La police israélienne a annoncé lundi l’arrestation de dix personnes soupçonnées d’être impliquées dans des attaques perpétrées par des colons contre une photographe américaine et un maire français en visite en Cisjordanie occupée avec un convoi de diplomates européens.
«A la suite des graves violences survenues au cours du week-end», la police israélienne a procédé à plusieurs arrestations «avant l’aube», dans le cadre d’une enquête menée en Cisjordanie en coopération avec le Shin Bet (service israélien de sécurité intérieure), a-t-elle indiqué dans un communiqué. «Dix suspects ont été arrêtés et transférés pour être interrogés», a-t-elle ajouté. «En fonction des conclusions de l’enquête, ils seront ultérieurement déférés devant un tribunal.»
Convoi de diplomates attaqué
Des colons ont attaqué samedi un convoi de diplomates européens en visite en Cisjordanie, rouant de coups Bernard Baudoux, 78 ans, maire communiste d’Aulnoye-Aymeries, dans le nord de la France. La veille, des colons avaient grièvement blessé Heidi Levine, une photographe américaine du «Washington Post» en reportage dans le territoire occupé par Israël depuis 1967.
Les violences commises par des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie se sont fortement intensifiées ces derniers mois, avec une nouvelle recrudescence à l’occasion de la récolte des olives. «La loi en Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie, NDLR) s’applique à tous, indépendamment de leur identité ou de leur affiliation», a affirmé le commandant en chef de la police, Danny Levy.
L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, a salué ces arrestations, les qualifiant d’«avancée très positive dans la recherche et la condamnation des auteurs de l’agression violente et des coups infligés à Heidi Levine», qui avait été transportée à l’hôpital avec des vertèbres fracturées.
«Terrorisme juif»
L’Union européenne avait de son côté «fermement» condamné l’attaque contre le convoi diplomatique européen. Le bureau du premier ministre Benjamin Netanyahu a pris la défense des colons après les attaques contre la journaliste américaine et contre les diplomates européens, dénonçant une campagne de «diffamation».
A la tête d’un gouvernement favorable à la colonisation en Cisjordanie occupée, Benjamin Netanyahu brigue un nouveau mandat lors des élections législatives du 27 octobre. De son côté, l’opposition a estimé que les attaques visant des ressortissants occidentaux ternissaient l’image d’Israël, et a accusé le premier ministre de laisser ces violences se perpétuer.
Le principal rival de Benjamin Netanyahu, Gadi Eisenkot, a dénoncé samedi des actes de «terrorisme juif» menés «sous les auspices du gouvernement». «Une poignée de criminels est en train d’épuiser le peu de crédit que possède encore l’Etat d’Israël», a ajouté cet ancien chef d’état-major de l’armée.
Une campagne de «nettoyage ethnique»
Ces actes de violence ont conduit le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, à accuser Israël de mener une campagne de «nettoyage ethnique». Son gouvernement a récemment imposé des sanctions sur les produits en provenance des colonies.
Alors que le délai fixé pour le dépôt des appels d’offres relatifs à de nouvelles constructions dans un gigantesque ensemble de colonies à l’est de Jérusalem, baptisé E1, arrivait à échéance lundi, Ed Miliband a mis en garde les entreprises qui seraient tentées d’y prendre part.
«Elles devraient être conscientes des conséquences juridiques et des risques pour leur réputation, notamment du risque de se retrouver impliquées dans de graves violations du droit international», a-t-il déclaré dans un communiqué.
Un sentiment d’impunité
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a réagi en dénonçant l’«obsession» du gouvernement britannique d’Andy Burnham à l’égard d’Israël. «L’époque où Israël acceptait silencieusement les menaces, les sanctions et les tentatives visant à lui dicter ses politiques est révolue», a déclaré Gideon Saar.
Les attaques de colons radicaux sont rarement suivies de poursuites, selon des ONG israéliennes et palestiniennes, ce qui entretient un sentiment d’impunité. Ces attaques prennent notamment la forme d’agressions physiques, d’accaparements de terres, de vols de récoltes et d’actes de vandalisme visant des lieux de culte et des habitations.
Plusieurs journalistes palestiniens et étrangers ont été pris pour cible. Début octobre, des colons avaient roué de coups Jaafar Ashtiyeh, photographe de l’AFP. En juillet, une équipe de la chaîne américaine CNN avait été agressée près de Ramallah. Plus de 500'000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d’environ trois millions de Palestiniens.