«Il a voulu enlever mon jeans»
Violée et droguée, une victime de Jeffrey Epstein témoigne

Une jeune Américaine vient de confier à la BBC le glaçant témoignage du cauchemar que lui a fait subir le pédocriminel. Encore un rappel que le scandale, désormais largement politisé, a laissé dans son sillage d'innombrables femmes brisées.
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L'une des jeunes victimes de Jeffrey Epstein a accepté de témoigner auprès de BBC.
Photo: Keystone
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Alors que l’écrasante majorité des «Epstein files» n’ont pas encore été dévoilés, une victime du pédocriminel vient de confier un horrifiant témoignage aux journalistes de la BBC. Agée de 19 ans au moment de rencontrer le millionnaire décédé en prison, la jeune mannequin, restée anonyme, avait été invitée dans sa maison de Palm Beach. Son récit glaçant fait écho aux témoignages des survivantes ayant rassemblé le courage de prendre la parole, comme Virginia Giuffre, qui s’est suicidée en avril 2025, Maria Farmer ou encore Sarah Ransome.

Via le prénom d’emprunt de «Nicky», la jeune femme révèle notamment que Jeffrey Epstein avait l’habitude de lui demander des massages, avant d’exiger qu’elle retire son haut: «J’ai pensé qu’il était juste un vieux mec riche avec un fétiche, raconte-t-elle auprès du média britannique. Je me suis dit 'allons-y', puisque cela me permettait de payer mon loyer.»

Or, au fil de leurs entrevues, Epstein devient de plus en plus insistant, essayant notamment de déboutonner le jeans de la jeune femme, sans son accord. Nicky prétexte immédiatement d’avoir ses règles, espérant calmer ses ardeurs. Il continue d’insister. Décidée à «sortir de là au plus vite», elle s’apprête à partir lorsque Epstein lui propose un verre d’eau, qu’elle accepte. Puis, c’est le trou noir: «Je ne me souviens absolument pas des douze heures qui ont suivi cette gorgée d’eau», déplore-t-elle.

«Nous ne sommes que des pions politiques»

Nicky se réveille nauséeuse et déboussolée, ausculte son corps et réalise que le pédocriminel l’a probablement droguée pour abuser d’elle. En essayant de quitter la maison, paniquée, elle croise le millionnaire qui lui demande, l’air de rien, de lui offrir un dernier massage. A nouveau, elle affirme qu’elle a ses règles. «Il m’a alors répondu 'Ce n’est pas la peine de me mentir, Nicky'», se souvient la jeune femme. A ses yeux, il s’agit d’un aveu: Epstein n’aurait jamais pu savoir qu’elle n’avait pas ses règles à ce moment-là, s’il ne l’avait pas violée pendant son sommeil.

Aujourd’hui, Nicky est dépitée que les deux millions de documents encore confidentiels n’aient toujours pas été rendus publics: «Le fait d’entendre constamment parler d’Epstein, sur chaque chaîne télé, sur la Une des magazines qu’on croise dans la file d’attente du supermarché et sur les réseaux sociaux, nous empêche de guérir, déplore-t-elle. Nous, les survivantes, ne sommes devenues que des pions politiques: c’est dégoûtant.»

Dans les colonnes du «Guardian», la journaliste britannique Amelia Gentleman tenait un discours similaire: «Dans la hâte de lire et de republier les documents qui ont été diffusés, la responsabilité des médias est aussi simple qu’exigeante: garder les victimes au centre du propos et de rappeler que ce sont elles qui ont payé le plus lourd tribut. Nous devons nous souvenir qu’il ne s’agit pas seulement d’histoires intrigantes entourant des hommes puissants, mais des récits de femmes aux vies brisées.»

«Les victimes sont objectifiées, réduites à des corps»

La question est délicate, dans la mesure où il est également requis de protéger l’anonymat des victimes, dont les noms sont caviardés lorsqu’ils apparaissent dans les «Epstein files». Or, pour Catalina Woldarsky, psychologue et psychothérapeute FSP spécialisée en thérapie centrée sur les émotions, le discours s’éloigne actuellement trop des femmes concernées:

«Je trouve très perturbant de voir à quel point la situation d’Epstein a été médiatisée, alors que les victimes sont très peu mentionnées, déplore-t-elle. Même s’ils sont blâmés et accusés, les hommes sont nommés et identifiés, alors que les filles représentent juste des corps, dans cette histoire, ce qui contribue à les objectifier. Elles ne sont même pas nommées, dans la majorité des médias.»

Pour notre experte, ce scandale prend racine dans un paradigme sexiste qui touche à la société tout entière, qui trempe dans un système de pouvoir très genré: «Il ne s’agit pas seulement d’un scandale individuel, mais l’incarnation d’un aspect systémique, pointe-t-elle. On peut se poser la question: quel genre de société peut rendre possible de tels comportements et fermer les yeux sur une telle violence sexuelle, pendant si longtemps? Une société patriarcale.»

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