L'enquête sur l'incendie de Crans-Montana prend une nouvelle tournure. Jusqu'à présent, l'attention s'était principalement portée sur le couple Moretti, propriétaire du bar «Le Constellation». Désormais, les autorités elles-mêmes sont de plus en plus mises en cause.
Des problèmes structurels apparaissent au grand jour: manque de personnel, surcharge de travail, absence de contrôles de sécurité. Les autorités ont été averties, mais rien n'a changé. Jusqu'à la catastrophe du 1er janvier 2026, qui a fait 41 victimes.
Contrôles négligés
Non seulement la Municipalité, mais même le canton semblait savoir que les contrôles n'étaient pas pleinement appliqués. Le sujet avait été abordé à plusieurs reprises lors des formations dispensées par le service cantonal de protection incendie. L'ancien chef de la sécurité, avait notamment déclaré lors de son interrogatoire: «Tout le monde était au courant!» Il a alors cité le chef des pompiers, les inspecteurs régionaux et le chef du département de la sécurité civile et militaire. «Ils nous ont tous dit que nous devions faire de notre mieux et au moins vérifier les logements», a-t-il déclaré.
L'actuel chef de la sécurité à Crans-Montana a raconté lors de son audition que son équipe devait, selon la loi, effectuer 500 contrôles par an. Mais les ressources manquaient, et pas uniquement à Crans-Montana. En 2025, seuls 119 établissements ont pu être contrôlés. «On s'est concentré sur les maisons et les écoles. Les bars et les restaurants ont été négligés.»
L'ancien chef de la sécurité a confirmé ces propos. En raison du manque de personnel, il était impossible de respecter la loi. Dans ses rapports annuels, il a régulièrement signalé cette problématique. Celui qui a pris la relève a également indiqué qu'il avait parlé directement du problème avec le conseiller municipal responsable.
Le parquet ne pardonne pas
Seulement voilà: les deux chefs de la sécurité étaient très bas dans la hiérarchie. Leurs interrogatoires laissent entrevoir une défaillance plus importante et systématique. Mais pour le Ministère public, ils sont tout sauf de simples figurants. Aujourd'hui, ils sont accusés d'incendie criminel par négligence, d'homicide par négligence et de blessures corporelles graves par négligence. La semaine dernière, leurs téléphones portables et leurs disques durs ont été saisis.
Le dernier contrôle du «Constellation» a eu lieu il y a plus de six ans. Or, selon la loi valaisanne, les établissements publics tels que les bars et les restaurants doivent être contrôlés chaque année. C'est la commune qui est compétente dans ce domaine.
Le parquet a ordonné la saisie de tous les courriels de l'administration municipale à compter du 1er janvier 2015. Les enquêteurs ont ainsi accès à tous les messages envoyés et reçus par les employés et les responsables municipaux. «Il existe de forts soupçons quant à la responsabilité des employés municipaux dans l'incendie», précise l'ordonnance.
Les conséquences de ces négligences
L'état du bar lui-même montre quelles ont été les conséquences de ces lacunes de contrôle: les voies d'évacuation n'étaient pas claires, les issues de secours étaient en partie bloquées ou fermées.
De la mousse acoustique avait été appliquée sur les plafonds et les murs. Résistante au feu? Ce n'est pas clair non plus. Lors du dernier contrôle en 2019, cette mousse n'est pas mentionnée.
Une enquête est en cours pour savoir si ces négligences ont eu une véritable influence sur la catastrophe. Jusqu'à présent, les conseillers communaux et le président de la commune de Crans-Montana n'ont pas eu à répondre de leurs actes.
Ignorer les avertissements, est-ce un crime?
Plusieurs avocats des victimes demandent que l'enquête pénale soit étendue au conseil municipal. Concrètement, le Ministère public devrait ouvrir des procédures contre le président de la commune Nicolas Féraud et le chef de la sécurité Patrick Clivaz. Ces derniers, ainsi que de nombreux autres fonctionnaires, devraient être interrogés dans ce cadre.
L'expert en droit pénal André Kuhn avait expliqué à Blick que le conseil communal pouvait être poursuivi pénalement si des défaillances dans sa gestion de la municipalité étaient établies. Au moins une famille de victimes a par ailleurs déposé une plainte pénale contre Nicolas Féraud – pour lésions corporelles par négligence, mise en danger intentionnelle de la vie d'autrui et incendie criminel par négligence.
Le Ministère public n'a toutefois pas réagi à ces demandes. Pour l'heure, la présomption d'innocence s'applique aux employés municipaux. On ignore encore qui sera finalement tenu pénalement responsable. Mais il ne fait guère de doute que, dans cette affaire, plusieurs avertissements émis sont restés lettre morte.