Un scrutin sous tension
En Bosnie, les divisions de la guerre au cœur des élections

Les Bosniens votent dimanche pour renouveler leurs institutions dans un pays toujours profondément divisé. Héritées de la guerre des années 1990, les tensions communautaires dominent la campagne.
Milorad Dodik, figure incontournable de la politique serbe de Bosnie, reste au cœur de la campagne électorale.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Les Bosniens sse sont rendus aux urnes dimanche pour des élections générales au terme d'une campagne dominée par des partis qui s'inscrivent dans les divisions communautaires héritées de la guerre des années 1990. Quelque 3,4 millions d'électeurs sont appelés à élire des responsables d'un millefeuille institutionnel - issu de l'accord de paix de 1995 - de partage du pouvoir entre les Bosniaques (musulmans), les Croates (catholiques) et les Serbes (orthodoxes).

Les favoris proposent des visions très divergentes du pays, les Bosniaques étant favorables à un État central fort, les Serbes attachés à leur autonomie et les Croates exigeant une meilleure représentation politique. «La situation dans le pays n'est pas idéale, nous pourrions avancer dans tous les domaines», a dit Drazen Gvozdenovic, 40 ans, après avoir voté à Laktasi, dans le nord de la Bosnie.

Professeur d'accordéon, il dit souhaiter des «améliorations, notamment en matière de salaires et d'emploi, afin que les gens puissent vivre en paix sans avoir à s'inquiéter de pouvoir subvenir à leurs besoins essentiels». Le salaire moyen à augmenté de 570 à 885 euros depuis 2022, mais le coup de la vie a aussi crû de plus de 50 % durant la même période, selon l'union syndicale. Dans ce pays fragmenté, un des plus pauvres d'Europe, ce scrutin est un test pour le dirigeant serbe bosnien, Milorad Dodik.

«Ces escrocs de Sarajevo»

Au pouvoir depuis 2006, ce tacticien chevronné de l'échiquier politique local a été démis en 2025 de ses fonctions de président de la Republika Srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie, pour le non-respect de l'autorité du Haut représentant international, chargé de faire respecter l'accord de paix. «Si nous n'allons pas voter, nous faisons le jeu de ces escrocs de Sarajevo qui tentent de tout truquer pour instaurer une Bosnie unitaire et détruire la Republika Srpska», a-t-il lancé à l'adresse des électeurs après avoir voté à Laktasi.

Interdit par une décision en justice d'être président de la RS pendant six ans, Milorad Dodik, 67 ans, que son entourage qualifie toujours tout simplement de «président», a néanmoins continué à être aux manettes de l'entité, grâce au poids de son parti (Union des sociaux-démocrates indépendants, SNSD), dont il a dirigé la campagne.

Son candidat à la présidence de la RS, Savo Minic, est défié par Branko Blanusa, candidat du Parti démocratique serbe (SDS), également une formation nationaliste mais qui semble chercher un apaisement politique dans le pays dont le rapprochement avec l'Union européenne est à l'arrêt, pour des raisons de crise politique permanente et de manque de réformes.

«Pour la première fois depuis 2006, il existe une chance réelle que le président de la Republika Srpska soit quelqu'un qui n'appartient pas au SNSD et qui n'est pas loyal envers Dodik», estime Adnan Cerimagic, analyste au sein du groupe de réflexion European Stability Initiative (ESI).

Participation moindre

La Bosnie est divisée en deux entités autonomes, chacune avec son gouvernement: la RS et la Fédération croato-bosniaque, elle-même morcelée en dix cantons, avec leurs propres gouvernements. Tout est chapeauté par un gouvernement central et une présidence tripartite.

Les électeurs votent pour élire plus de 500 députés et autres responsables, dont les membres de la présidence. Dans un pays où les accusations de fraudes sont régulières, les bulletins seront pour la première fois scannés dans les bureaux de vote et le comptage sera automatique. Les formations bosniaques se présentent en défenseurs de l'État central et de l'intégrité du pays.

Se targuant des «victoires» en justice «contre les séparatistes», le membre bosniaque sortant de la présidence, Denis Becirovic, cadre du Parti social-démocrate (SDP) qui brigue le même poste, a appelé à l'"unité pour l'État de Bosnie-Herzégovine». Son adversaire pour la position à la présidence, Bakir Izetbegovic, dirigeant du Parti de l'action démocratique (SDA, nationaliste), affirme que «la chute libre» du pays ne peut être arrêtée que par sa formation et promet de «redonner la force aux Bosniaques».

L'ouverture du vote a été retardée dans plusieurs dizaines de bureaux en raison de problèmes techniques, alors que le pays déployait pour la première fois un système d'identification biométrique et de numérisation des bulletins. Quatre heures avant la fermeture des bureaux, les chiffres provisoires de participation atteignaient 27%, soit une baisse de 8% par rapport au dernier scrutin de 2022. Les premiers résultats sont attendus dans la soirée de dimanche.

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