Le gouvernement marocain serait-il à l'origine de la crise migratoire à Ceuta? C'est la question qui brûle toutes les lèvres depuis plusieurs jours. Pour beaucoup d'observateurs, le Maroc aurait sciemment provoqué cet afflux massif de migrants afin de se venger de son ancien colonisateur espagnol.
Il faut dire que les motifs de rancœur ne manquent pas. Récemment encore, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, s'est rendu en visite officielle en Algérie, le grand rival géopolitique de Rabat. Sans compter que le Maroc revendique toujours comme sien le territoire des deux enclaves espagnoles d'Afrique du Nord, Ceuta et Melilla.
Rabat rejette toute responsabilité
Le ministère marocain de l’Intérieur rejette catégoriquement ces accusations et avance deux raisons pour expliquer la crise migratoire à Ceuta, comme le rapporte le journal allemand «Bild». L’afflux de migrants n’aurait pas été organisé, mais serait survenu spontanément à la suite de fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux.
Des réseaux de passeurs auraient fait la promotion en ligne du franchissement de la frontière à Ceuta. Des points de vente de masques de plongée et de gilets de sauvetage auraient même été recommandés dans des publications sur Facebook et TikTok.
D'autre part, selon le ministère de l'Intérieur, c'est une mauvaise interprétation d'une décision de justice espagnole qui a mis le feu aux poudres. La Cour suprême espagnole a en effet tranché: les migrants qui atteignent le territoire espagnol à la nage ne peuvent plus être renvoyés au Maroc sans un examen individuel de leur situation. De nombreux jeunes Marocains sans perspective d'avenir en ont immédiatement conclu que l'Espagne allait les accueillir à bras ouverts et leur fournir du travail sans attendre.
Les services secrets espagnols répliquent
Pour les services secrets espagnols, le gouvernement de Rabat porte toutefois une responsabilité bien plus grande dans l'afflux vers Ceuta. Selon une analyse de la crise relayée par le quotidien «El País», les autorités concluent que si l'afflux d'environ 60'000 personnes vers la frontière de Ceuta n'a pas été planifié à l'origine par le Maroc, le gouvernement marocain l'a sciemment laissé faire et l'a instrumentalisé.
Selon les services secrets, les autorités marocaines ont laissé les fausses informations circuler sans intervenir sur les réseaux sociaux. De plus, les contrôles aux frontières autour de Ceuta ont, dans un premier temps, été réduits au minimum la semaine dernière, avant d'être finalement supprimés, permettant ainsi aux foules de passer sans entrave.
Selon les services secrets espagnols, le Maroc a profité de la crise pour attirer l’attention des médias du monde entier sur ses revendications concernant Ceuta et Melilla. Le gouvernement de Rabat porterait donc une part de responsabilité dans la crise migratoire qui a coûté la vie à au moins 72 personnes.