«L'effet de surplomb»
Ce phénomène mental émouvant que seuls les astronautes peuvent vivre

Après le survol historique de la face sombre de la Lune, l'équipe d'Artemis II a pu observer la Terre depuis une distance record. Cette expérience incomparable peut mener à un effet psychologique très précis, nommé l'«effet de surplomb».
En apercevant la Terre de si loin, la perception des astronautes est modifiée de manière permanente.
Photo: Keystone
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Se mettre à leur place semble impossible. Mais essayons quand même: enfermé dans une capsule de neuf mètres cube, lachée au milieu de l'espace, vous risquez un coup d'oeil par votre hublot. Plutôt que le tapis de nuages qu'on aperçoit généralement depuis la fenêtre d'un avion, vous voyez une minuscule bille bleue, très lumineuse, perdue dans le néant. C'est la Terre, laissée à plus de 406'000 kilomètres derrière vous (un record!) et qui abrite... à peu près tout ce que vous connaissez. 

Que se passe-t-il dans le cerveau des rarissimes personnes qui vivent cette expérience extraordinaire? Ainsi que le souligne la CNN, cela peut mener à un phénomène psychologique spécial, qui impacte uniquement les astronautes: il s'agit de l'effet de «surplomb» (ou «overview effect», un terme inventé par l'auteur scientifique américain Frank White et décrit dans un ouvrage publié en 1987. 

«Le fait de voir la Terre de si loin nous transforme pour toujours, note la NASA sur son site officiel. Depuis qu'Alan Shepard est devenu le premier Américain à poser les yeux sur notre planète depuis l'espace, d'innombrables astronautes ont affirmé s'être sentis subjugués par cette vue stupéfiante et le changement de perspective profond qui s'en est suivi.»

«Nous nous ressemblons tous»

En d'autres termes, ce phénomène impacte fortement le regard que les astronautes posent sur leur foyer. Les effets seront d'autant plus intenses que leur séjour dans l'espace a été long, et modifie de manière permanente leur attachement à la Terre. Selon les mots de l'astronaute Jeremy Hansen, pour lequel Artemis II était la toute première mission spatiale, l'expérience «tord» carrément l'esprit. 

«On se rend compte, alors, que chaque personne qu'on connaît vit à l'intérieur de la ligne verte qui délimite l'atmosphère, a notamment expliqué Christina Koch, membre de l'équipe d'Artemis II, toujours selon la NASA. Tout ce qui se situe en-dehors nous est complètement hostile. On ne voit plus les frontières, ni les clivages religieux ou politiques. Tout ce qu'on perçoit, c'est la Terre, et à quel point nous nous ressemblons toutes et tous.» 

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L'idée que l'humanité entière soit unie par un immense attachement à cette planète devient omniprésente. Ainsi que le soulignait Victor Glover, autre membre du quatuor, de nombreux astronautes ressentent soudainement le besoin de vivre différemment, après leur retour, de renforcer leur sens de la communauté et de prendre mieux soin de leur planète. Certains consacrent même leur existence au service de l'environnement, après avoir reposé pied sur le sol terrestre. 

«Nous choisirons toujours la Terre»

Par ailleurs, les récents propos émouvants de Christina Koch démontrent à quel point l'effet de surplomb peut mettre en évidence notre attachement profond envers la Terre: «Nous allons explorer, construire des vaisseaux et visiter l'espace à nouveau, a-t-elle affirmé, d'après la CNN. Nous inspirerons les autres. Mais en fin de compte, nous choisirons toujours la Terre. Nous nous choisirons toujours les uns les autres.» 

Cela suggère que malgré les projections dystopiques d'une future vie sur Mars, nous ne sommes pas près d'abandonner notre planète bleue. Quelque chose nous y attache, corps et âme, selon les astronautes. Et mieux vaut les croire sur parole: ils sont les seuls qui savent. 

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