avril, le ministre de la Justice a rencontré le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita.
«Nous devons maintenir la pression»
Les Marocains ne voulaient pas se ridiculiser en restant les bras croisés et ont accéléré le rythme. Entre février et mars, une seule identité avait été vérifiée. En avril, ce chiffre est soudainement passé à 185. En mai et juin, 14 vérifications ont été effectuées chaque mois, ce qui reste nettement supérieur aux chiffres antérieurs. «Quand le Maroc le veut, il procède à des vérifications. Pour moi, cela montre que nous devons maintenir la pression», déclare Philippe Müller.
Le 22 mai, Vincenzo Mascioli, secrétaire d’Etat aux migrations, s’est rendu à Rabat pour signer un accord sur les procédures de retour. Selon le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), la coopération avec le Maroc s’est nettement améliorée: «Au cours du premier semestre 2026, le nombre de retours forcés effectués a presque atteint celui de l’ensemble de l’année 2025.»
Par ailleurs, le SEM annonce qu'une «série de vols vers le Maroc est prévue dans les prochaines semaines. La forte augmentation du nombre d’identifications se répercute donc déjà sur les mesures d’exécution et se traduira encore davantage par une hausse des chiffres des retours dans les semaines à venir.»