Un expert fait le point
La seule issue du bar «Le Constellation» était une vraie fournaise

L'analyse des photos du bar «Le Constellation» révèle des scènes effroyables et les conditions inimaginables pour les victimes. La seule issue depuis le sous-sol s'était transformée en une véritable fournaise et le danger était encore présent au rez-de-chaussée.
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C'est par cet escalier étroit que les clients du bar ont tenté de s'échapper la nuit de l'incendie.
Photo: DR
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Sandro Zulian

Le soir du Nouvel An, le bar «Le Constellation» à Crans-Montana a été ravagé par un incendie, 41 jeunes ont perdu la vie et de nombreux autres ont été gravement brûlés. C'était le 1er janvier 2026, à 1h26 du matin. Dans le sous-sol du bar, des cierges magiques fixés sur des bouteilles de champagne ont mis le feu au plafond. Les panneaux acoustiques en mousse, vieux de près de dix ans, ont pris feu et les flammes se sont propagées rapidement. 

Mercredi, les premières images de l'intérieur du bar après l'incendie ont été diffusées et nous avons demandé à l'expert Marcus Alter de les analyser. Spécialisé en prévention et protection incendie des bâtiments chez Ignis Protect GmbH à Worms, en Allemagne, Marcus Alter a auparavant été pompier professionnel pendant plus de 25 ans.

Le sous-sol dur bar a dû être soumis à des conditions extrêmes, assène Marcus Alter: «La fumée s’est enflammée presque instantanément et un mur de feu a ravagé toute la pièce.» C'est ce qu'on appelle un «flashover». Après cela, la situation s'est empirée: «C'est surtout la fumée et la chaleur qui étaient les plus dangereuses», affirme Marcus Alter.

Une chaleur de 300 degrés

Même dans ce cas de figure, les lois fondamentales de la physique s'appliquent: «La chaleur monte.» Et de même: « Les températures extrêmes sont montées comme par une cheminée», détaille l'expert.

Ces scènes sont inimaginables: des gens courant en panique dans le seul escalier disponible, espérant être en sécurité au rez-de-chaussée, avec une chaleur dépassant les 300 degrés Celsius dans le dos. Mais même arrivés au rez-de-chaussée, les rescapés étaient encore en grand danger. «Les températures étaient extrêmes là-haut aussi», affirme Marcus Alter.

Les photos le montrent clairement. «On voit bien que des panneaux du plafond sont encore accrochés», poursuit l'expert. Les rescapés au sous-sol et «ceux qui sont montés par l'escalier ont reçu des projections de liquide enflammé sur la tête».

La chaleur s'est répandue comme dans une cheminée du sous-sol au rez-de-chaussée, où elle a endommagé le plafond en plastique.
Photo: DR

«Ce qui m'a immédiatement sauté aux yeux, c'est le loquet», ajoute-t-il. L'une des photos montre un loquet en haut d'une porte. Il s'agit de la porte de service du rez-de-chaussée, qui donne directement sur l'extérieur.

Les clients du bar ont probablement tenté de forcer cette porte.
Photo: DR

«Il n'y a pas de serrure sur le loquet. Si les gens avaient su qu'ils pouvaient simplement ouvrir ce verrou, ils l'auraient fait.» Cette photo l'a «profondément perturbé», reconnait-il. «Le verrou était sans doute à portée de main, mais il était dissimulé par l'épaisse fumée. La barre fortement déformée montre la panique et la peur de ceux qui avaient tenté, malheureusement en vain et avec leurs dernières forces, de trouver un chemin vers l'extérieur.» Marcus Alters poursuit: «Même si quelqu'un avait repéré le verrou après les premières tentatives infructueuses, il n'aurait pas pu être ouvert car il était trop déformé.»

L'équivalent de huit maisons

«Dans la phase initiale, il s'agissait d'un incendie de matières plastiques. Plus il y a de matières plastiques qui s'enflamment, plus la fumée devient opaque.» La fumée s'assombrit en brûlant parce que la combustion incomplète libère de grandes quantités de particules de carbone imbrûlées, c'est-à-dire de la suie. Ces particules absorbent et diffusent la lumière de manière extrêmement intense, ce qui rend la fumée noire et opaque. «Non seulement cette fumée noire et dense est opaque, mais aussi très toxique à cause des substances comme le cyanure d'hydrogène, les dioxines et les furanes.» 

Ces états toxiques peuvent être atteints très rapidement. «10 kilogrammes de mousse, comme celle qu'on trouve dans les tissus d'ameublement ou les matelas, peuvent produire entre 20'000 et 25'000 mètres cubes de fumée en cas d'incendie», explique Marcus Alter. Cela équivaut approximativement au volume de fumée de six à huit maisons individuelles. Plus alarmant encore, «même de petites quantités de mousse, comme celles qu'on trouve dans une corbeille à papier, peuvent suffire à remplir une pièce entière d'une fumée mortelle».

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