En bref
- Genève refuse à 63% d’assouplir la LDTR, troisième rejet après 2004 et 2016
- L’Asloca salue une mobilisation des locataires contre des ventes jugées spéculatives
- La CGI déplore une occasion manquée et lie l’échec aux craintes après Carl-Vogt
C'est une victoire pour les locataires et une douche froide pour la droite et les milieux immobiliers. Ce dimanche, les Genevois ont refusé à 63% d'assouplir la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d'habitation (LDTR). C'est la troisième fois qu'ils rejettent une réforme censée faciliter l'achat d'un logement par son locataire, après 2004 et 2016.
Adoptée fin 2025 par le Grand Conseil, à majorité de droite, la modification était combattue par un référendum de l'Asloca. L'association de défense des locataires craignait qu'un «oui» n'ouvre la porte à des ventes spéculatives à leurs dépens. Les milieux immobiliers dénonçaient au contraire un cadre légal trop strict, qui empêche de fait les locataires d'acheter leur appartement. Le Conseil d'Etat, lui, avait choisi de ne pas prendre position. La campagne a été âpre, comme l'a montré le débat organisé par Blick. Que dit cette large victoire de l'Asloca du marché genevois du logement? Pour les deux camps, une chose est sûre: la crise actuelle a fait pencher la balance.
«On a réussi à mobiliser les locataires, c'est un grand soulagement», se félicite Christian Dandrès, juriste pour l'Asloca et conseiller national socialiste. Pour lui, le résultat est net et le message clair: «Les locataires veulent qu'on leur fiche la paix.» En 2016, Genève avait rejeté de justesse un texte similaire, à 51% des voix. «Aujourd'hui, c'est encore plus clair, souligne Christian Dandrès. On fait miroiter aux locataires qu'ils pourront acheter leur logement, mais qui en a les moyens? Pas grand monde. Les Genevois n'ont pas cru aux salades de la droite.»
A droite, une «occasion manquée»
Présent dans la cour de l'Hôtel de Ville ce dimanche, Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière (CGI), fait part de son regret. Il y voit une «occasion manquée» d'offrir aux Genevois des solutions face à la pénurie de logements. «On espérait répondre aux craintes des locataires. Manifestement, ce n'est pas le cas», admet-il. Et d'attaquer: «Le gouvernement genevois et l'Asloca semblent largement s'accommoder de cette pénurie.» Il reproche au Conseil d'Etat un manque de planification, qui empêche selon lui de construire davantage.
Le texte était-il mal ficelé? «A chaud, à ce stade de l'analyse, nous n'avons aucune critique sur le texte, rétorque le secrétaire général de la CGI. En réalité, nous l'avions même amplifié pour répondre aux craintes émises après le refus de 2016.» Mais selon lui, le résultat du jour est «clairement dû à un manque de confiance et à une confiance aveugle dans les propos alarmistes de l'Asloca».
Carl-Vogt en toile de fond
Les expulsions musclées du boulevard Carl-Vogt, en début d'année, ont clairement desservi son camp, reconnaît Christophe Aumeunier. «Des amalgames ont été faits pendant la campagne, avance-t-il. L'Asloca en a profité pour brandir le fantôme du congé-vente, qui n'existe pourtant plus dans le canton depuis 20 ans.» Sur ce point, l'Asloca dresse le même constat, mais s'en félicite. «Le comportement des milieux immobiliers et des régies a profondément marqué et fâché les locataires genevois, et ils l'ont exprimé aujourd'hui dans les urnes», estime Christian Dandrès.
Des moyens financiers inégaux, dénonce l'Asloca
A gauche comme à l'Asloca, on se félicite d'une victoire «écrasante», face à un camp adverse mieux doté financièrement. Christian Dandrès dénonce un «déséquilibre des moyens». «Face à l'investissement du camp du oui, nous avons dû dépenser davantage que pour d'autres votations, de l'ordre de 70'000 francs», précise le juriste de l'Asloca.
Christophe Aumeunier assure de son côté que la CGI a dépensé 130'000 francs «à ce jour». «Mais ce sera un peu plus», admet-il, avant de relativiser: «Chacun attribue ses ressources comme il l'entend, en fonction de l'importance qu'il accorde au sujet.» Ces moyens financiers n'ont, semble-t-il, pas suffi à calmer la grogne des locataires genevois, toujours très remontés contre les congés-rénovation qui ont frappé la ville du bout du lac cette année.