Actes de torture
Israël accusé de mener une mission d'extermination en Cisjordanie

Une commission d’enquête mandatée par l’ONU accuse Israël de crimes contre l’humanité en Cisjordanie, dont celui d’extermination. Israël rejette fermement ces conclusions, qu’il qualifie de «propagande».
Prix Nobel de la paix 2026, la juriste sud-africaine Navi Pillay fait partir de la commission d'enquête.
Photo: IMAGO/Agencia EFE
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AFP Agence France-Presse

Une commission d’enquête internationale mandatée par l’ONU a accusé lundi Israël de commettre des crimes contre l’humanité contre les Palestiniens en Cisjordanie, dont celui d’extermination, ainsi que des actes de torture et des persécutions, tout en maintenant ses accusations de génocide à Gaza.

La diplomatie israélienne a répondu en qualifiant, dans un communiqué, ces conclusions de «propagande déconnectée de la réalité, visant à saper le droit d’Israël à se défendre, à délégitimer l’Etat juif et à légitimer le terrorisme jihadiste contre ses citoyens».

Un peu plus tôt, l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies à Genève avait appelé la communauté internationale à exiger la «dissolution immédiate» de cette commission d’enquête, dont l’ancienne présidente est la lauréate 2026 du prix Nobel de la paix, la juriste sud-africaine Navi Pillay.

Mesures concrètes demandées

Lors de la présentation de ce rapport à l’ONU à New York, l’ambassadeur palestinien Riyad Mansour a pour sa part exhorté la communauté internationale à «aller au-delà des déclarations et à prendre des mesures concrètes pour protéger le peuple palestinien», ainsi qu’«à tenir les responsables de crimes pour comptables de leurs actes».

Créée en 2021, cette commission indépendante avait conclu l’an dernier qu’Israël commettait un «génocide» à Gaza, des accusations que les autorités israéliennes qualifient de «mensongères» et «antisémites», tout comme les nouvelles accusations de crimes contre l’humanité en Cisjordanie.

Dans son nouveau rapport, publié juste avant les élections législatives israéliennes mardi, la commission «conclut que les autorités et les forces israéliennes ont commis en Cisjordanie des crimes contre l’humanité d’extermination, de torture, de viol et d’autres formes de violence sexuelle, ainsi que de persécution, fondés sur des motifs discriminatoires qui se recoupent, au cœur desquels figurent la nationalité, la race et l’appartenance ethnique».

Colonies illégales

Le 4 septembre, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme avait déjà accusé Israël d’avoir déplacé de force plus de 33'000 Palestiniens de trois camps en Cisjordanie début 2025, évoquant la possibilité d’un crime contre l’humanité et d’un nettoyage ethnique.

Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967. Plus de trois millions de Palestiniens y vivent, ainsi que 500'000 Israéliens dans des colonies illégales au regard du droit international, dans un climat de violence exacerbée de part et d’autre, qui s’est encore tendu à l’approche des législatives israéliennes.

Depuis les attaques inédites commises par le Hamas palestinien sur le sol israélien le 7 octobre 2023, qui ont déclenché la guerre à Gaza, l’expansion de la colonisation en Cisjordanie se manifeste par la rapide augmentation du nombre d’«avant-postes».

«Punir collectivement»

La commission de l’ONU souligne une forte dégradation de la situation dans ce territoire: alors que six Palestiniens avaient été tués par des frappes aériennes entre 2008 et le 6 octobre 2023, 254 l’ont été entre le 7 octobre 2023 et le 30 septembre 2026.

Dans son rapport, elle estime que les autorités israéliennes ont cherché à «punir collectivement» la population civile de Cisjordanie en réaction aux attaques du Hamas. Selon elle, Israël mène depuis «une attaque généralisée et systématique contre les civils, au moyen d’opérations militaires renforcées par des violences persistantes de colons».

A Gaza, plus de 1500 Palestiniens ont par ailleurs été tués depuis la trêve d’octobre 2025, selon le ministère de la Santé placé sous l’autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.

Conditions de vie indignes

«Le comportement des autorités et des forces armées israéliennes s’inscrit dans une stratégie plus large visant à exterminer et à déplacer les Palestiniens, et à leur imposer des conditions de vie invivables», a commenté le nouveau président de la commission, l’Indien Srinivasan Muralidhar. S’exprimant en visioconférence devant la commission sociale, humanitaire et culturelle de l’Assemblée générale de l’ONU, celui-ci a déclaré ne pas avoir obtenu de visa.

Son rapport dénonce par ailleurs les violences de l’Autorité palestinienne contre des membres de groupes armés rivaux et la répression des opposants civils et politiques. Il lui reproche également de ne pas mener d’enquêtes rapides, efficaces et impartiales sur ces violences.

Egalement privée d’entrée sur le territoire américain, la rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a présenté en visioconférence lundi un rapport sur la couverture médiatique de ces événements. «Dans chaque génocide, la déshumanisation, le contrôle de l’information et la complicité des médias rendent la destruction d’un peuple acceptable», a-t-elle notamment soutenu.

Dans une décision retentissante en janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a appelé Israël à prévenir tout acte de génocide à Gaza, mettant en garde contre un «risque réel et imminent» de «préjudice irréparable» pour les Palestiniens.

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