Davos est connue pour sa neige, son air pur... et ses canons antiaériens. Pendant la semaine du WEF, la petite ville suisse se transforme brièvement en forteresse. Non loin du célèbre hôtel Alpengold, un canon antiaérien de l'armée suisse émerge de la neige. Des filets de camouflage blancs permettent de ne pas le reconnaître immédiatement.
Le DCA 35 mm 63/90 est une fabrication suisse. Développé dans les années 50, il est encore utilisé aujourd'hui par plus de 30 nations. Egalement connu sous le nom de canon double Oerlikon de 35 mm, il est employé en dernier recours si un aéronef non-autorisé s'approche trop près du WEF.
Pour l'instant, on ne ressent guère ce branle-bas de combat. A côté de la base militaire, à proximité de la place d'atterrissage des hélicoptères du WEF, toutous et promeneuses flânent en toute quiétude. Lorsque notre photographe lève son appareil pour prendre une photo du canon antiaérien, le ton monte. «No photos, crient les soldats. No photos!»
Certains s'emparent de leurs jumelles et scrutent notre journaliste et notre photographe, non sans une certaine irritation. «Ils ne font même plus l'effort de se cacher cette année», lance un vieux monsieur en riant. Notre journaliste parvient finalement à calmer les esprits.
La Suisse est responsable de la sécurité de Trump
Rien d'étonnant à ce que les forces de sécurité soient nerveuses: Davos a reçu l'ordre de devenir la ville la plus sécurisée au monde cette semaine. La Suisse doit protéger plus de personnalités que jamais auparavant, et le président américain Donald Trump dirige la plus importante délégation américaine de l'histoire du Forum économique mondial.
Le chef d'Etat amène avec lui une véritable petite armée privée. Une évaluation de Blick le montre: rien que pour les voitures et les hôtels, les Etats-Unis ont dépensé environ sept millions de francs. La sécurité des personnes protégées par le droit international public relève de la compétence de l'Etat hôte concerné. C'est une tâche souveraine.
Une défense obsolète
Lundi après-midi, le ministre de la Défense, Martin Pfister, a rendu visite aux troupes stationnées à Davos lors de sa première visite au Forum économique mondial. Sur la base militaire de Frauenkirch, les photographies étaient là aussi strictement interdites et des forces spéciales masquées patrouillaient sur les lieux. En cas d'incident de sécurité à Davos, l'armée de l'air et les troupes au sol interviendraient depuis cette base.
Interrogé sur les super-canons datant des années 50, Martin Pfister lui-même ne peut s'empêcher de sourire. «Oui... ils sont dépassés, dit-il. Ils sont encore utiles pour l'utilisation prévue ici en cas d'urgence, mais nous avons besoin de nouveaux systèmes rapidement.»
Au final, le dispositif de sécurité suisse pour Davos est énorme: des zones de sécurité à accès restreint sont surveillées par l'armée et la police, l'espace aérien est fermé dans un rayon de 46 kilomètres, des avions de chasse de l'armée de l'air suisse sont en alerte permanente et des restrictions d'espace aérien sont en vigueur dans les régions frontalières de l'Autriche, du Liechtenstein et de l'Italie.
La communication publique est suspendue
Même sur la place publique, l'armée tient visiblement à préserver une image de rigueur maximale en matière de sécurité. Jusqu'à l'an dernier, les échanges avec les troupes engagées au WEF se faisaient ouvertement via le portail Cuminaivel. Mais pour ce nouveau Forum économique mondial, la procédure a été modifiée, comme l'a confirmé le Département de la défense (DDPS) à Blick. A l'avenir, les troupes seront informées uniquement en interne via une application.
Le DDPS affirme n'avoir fait aucune expérience négative avec la plateforme Cuminaivel. Néanmoins, depuis la détérioration du contexte sécuritaire en Europe, l'armée met davantage l'accent sur le renforcement de ses capacités de défense. Dans ce cadre, ses modes de communication font l’objet d'évaluations régulières, en particulier lors d'opérations de grande envergure.