Les récits de prétendus «safaris de Sarajevo» continuent de soulever des questions, plus de trente ans après la guerre de Bosnie. Pendant le siège de la ville, entre 1992 et 1995, de riches étrangers auraient payé pour tirer sur des civils depuis les positions des forces serbes dans les collines environnantes.
Plusieurs experts mettent en doute ces accusations. La justice milanaise a néanmoins ouvert une enquête sur ces supposés «touristes snipers». Des investigations ont aussi été lancées en Autriche et en Belgique.
La Suisse dans le viseur
Ces soupçons sont désormais examinés en Suisse. Selon les informations de Blick, le Ministère public de la Confédération (MPC) a reçu des plaintes pénales mentionnant de possibles auteurs et complices originaires du pays.
Son porte-parole, Maximilian Tikhomirov, confirme avoir reçu ces plaintes, sans donner de détails. «Nous examinons les plaintes selon la procédure habituelle», déclare-t-il. Aucune procédure pénale n’a encore été ouverte. Le MPC doit d’abord déterminer si les éléments transmis justifient une enquête et si l’affaire relève de sa compétence.
A Milan, la justice est allée plus loin. En février, elle a interrogé un homme de 80 ans originaire du nord de l’Italie. Selon les accusations examinées par les enquêteurs, cet homme, décrit comme proche de l’extrême droite, se serait vanté d’avoir tiré sur des personnes désarmées pour s’amuser. Il nie fermement les faits.
De simples rumeurs?
Les histoires de «safaris de tireurs d’élite» circulent depuis des décennies. L’auteur milanais Ezio Gavazzeni a contribué à relancer l’affaire en déposant une plainte en Italie. Avec une petite équipe, il s’est intéressé à de riches étrangers qui auraient versé des dizaines de milliers de francs à des soldats serbes entre 1992 et 1995 pour pouvoir tirer sur des civils.
Selon les récits recueillis par Ezio Gavazzeni, des tarifs auraient même été fixés en fonction des victimes, allant jusqu’à 25’000 euros pour un homme, 40’000 pour une femme et près de 50’000 pour un enfant. Ces montants ne sont toutefois pas établis. Au printemps, l’auteur a publié I cecchini del weekend («Les tireurs du week-end»), un livre qui a attiré l’attention bien au-delà de l’Italie.
Des experts contestent cependant l’idée de chasses à l’homme organisées de manière systématique et relèvent des incohérences dans ses recherches. Deux témoins clés ont ensuite pris leurs distances avec la façon dont leurs propos sont présentés dans le livre.
Les éléments rassemblés par Ezio Gavazzeni font malgré tout l’objet d’enquêtes dans plusieurs pays. L’auteur affirme avoir aussi transmis au MPC des informations et les noms de témoins potentiels.
«Des Suisses ont participé à cette chasse à l’homme»
En mars, Ezio Gavazzeni déclarait à la SonntagsZeitung que des Suisses auraient pris part aux faits dénoncés. «Oui, des Suisses ont également participé à cette chasse à l’homme», affirmait-il.
Il apporte désormais des précisions. Selon lui, des Suisses et des Italiens auraient fréquenté à l’époque un marchand d’art établi à Lugano, au Tessin. Parmi eux figuraient des chasseurs qui se seraient rendus ensemble en Bosnie pour participer à ces prétendus «safaris de tireurs d’élite».
Le marchand d’art n’aurait pas lui-même pris part à ces voyages, mais aurait eu connaissance de ce qui s’y passait. Ezio Gavazzeni affirme tenir cette information de deux sources indépendantes.
A ce stade, aucune preuve tangible ne permet d’établir ces accusations. Les enquêtes devront déterminer ce qui relève de faits vérifiables et ce qui tient de récits transmis depuis des années.
Réunion internationale des enquêteurs
Fin juin, des enquêteurs venus d’Italie, d’Autriche, de Bosnie-Herzégovine et de Belgique se sont réunis à La Haye, au siège d’Eurojust, l’agence européenne de coopération judiciaire. Ils ont échangé sur l’avancée de leurs investigations.
En Suisse, le MPC doit décider si les informations dont il dispose permettent d’ouvrir une procédure pénale. Il est aussi en contact avec la justice milanaise. Pour l’heure, les autorités suisses n’ont reçu aucune demande d’entraide judiciaire de l’Italie.