Après l'attentat de Berlin
«Il existe des foyers d'extrémisme dans toutes les grandes villes»

Après un nouvel attentat à Berlin, l’expert Hans-Jakob Schindler décrypte la mouvance islamiste dans la capitale allemande, ses réseaux et les failles qui favorisent la radicalisation.
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Un attentat a eu lieu lors de la Gay Pride, samedi à Berlin.
Photo: IMAGO/Funke Foto Services
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Natalie Zumkeller

L'émoi est encore vif à Berlin. Samedi, un attentat a été perpétré contre la Gay Pride. Une femme a perdu la vie, 29 autres personnes ont été blessées. Le terroriste, Abdul B., a été abattu dimanche soir lors d'une intervention de la police. 

Ce n'est pas la première fois qu'un tel drame se produit dans la capitale allemande. Dans une interview accordée à Blick, Hans-Jakob Schindler, qui travaille notamment pour l’International Centre for Counter-Terrorism (ICCT), explique comment Berlin est devenu un foyer de l’islamisme radical et quels sont les facteurs qui favorisent cette évolution.

Hans-Jakob Schindler, comment les organisations islamistes radicalisées sont-elles organisées à Berlin?
A Berlin, comme dans l’ensemble de l’Allemagne, la mouvance islamiste est très hétérogène. Elle va des islamistes dits «légalistes», qui cherchent à renverser l’ordre politique en place sans recourir à la violence, jusqu’aux sympathisants de groupes régionaux comme le Hezbollah ou le Hamas, en passant par les partisans d’organisations terroristes internationales telles que l’Etat islamique. A cela s’ajoutent des personnes radicalisées par l’extrémisme islamiste, mais qui ne peuvent pas être clairement rattachées à un groupe terroriste précis.

Pourquoi Berlin est-il un tel foyer d’activité? Qu’est-ce qui favorise les organisations islamistes dans la ville?
En tant que capitale d’un grand pays économiquement puissant comme l’Allemagne, Berlin se retrouve naturellement au centre de l’attention. Mais on y observe aussi des failles que l’on retrouve ailleurs dans le pays. Le danger représenté par l’«islamisme légaliste» a notamment été sous-estimé, en particulier ici. Ces dernières années, les liens entre les réseaux de l’islamisme «légaliste» et ceux de l’islamisme terroriste ont régulièrement été minimisés.

Existe-t-il des mosquées ou d’autres lieux particulièrement identifiés comme des foyers de radicalisation?
Certaines mosquées continuent évidemment de jouer un rôle très problématique dans les processus de radicalisation. Mais il faut aussi tenir compte du fait qu’une partie essentielle de cette radicalisation se déroule désormais en ligne. Les algorithmes des réseaux sociaux renforcent et accélèrent techniquement ces processus. Les entreprises qui exploitent ces plateformes doivent donc être davantage tenues responsables de leur technologie.

Combien de personnes sont considérées comme dangereuses?
Si l’on parle des individus islamistes considérés comme dangereux, c’est-à-dire des personnes susceptibles de recourir à la violence à tout moment, on évoque généralement, pour Berlin, un nombre à deux chiffres. A l’échelle de l’Allemagne, il s’agit de plusieurs centaines de personnes. Il existe toutefois un nombre bien plus important d’extrémistes islamistes enclins à la violence, même s’ils ne passent pas forcément immédiatement à l’acte pour atteindre leurs objectifs.

Existe-t-il des structures politiques qui favorisent la propagation de l’islamisme à Berlin, par exemple des associations ou des groupes de pression?
Le président de l’Office fédéral de protection de la Constitution, Sinan Selen, a mis en garde il y a quelques semaines contre le risque d’infiltration des structures politiques et étatiques par des islamistes. Cela vaut bien sûr aussi pour Berlin, mais ce phénomène ne se limite pas à la capitale.

Quels sont les autres principaux foyers d’extrémisme en Allemagne?
On trouve des foyers d’extrémisme dans pratiquement toutes les grandes villes. Lorsque la «Journée d’Al-Qods», organisée chaque année par des sympathisants du régime iranien, a par exemple été interdite à Berlin, le centre d’activité s’est immédiatement déplacé vers la Hesse et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il est donc difficile de parler de foyers clairement délimités en Allemagne. Ce défi doit être abordé à l’échelle de l’ensemble de la société.

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