Population en baisse au premier semestre
Assomés, les retraités suisses fuient le canton de Zoug

Zoug se vide de ses habitants! Au premier semestre, la population cantonale a reculé, portée par un exode particulièrement marqué chez les retraités. La classe moyenne âgée n'arrive tout simplement plus à joindre les deux bouts, alertent les experts. Une lecture que les autorités cantonales contestent.
1/7
Ces dernières années, les Suisses ayant quitté le canton de Zoug ont été nettement plus nombreux que ceux à y être arrivés.
Photo: Sven Thomann

En bref

  • La population de Zoug a diminué au premier semestre
  • Incapables de supporter les loyers, les retraités suisses sont nombreux a quitter le canton
  • Le canton réfute cette lecture et espère remédier à la pénurie de logement à l'horizon 2030
20398918 AuthorPlaceholder.png
Martin Schmidt

Zoug est depuis longtemps perçu comme un petit paradis. Le canton est réputé non seulement pour ses paysages pittoresques, mais surtout pour sa fiscalité avantageuse, ses faibles primes d’assurance-maladie, son niveau de sécurité élevé et son marché de l’emploi particulièrement attractif.

Mais cette image commence à se fissurer. En cause: le coût de la vie, qui pousse de nombreux Suisses à quitter le canton. Au point que sa population a reculé au premier semestre.

Pénurie de logements record

Aucun autre canton du pays ne connaît une pénurie de logements aussi marquée que Zoug, avec des répercussions directes sur les loyers. «Ces dernières années, on constate que de plus en plus de personnes âgées quittent Zoug», explique Hendrik Budliger, du bureau de recherche et de conseil Demografik.

Son hypothèse est la suivante: «A la retraite, les revenus diminuent nettement. Les retraités profitent donc moins de la faible fiscalité, tout en continuant de payer des loyers très élevés. Pour beaucoup, cela devient tout simplement trop lourd.»

Cette situation touche de nombreux ménages, jusque dans la classe moyenne supérieure. Les retraités les plus fortunés sont en revanche moins concernés, puisqu’ils continuent de bénéficier d’une fiscalité avantageuse sur la fortune après leur départ à la retraite.

Plus de départs que d'arrivées

Le cas de Zoug interpelle particulièrement par la situation des retraités suisses, une population qui, en règle générale, change très rarement de canton de résidence. «A Zoug, ils sont nombreux à le faire, dans des proportions inhabituelles», relève Hendrik Budliger.

Les aînés ne sont d’ailleurs pas les seuls à quitter ce «paradis fiscal» sous l’effet de la pression financière. Au cours des quinze dernières années, le solde migratoire interne du canton n’a été positif qu’à trois reprises pour les citoyens suisses. Autrement dit, presque chaque année, davantage de Suisses quittent Zoug pour un autre canton qu’il n’en arrive.

Un constat confirmé par les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS): chez les Suisses de plus de 65 ans, Zoug a enregistré ces trois dernières années 107 départs de plus que d’arrivées en moyenne par an. Au cours des douze années précédentes, cet écart annuel n’était que de 37 personnes en moyenne.

Des loyers très onéreux

La vitalité économique du canton de Zoug attire chaque année de nombreux résidents fortunés, accentuant la pression sur un marché du logement déjà difficilement accessible à la classe moyenne. En août dernier, la banque zurichoise Vontobel a par exemple annoncé l’installation de son nouveau siège à Baar, où quelque 1500 collaborateurs doivent la rejoindre.

En ville de Zoug, le revenu imposable moyen atteint 207'000 francs. Un niveau qui permet à une partie de la population d’absorber sans grande difficulté des loyers particulièrement élevés.

Cette forte demande a fait flamber les loyers proposés sur le marché ces dernières années. «L’offre d’appartements à louer ne parvient tout simplement pas à suivre la demande», explique l’expert immobilier Donato Scognamiglio. Selon une analyse du cabinet de conseil immobilier Iazi, un logement mis en location coûte aujourd’hui en moyenne près de 50% de plus qu’il y a dix ans. En ville de Zoug, le loyer moyen atteint 2600 francs pour un 2,5 pièces et frôle les 4000 francs pour un 4,5 pièces, hors charges.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le coût du logement figure en tête des préoccupations de la population zougoise dans les sondages. La crainte de devoir quitter le canton est bien réelle: lorsqu’un bail est résilié en vue de travaux de rénovation, même des personnes de plus de 80 ans – pourtant peu enclines à déménager à cet âge – finissent régulièrement par s’installer ailleurs.

Face à l’ampleur du problème, Donato Sgnamiglio observe toutefois une évolution des mentalités: «Dans un canton bourgeois comme Zoug, l’opposition à cette évolution a longtemps été limitée. Mais aujourd’hui, les habitants prennent de plus en plus conscience du revers de la médaille et se montrent plus critiques.» D’autant que le canton compte désormais une majorité de locataires.

Le canton réfute les conclusions des experts

Ce n’est pas la première fois que la population zougoise recule au cours du premier semestre. Sur l’ensemble de l’année, la tendance reste toutefois à la hausse, notamment grâce à l’arrivée de contribuables aux revenus très élevés.

Cette progression se concentre surtout sur la seconde moitié de l’année. A l’approche de l’automne, de nouveaux ensembles résidentiels sont livrés et de nombreux expatriés récemment installés prennent leurs fonctions. Une partie d’entre eux finissant par obtenir la nationalité suisse, le solde de la population helvétique à Zoug reste lui aussi positif au bout du compte, alors que les seules naissances ne suffisent pas à compenser les nombreux départs de citoyens suisses.

Du côté des autorités cantonales, on réfute l’idée d’un exode de la classe moyenne âgée. «Nous ne jugeons pas plausible la thèse selon laquelle la majeure partie des personnes de 65 ans et plus quitteraient le canton en raison de loyers trop élevés, alors que le faible niveau d’imposition ne serait plus un facteur déterminant», indique ainsi l’Office cantonal de la statistique.

La pénurie de logements devrait être atténuée

Le gouvernement cantonal n’entend pas remettre en cause une politique d’attractivité économique qui porte ses fruits depuis plusieurs décennies. «Si nous devions réduire cette attractivité, qui se mesure toujours à l’aune de la concurrence nationale et internationale, les fondements mêmes de notre prospérité seraient menacés. Ce n’est pas la voie choisie par le Conseil d’Etat et ce n’est politiquement pas souhaitable», tranche Silvia Thalmann-Gut, conseillère d’Etat chargée de l’économie.

Avec sa stratégie en matière de logement, le gouvernement espère atténuer la pénurie d’ici 2030 et redonner ainsi un peu d’air à la classe moyenne. Parmi les pistes envisagées figurent notamment une densification des quartiers de villas et la création d’une zone spéciale temporaire.

Dans ce périmètre, les maîtres d’ouvrage pourraient construire sensiblement plus haut, à condition de réserver au moins 40% des logements à des loyers abordables. La mise en place d’un tel zonage devrait toutefois prendre plusieurs années, et de nombreux experts redoutent déjà qu’elle ne s’enlise face à une multiplication des oppositions.

Articles les plus lus